BÜCHNER Karl, Georg

Par Jacques Grandjonc

Né le 17 octobre 1813 à Goddelau (Hesse), mort le 19 février 1837 à Zurich (Suisse) ; médecin et écrivain.

Fils d’Ernst Büchner, ancien médecin des armées napoléoniennes, et de sa femme Caroline Reuss (d’une famille de fonctionnaires hessois), Georg Büchner était l’aîné de sept enfants qui, à l’exception d’un frère mort en bas âge et d’une sœur infirme, eurent un destin hors du commun. Wilhelm (1816-1892), pharmacien et chimiste de l’école de Justus Liebig à Giessen, fit fortune dans l’industrie chimique et, en pleine réaction, fut élu en 1850 député démocrate au Parlement de Hesse, avant de siéger au Reichstag de 1877 à 1884. Luise (1821-1877), romancière et historienne de tendance socialiste, appartenait à la première génération du mouvement féministe allemand. Ludwig/Louis (1822-1899), médecin, un des principaux représentants du « matérialisme scientiste », publia en 1855 Kraft und Stoff, qui lui fit perdre aussitôt son poste à l’Université de Tübingen et fut traduit entre autres en français sous le titre Force et matière ; il était membre de la Ire Internationale. Alexander/Alexandre (1827-1904), docteur en droit, collaborateur d’August Becker durant la révolution de 1848 à Giessen, exilé à Zurich, devint professeur de lettres étrangères au lycée de Valenciennes puis à l’Université de Caen de 1855 à 1897 ; il était citoyen français depuis 1871.
Le milieu familial se prêtait sans doute à pareil engagement politique et scientifique. Une partie de la famille maternelle était établie à Strasbourg, un ou deux frères de son père à Paris. Ce dernier, d’une lignée de barbiers-chirurgiens, avait gagné la Hollande à dix-huit ans pour y acquérir une formation de médecin militaire avec deux frères aînés, ce qui les conduisit dans les armées napoléoniennes dont ils firent les campagnes de 1804 à 1809. Sa formation intellectuelle s’inspirait des lumières et il subit l’influence des officiers des armées républicaines reconverties en armées impériales. Tandis que Caroline Büchner s’occupait de l’éducation et de l’instruction de ses enfants jusqu’à leur entrée au lycée, la lecture du soir faite par le père consistait, en place et lieu de la Bible, en une histoire de la Révolution et de l’Empire, parue en cent-quarante livraisons de 1826 à 1830. On comprend dans ces conditions l’intérêt que portait le fils à Robespierre ou Danton et que, sous l’impact de la révolution de Juillet, Georg, en terminale à partir de l’automne, ait fait partie d’un groupe de jeunes gens où on se saluait en français d’un « Bonjour, citoyen ! » peu conforme à l’usage du Grand-Duché.
Entre l’automne 1831, date à laquelle il commença ses études en France et sa mort en Suisse à vingt-trois ans et quatre mois, Georg Büchner mena de front plusieurs vies en accéléré. Il fit de solides études de médecine à Strasbourg (1831-1833 et 1835-1836) et Giessen (1834-1835), sanctionnées par une thèse d’anatomie en français qui lui valut le titre de maître de conférences à l’Université de Zurich en septembre 1835. Il eut une activité littéraire pour laquelle, désormais, il est surtout connu : La mort de Danton, Lenz, Leonce et Lena, Woyzeck et des traductions allemandes de Lucrèce Borgia et de Marie Tudor de Victor Hugo, et une activité d’opposant politique. Lors de son premier séjour à Strasbourg, il entra en contact avec la Société des amis du peuple et la Société des droits de l’homme, ainsi qu ’avec les saints-simoniens locaux. Son credo politique peut se résumer en ces formules : instruction du peuple, matérialisme, néo-babouvisme. A son retour en Hesse, il prit contact avec ses anciens condisciples et avec des opposants comme August Becker et Friedrich Weidig ; en mars 1834, il fonda une section de la Société des droits de l’homme à Giessen, en avril une autre à Darmstadt (où résidaient ses parents). Il rédigea alors, pour l’éducation civique des paysans de Hesse, une brochure documentée de huit pages, à laquelle F. Weidig donnera son titre, Der hessische Landbote qui prit pour devise la formule révolutionnaire « Paix aux chaumières ! Guerre aux châteaux ! » La rédaction définitive par Weidig qui, pour des raisons tactiques et peut-être idéologiques, supprima la tendance néo-babouviste et les attaqués contre la bourgeoisie du texte primitif, occasionna une certaine tension entre les deux hommes. Le tract, tiré en juillet 1834 à mille exemplaires et à quatre cents en novembre, fut saisi dès le 1er août — sur dénonciation — sur un des membres de la SDH, Karl Minigerode, entraînant enquête, perquisitions et arrestations (d’August Becker, de F. Weidig, etc.), jusqu’au mandat d’arrêt lancé le 13 juin 1835 contre Büchner qui s’était réfugié en mars à Strasbourg, dès la première convocation à comparaître. Étaient concernés au total une cinquantaine de personnes, dont les vingt-cinq membres de la SDH de Giessen et Darmstadt. L’enquête, assortie de mise au secret et de tortures, menée par le juge Georgi dura des années et finit par représenter cent-trente volumes, plus les annexes. Parmi les plus durement touchés, si on excepte Weidig mort sous la torture à la maison d’arrêt de Darmstadt et Büchner du typhus à Zurich la même année, il faut noter Léopold Eichelberg (1804-1879) qui fut tenu au secret d’avril 1835 à mars 1848.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215995, notice BÜCHNER Karl, Georg par Jacques Grandjonc, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 14 février 2020.

Par Jacques Grandjonc

ŒUVRE : Sämtliche Werke (...), éd. par W.R. Lehmann, prévue en 4 volumes, vol. 1-2, Hambourg, 1967-1971. Édition remise en cause par les découvertes et les travaux de Th.M. Mayer, J.-Chr. Hauschild, etc. — Werke und Briefe : Münchner Ausgabe, 1988 — En français : Lenz ; Le Messager hessois ; Caton d’Utique ; Correspondance, 1974. — Théâtre complet, trad. par A. Adamov, Marthe Robert, 1986. — Œuvres complètes, inédits et lettres, publ. sous la dir. de B. Lortholary, 1988. — Woyzeck, trad. et adapt. par D. Benoin, 1988.

SOURCES : H. Mayer, Büchner und seine Zeit, Leipzig, 1946, (rééd., Wiesbaden, 1960). — TH.M. Mayer, Georg Büchner (Veut + Kritik), Munich, 1979 ; Georg Büchner, Leben, Werk, Zeit, Marburg, 1985. — J.-Chr. Hauschild, Georg Büchner, Studien und neue Quellenzu Leben, Werk und Wirkung, Kônigstein/Ts., 1985. — W. Grab, Georg Büchner und die Révolution von 1848 (...), Kônigstein/Ts., 1985. — Depuis 1981 la Société Georg Büchner édite un Georg Büchner-Jahrbuch. — A propos de Der hessische Landbote on consultera les éditions commentées de H.-M. Enzensberger, Francfort, 1965 et de G. Schaub, Munich, 1976 ; ainsi que H.J. Ruckhäberle, Flugschriftenliteratur im historischen Umkreis Georg Büchners, Kronberg/Ts., 1985. — H. Poschmann, Georg Buchner : Dichturtg der Révolution und Révolution der Dichtung, Berlin-Est, 1985. — En français : La mort de Danton, présentée, traduite et annotée par R. Thieberger, éd. bilingue, Paris, 1972.

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