BÜRGERS Heinrich

Par Pierre Ayçoberry

Né le 21 juin 1820 à Cologne, mort le 10 décembre 1878 à Berlin ; journaliste révolutionnaire, de tendance marxiste.

Après des études de philologie à Bonn, inachevées semble-t-il (mais on lui donnera souvent le titre de docteur), Heinrich Bürgers gagna sa vie en donnant des leçons particulières, d’abord à Cologne, où il figurait parmi les fondateurs de la Rheinische Zeitung en 1842, puis à Paris où il collabora au Vorwärts !, ce qui lui valut d’être expulsé en 1845, en même temps que Karl Marx. Par Liège il revint à Cologne et maintint la liaison avec le Comité de correspondance de Bruxelles. Il fut un des premiers membres de la cellule colonaise de la Ligue des communistes, avec Moses Hess, Daniels et d’Ester.
Au printemps 1848, il tenta une carrière nationale en se faisant élire au Vorparlament de Francfort, puis concentra son activité à Cologne. Cofondateur de la Neue Rheinische Zeitung, il se rangea vite aux côtés de Marx, à qui il devait rester fidèle les années suivantes, malgré des divergences occasionnelles sur l’unité d’action avec les démocrates et les libéraux, et sur le style autoritaire de Marx. Il fut l’un des animateurs de la Société démocratique et de l’Association des ouvriers de Cologne, et lors de la crise prussienne de l’automne fit partie de la « Commission de sécurité » chargée d’organiser la résistance populaire, ce qui lui valut des poursuites pour « discours subversifs » — sans suite. Ce fut encore lui qui prit la parole à l’une des dernières manifestations de masse en mars 1849 et qui fut chargé de la liquidation du journal après son interdiction.
Un an plus tard, il participa à la reconstitution clandestine de la cellule de la Ligue, cellule qui devint « autorité centrale » après la scission du groupe Schapper-Willich ; il fut d’ailleurs l’un des adversaires déclarés de ceux-ci. Parallèlement, il anima des réunions démocrates avec H. Becker. Arrêté en mai 1851, il fut condamné au procès de Cologne (octobre 1852) à six ans de forteresse, malgré un plaidoyer où il avait minimisé le caractère révolutionnaire de ses positions.
A sa sortie de prison, il entama une nouvelle carrière politique, cette fois dans le cadre du conflit constitutionnel prussien, comme animateur du courant progressiste en Rhénanie. Depuis Cologne il organisa un véritable parti, avec une pyramide de comités électoraux et des organismes satellites (sociétés de carnaval politisées, etc.). Mais, soucieux de rie pas se couper des libéraux modérés, se méfiant de l’immaturité des classes populaires, il se garda de revendiquer le suffrage universel pour l’immédiat. C’est ce qui l’opposa aux amis de Lassalle : au cours d’un congrès houleux des artisans et ouvriers de Rhénanie en 1863, il plaida pour le modèle d’associations préconisé par Schulze-Delitzsch et pour l’intégration du mouvement ouvrier dans le parti progressiste, mais n’obtint pas la majorité. Désormais, ses activités eurent pour centre Düsseldorf où il fit paraître la Rheinische Zeitung (deuxième, ou troisième, du nom) puis, après 1871, la Mittelrheinische Zeitung, multipliant les plaidoyers pour un régime parlementaire. Candidat malheureux au Reichstag en juin 1867 au nom des progressistes, et en 1874 au nom d’une coalition libérale « anti-ultramontaine », il ne fut finalement élu qu’en 1877, dans la circonscription de Breslau.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article215999, notice BÜRGERS Heinrich par Pierre Ayçoberry, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 17 février 2020.

Par Pierre Ayçoberry

ŒUVRE : « Erinnerungen an F. Freiligrath », in Vossische Zeitung, novembre-décembre 1876.

SOURCES : E. Schraepler, Handwerkerbünde und Arbeitervereine 1830-1853, Berlin, 1972. — G. Becker, Karl Marx und Friedrich Engels in Köln 1848-1849, Berlin-Est, 1963. — S. Na’aman, Die Konstituierung der deutschen Arbeiterbewegung 1862-63, Assen, 1975. — N. Schlossmacher, Düsseldorf im Bismarckreich, Düsseldorf, 1985. — BLDG, op. cit.

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