STEPHANT Marcel, Guillaume

Par Annie Pennetier

Né le 09 janvier 1923 à Clohars-Fouesnant par Bénodet (Finistère), exécuté sommairement le 10 juin 1944 à la ferme du By, La Ferté-Saint-Aubin ( Loiret) ; étudiant parisien ; résistant du réseau Vélite-Thermopyles

Ses parents Sylvestre Stephant et Adèle née Nédélec étaient domiciliés à Kermarec en Clohars-Fouesnant par Bénodet (29, Finistère). Marcel Stephant diplômé en Droit (1ère année) était élève à Paris Ve au Lycée Henri IV section coloniale (langue anglais) avec André Casati, Jean Le Méec et Raymond Maënhaut.
Il rejoignit la résistance dans le corps franc Liberté du groupe Vengeance de l’Armée secrète des FFC (Forces françaises combattantes) qui recrutait dans les lycées, les écoles supérieures et les facultés parisiennes. L’instruction se faisant notamment clandestinement à l’intérieur du lycée Louis-le-Grand voisin d’Henri IV et dans les bois autour de Paris.
En prévision du débarquement, des accueils avaient été organisés dans des fermes de Sologne, par Philippe Wacrenier du réseau Vélite qui y avait effectué son Service civique rural pendant les vacances d’été.
Radio-Londres donna le signal de la mobilisation, le débarquement connu le 6 juin, la consigne fut de quitter Paris avant le 15 juin pour rejoindre le maquis de Corrèze de Neuvic d’Ussel du secteur Action du réseau Vélite-Thermopyles animé par Albert Mercier professeur à l’École normale supérieure de Saint-Cloud et dirigé sur place par le garagiste George Moneger.
Il arriva dans la soirée du 8 juin à la ferme du By à La Ferté-Saint-Aubin, quartier général des chefs de section, lieu de transit vers d’autres fermes alentours.
La veille 7 juin 1944, la direction des deux corps francs avait été décapitée : André Perrier chef d’Essor , Henri Casati et André Chadeau ainsi que Philippe Wacrenier responsable pour la région parisienne de l’OCMJ (Office civil et militaire des jeunes), avaient été arrêtés à Paris, trahis par un milicien infiltré dans les corps francs. Ce que les jeunes lycéens ignoraient. Jacques Brodu remplaça ce dernier et donna comme consigne que seul Claude Soreph chef de section, son frère Serge, René Coche et André Parent devaient rester à la ferme du By, chargés de l’accueil, avec comme couverture légale, aide des deux fermières dans le cadre du service civique rural. En effet, dans la journée du 9 juin, des bruits circulaient dans la commune de La Ferté à propos de la présence des jeunes résistants, faisant craindre une dénonciation des collaborateurs locaux à la Milice. Les armes furent donc transférées du By à la ferme de la Tabardière plus sûre à deux kilomètres.
Vers 22 heures (le 9 juin), un homme d’une trentaine d’années, reçu par André Parent de garde sur le chemin, se présenta, apportant des nouvelles d’un jeune accidenté de la route et empêché de rejoindre le By. L’individu envoyé en reconnaissance, Lucien Lussac, était un agent d’infiltration du S.D. (Sicherheitsdienst) Service de renseignements de la S.S. de Blois (Loir-et-Cher) et André Parent un lycéen parisien du SD infiltré dans les rangs du corps franc. Vers 23 heures, à La Ferté, Raymond de Lassus, résistant qui avait organisé la liaison avec les résistants locaux et l’accueil dans les fermes de Sologne fut arrêté par Lussac puis durement interrogé dans les locaux de la Gestapo d’Orléans ; soumis à un simulacre de fusillade il ne parla pas.
Le samedi 10 juin vers cinq heures du matin, des agents du S.D. d’Orléans commandés par l’adjudant Max Kathrein alias Schneider accompagnés de trois français firent irruption dans la ferme du By, trois résistants parvinrent à se cacher. Parmi les étudiants, André Parent sortit une carte qu’il tendit aux hommes du S.D., il était du même service. Il indiqua qu’il n’y avait pas d’armes au By.
L’étudiant rescapé Lucien Schmant témoigna qu’après un interrogatoire et une fouille, puis une absence d’une demi-heure pour aller chercher les instructions téléphonées de leurs supérieurs par l’intermédiaire de la gendarmerie de La Ferté, le peloton d’exécution les fit rejoindre une clairière située à l’écart de la ferme ; un premier groupe de seize jeunes furent abattus à la mitrailleuse, puis d’une balle dans la tête, puis un deuxième groupe de treize arrêtés à la grange de La Fourmillière.
Les corps des 29 victimes furent mis en bière au cimetière de La Ferté, le 12 juin.
Les parents de Claude et Serge Soreph prévenus par la mairie de La Ferté-Saint-Aubin vinrent le 22 juin reconnaitre les corps de leurs fils ; ils furent surpris par l’absence du cadavre de leur ami de lycée André Parent puis de son comportement lors de sa visite à leur domicile en septembre. De retour à La Ferté avec une photo, les fermières reconnurent ce jeune homme très blond.
Le procès des gestapistes français du Loiret se déroula devant la cour de justice d’Orléans du 16 au 23 juillet 1946. Sept avaient été arrêtés et quatre en fuite furent jugés par contumace. André Parent le 16 janvier 1945 a été condamné à mort pour « intelligence avec l’ennemi » et fusillé le 7 février 1945. Lucien Lussac, principal responsable, a été condamné par la même cour le 23 juin 1946 et fusillé le 28 novembre 1946.

Il a été reconnu membre des réseaux Vélite-Thermopyles, Navarre et Centurie,
Matricule : RX 3060, agent P1, engagement le 01 septembre 1943 (OCMJ), certificat fait le 23 février 1946 signé Charles Verny président de l’OCMJ, P2 par arrestation le 10 juin 1944, sous-lieutenant (FFC) avec prise de rang le 01er juin 1944 par
décret du 26 avril 1948, (JO du 12/05/1948) et Interné résistant IR. Un témoignage de reconnaissance émanant des autorités anglaises fut adressé à la famille.

Marcel Stephant a été reconnu Mort pour la France le 17 juillet 1947.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Clohars-Fouesnant, sur la plaque commémorative du lycée Henri IV et sur la nécropole nationale de Bellefontaine.

Voir La Ferté Saint-Aubin, Marcilly-en-Villette (Loiret) 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216047, notice STEPHANT Marcel, Guillaume par Annie Pennetier, version mise en ligne le 30 mai 2019, dernière modification le 7 janvier 2022.

Par Annie Pennetier

SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P 557040 (notes Geneviève Launay) . — Georges Joumas, La tragédie des lycéens parisiens résistants 10 juin 1944 en Sologne, Corsaire Éditions, 2014 .

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