VINCENT Gaston, Arthur [alias commandant Azur]

Par Frédéric Stévenot

Né le 22 août 1891 à Denain (Nord), mort exécuté ou de maladie le 25 juin 1944 à Saint-Martin-en-Vercors (Drôme) ; marié, au moins deux fils (Michel et Bernard) ; entrepreneur de chauffage ; résistant FFC, réseaux OSS.

Gaston Vincent naquit au domicile de ses parents, Aimé Élisée Vincent, instituteur âgé de vingt-quatre ans, Louisa Jane Over, âgée de vingt-quatre ans, sans profession. Les deux témoins requis par la famille furent deux évangélistes qui vivaient alors dans la même ville, François Norbert Vincent, cinquante-six ans, et François Capon, cinquante-cinq ans. La notice de Yad Vashem indique qu’Aimé Élisée Vincent était pasteur baptiste, religion de ses fils etpetit-fils. Gaston Vincent était le frère de Raymond
Vincent
, qui eut des activités syndicales et politiques importantes, et qui s’engagea lui aussi dans la Résistance. Il se maria à la mairie du VIIe arr. de Lyon le 5 mai 1923, avec Éliane Lucienne Amélie Cojonnex.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il fut alors opérateur radio. Il en sortit invalide de guerre. Sa fiche signalétique dans le registre matricule n’a malheureusement pas encore pu être retrouvée.

Gaston Vincent dirigeait une entreprise de chauffage en 1940. En 1941, il vivait à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il y créa une section de l’Amitié chrétienne, qui venait d’être créée à Lyon pour venir en aide aux victimes du régime de Vichy. Il s’agit d’une organisation inter-confessionnelle qui venait en aide aux populations étrangères en leur fournissant logements, faux papiers, tickets de rationnement et secours financier. En collaboration avec l’OSE (Œuvre de secours aux enfants), créée en 1912, Gaston Vincent ouvrit la maison d’accueil du Vert Plan à Mazargues. L’institution abrita des enfants juifs que l’OSE parvint à faire sortir des camps, notamment de celui des Milles, près d’Aix-en-Provence. Gaston Vincent fut aidé en cela par son fils Michel, son frère Raymond, et par Suzanne Jacquet, qui venait à peine
de terminer ses études secondaires. En août 1942, un brigadier de police ami, Henri Maurin, avertit Gaston Vincent qu’une rafle était imminente. Avec l’aide de son fils Michel, âgé de dix-huit ans, il pu prévenir de nombreuses familles menacées.

Le 11 novembre 1942, un général allemand réquisitionna le Vert Plan, mais Gaston Vincent réussit à sauver les trente enfants juifs qui s’y trouvaient alors. Il les fit vêtir de l’uniforme des scouts protestants, et les envoya dans le Cantal, à Vic-sur-Cère, toujours
avec son fils. Parmi eux se trouvaient Hélène Turner née Lentschener, 18 ans, sauvée du camp de Rivesaltes ; figurait également Ryna Himmelfarb, 17 ans, rescapée in extremis d’une rafle à Périgueux. Les enfants purent trouver refuge au Touring Club, dirigé par Suzanne Jacquet (qui épousa Michel Vincent après-guerre). Il ne s’agissait que d’un lieu d’hébergement transitoire, avant que chacun soit ensuite convoyé vers une famille d’accueil ou puisse passer clandestin en Suisse. Le Touring Club avait été ouvert à l’initiative de l’abbé Alexandre Glasberg, et était géré conjointement par l’Amitié Chrétienne et l’OSE. L’établissement avait été dirigé dès son ouverture en 1941 par le Dr. Isia Malkin et son épouse Henriette, tous deux originaires de Lorraine. Suzanne Jacquet, aidée par Roger Bonhoure, secrétaire de mairie à Vic-sur-Cère falsifiaient des papiers d’identité.
Notons que Michel Vincent et Suzanne Jacquet faisaient partie des réseaux clandestins du Pierre Chaillet, jésuite, l’un des fondateurs des Cahiers du Témoignage chrétien (qui, en mai 1943, eurent un supplément : Courrier du Témoignage chrétien).

Par la suite, Gaston Vincent gagna l’Afrique du Nord en novembre 1942 et revint en métropole où ses compétences de radio lui permettre de mettre en place un lien permanent avec Alger, et plus particulièrement l’état-major américain. Il entra ainsi dans le réseau OSS (Office of Strategic Service) « Mission Lennaert » ou « Jacques OSS » (réseau de renseignement) en tant qu’officier radio, pour préparer dans la Drôme les opérations de débarquement sur le littoral
méditerranéen, notamment en réceptionnant les parachutages d’Alger. Le réseau était animé par Frederic Brown (alias Tommy) auquel participait son ami Jacques Monod, son frère Raymond Vincent (alias Dick), mais aussi Pierre Bouquet (parfois orth. Bousquet, sic ; alias « Boston ») et Michel Hacq. Gaston Vincent (commandant Azur) était agent P 2. Il semble qu’il ait aidé son frère Raymond à créer et diriger des groupes francs dans les Bouches-du-Rhône. En septembre 1943, celui-ci fut abattu par la Gestapo.

Le 25 septembre 1943, la mission Lennaert arriva dans la Drôme pour vérifier l’état des maquis de la région, noter leurs besoins, transmettre leurs suggestions. Brown, Vincent et Bouquet avaient cependant déjà été repérés, et étaient poursuivis depuis Marseille par la Gestapo, qui avait recueilli de précieux renseignements à la suite des aveux d’un radio de l’équipe. À Pierrelatte, des soldats allemands ayant voulu les arrêter, mais Frederic Brown les mitrailla. Il semble que les membres circulait sans prudence, n’appliquant pas les règles de sécurité : les hommes ne tardèrent pas à se faire repérer et à compromettre les résistants du terrain.

Le 28 septembre, Pons, chef d’un groupe de résistants de la région de Crest, conduisit les trois hommes à Blacons, chez l’industriel Latune, membre d’un réseau giraudiste, qui installa l’émetteur radio avec ses deux techniciens chez ses parents.

Prévenu du passage de voitures allemandes près de la maison Latune, Pons les fit déménager dans son château des Gardettes, à Crest. Le même soir, il tint une réunion des chefs de groupes près de la gare de cette ville. Béraud, parti aux nouvelles à Montélimar, accourut à
Crest et interrompit la réunion : la présence de la mission était signalée dans toute la région ; plusieurs personnes avaient déjà été arrêtées et les Allemands arrivaient à Crest. À Montélimar, le comte d’Andigné, Marius Spézini, gendarme en retraite, secrétaire de la section socialiste de Montélimar, qui avait très tôt noué des contacts débouchant sur un embryon de mouvement de résistance, le garagiste Joseph Lisart et Paul Latard venaient en effet d’être pris par une forte équipe du SIPO SD de Marseille avec Dunker en tête, et 5
millions de francs avaient été trouvés dans la maison du comte d’Andigné. Lisart était à table avec sa famille lorsque deux hommes de du Sipo-SD sonnèrent à sa porte. Il n’eut pas le temps de fuir : il avait pourtant tout préparé chez lui et dans son garage pour partir au maquis. Les Allemands, venus en force dans trois voitures, fouillèrent alors la maison, pillèrent ce qui les intéressait, saccagèrent le reste. Pons fila aux Gardettes prévenir les trois membres du réseau.

Le 29, Frederic Brown eut juste le temps d’embarquer le matériel et de s’enfuir de Blacons vers Crest. Quelques minutes après son départ, 62 agents de la Gestapo et soldats allemands investissèrent les lieux et arrêtèrent Jean Latune et ses deux fils. Toute la famille fut soumise
à un interrogatoire serré. Pons réussit à cacher les trois agents dans la ferme de Marcel Nouvet, à Chabrillan. De là, ils gagnèrent Saint-Martin-en-Vercors où Brown reçut par radio l’ordre de rentrer à Alger. Il y fut mis aux arrêts.

Le 24 novembre 1943, Gédéon Sabliet et deux jeunes camarades assurèrent la protection de Gaston Vincent et de Pierre Bouquet, blessé. Ils errèrent trois jours dans la montagne par un froid rigoureux et sous les premières chutes de neige, avant de pouvoir
gagner Bourg-de-Péage où Pierre Bouquet fut hospitalisé sous une fausse identité. Gaston Vincent se cacha à Romans. Pendant six mois, de fin 1943 à juin 1944, il trouva à se réfugier ensuite chez Marie Métifiot et ses deux filles adultes, qui habitaient alors la maison au
bord du Merdarel, sur la place de Saint-Donat-sur-L’Herbasse (Drôme). Elles étaient en lien avec le premier réseau de Résistance civile de la Drôme nord, autour d’Albert Triboulet, professeur au collège de Romans. Gaston Vincent était dans sa chambre lors des
représailles allemandes du 15 juin 1944 contre Saint-Donat, mais le courage des trois résistantes lui évita d’être arrêté.

Gaston Vincent, capturé par les Allemands, fut exécuté (selon Yad Vashem). Il est plus probable qu’il mourut de maladie (dossier d’homologation) ou d’épuisement à l’hôpital du Vercors. Quoi qu’il en soit, il fut reconnu « mort pour la France » à titre militaire (AC 21 P 168952), en tant que FFI. Son nom ne semble figurer sur aucun monument en France, hormis l’allée des Justes à Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216151, notice VINCENT Gaston, Arthur [alias commandant Azur] par Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 6 juin 2019, dernière modification le 16 juillet 2019.

Par Frédéric Stévenot

SOURCES. SHD Vincennes : dossier adm. résistant (GR 16 P 596197) ; dossiers des agents étrangers (Mission Lennaert, GR 28 P 4 391 ; réseau OSS, GR 28 P 4 397 ; dossier individuel de Gaston Vincent, GR 28 P 4 397/3 ; voir son dossier à Vincennes indiqué ci-dessus : GR 16 P 596199) ; Réseaux, force françaises combattantes (sous-série 17 P. 17 P 148, réseau Mission Lennaert - Jacques OSS). SHD Caen (AC 21 P 168952). État civil de Denain, acte de naiss. n° 407 (1 Mi EC 172 R 9). — Notice apposée dans le camp des Milles, Aix-en-Provence. — Sites Internet : Mémoire des hommes ; Yad Vashem, notice familiale ; Regards protestants ; carte collaborative de la Drôme ; site de l’AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie dans les communes de France) ; musée de la Résistance en ligne ; mairie d’Arrigas. — René Nodot, L’Épopée de Gaston Vincent (commandant « Azur » dans la Résistance), 1983.

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