FISCHER Ruth (née Elfriede EISLER, épouse Friedländer, puis Golke, puis Pleuchot, dite Dubois)

Par Pierre Broué

Née le 11 décembre 1895 à Leipzig, morte le 13 mars 1961 à Paris (France) ; dirigeante communiste, puis oppositionnelle.

Fille du professeur de philosophie R. Eisler, sœur aînée de Gerhart et Hanns, Ruth Fischer prit comme pseudonyme politique le nom de famille de sa mère. Après le lycée, elle entreprit des études de philosophie et d’économie à Vienne, entra dans le Parti social-démocrate où elle se situa à gauche et épousa Paul Friedlander. Au lendemain de la guerre, elle transforma son groupe étudiant en KPÖ groupusculaire et participa aux différentes manifestations et tentatives de soulèvement. Elle dut quitter Vienne pour Berlin où, d’abord liée à Paul Levi qui l’emmena visiter Radek dans sa prison, elle se situa ensuite à gauche, après avoir recruté Arkadi Maslow qui devint aussi le compagnon de sa vie. Collaboratrice de Die Internationale, dirigeante de l’organisation de Berlin du KPD, belle femme et oratrice entraînante, elle devint le porte-drapeau de la gauche dans sa lutte contre les « opportunistes » qui se succédèrent à la tête du KPD, de Paul Levi à Brandler, en passant par Karl Radek. Elle publia à cette époque un livre sur l’éthique sexuelle du communisme qui lui valut une sévère critique de Lénine. Entrée à la Centrale en 1921, divorcée et remariée, pour acquérir la nationalité allemande, avec Arthur Golke, elle mena presque jusqu’à la scission l’opposition contre Brandler en 1923, année où elle fut cooptée à la Centrale en mai. Après la défaite sans combat du mois d’octobre, elle se battit pour la direction du parti qu’elle réussit à prendre, avec le soutien de Zinoviev, lors du IXe congrès en avril 1924, étant élue au Reichstag en mai. Au Ve congrès de l’IC, elle se fît l’avocate de la bolchevisation et fut élue suppléante à l’exécutif.
Désavouée par la « lettre ouverte » en août 1925, elle fut convoquée à Moscou, sévèrement blâmée et écartée de toutes ses fonctions, après être revenue en Allemagne, en juin 1926, de sa propre initiative. Elle et son compagnon Maslow furent alors exclus du KPD en août 1926. Elle s’efforça de regrouper ses camarades dans une opposition de soutien à l’Opposition unifiée (née de la fusion des oppositions de Trotsky et de Zinoviev) et participa à la création du Leninbund au printemps de 1928. Mais, ayant repris le contact avec Zinoviev et voulant sans doute appliquer sa politique en Allemagne, elle fît son autocritique et revendiqua vainement une réintégration, que les dirigeants de l’IC étaient bien décidés à lui refuser. Ainsi vécut-elle les dernières années de la République de Weimar dans un certain isolement et dans l’abstention politique.
Après la prise de pouvoir de Hitler, elle eut à subir le pillage de sa maison et des menaces sur la vie de son enfant. Elle réussit à gagner la Tchécoslovaquie, puis Paris où elle se lia aux milieux de l’appareil en crise. A la suite d’une rencontre avec Trotsky, en janvier 1934, elle accepta de collaborer avec lui et d’entrer au secrétariat international de la Ligue communiste internationale (LCI), où elle milita sous le nom de Dubois et où elle était particulièrement chargée des questions ayant trait aux sections des pays anglophones. Elle fut opposée au « tournant français » (l’entrisme dans la SFIO), à l’entrée dans le SP américain et à l’analyse faite par Trotsky du Front populaire ; elle s’en s’éloigna au cours des premiers mois de 1936. Elle s’était remariée à Émile Pleuchot pour acquérir la nationalité française. Elle travaillait dans la presse allemande de l’exil, tout en animant son propre groupe, Internationale. Elle fut incriminée aux procès de Moscou d’avoir été complice des accusés.
En 1940, elle réussit à fuir les troupes allemandes, traversant l’Espagne et atteignant Lisbonne, puis Cuba où elle attendit six mois le visa américain et où elle dut laisser Maslow. Aux États-Unis, elle reprit une activité politique marquée d’un profond anti-stalinisme, confinant parfois à l’anticommunisme. Après 1956, elle revint en Europe, enseigna notamment à l’EPHE et se rendit en Union soviétique et en Italie, rencontrant Khrouchtchev et Togliatti et se rapprochant ainsi de façon inattendue des successeurs de Staline au lendemain de la révolte hongroise. Elle travaillait à une biographie de Maslow au moment de sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216234, notice FISCHER Ruth (née Elfriede EISLER, épouse Friedländer, puis Golke, puis Pleuchot, dite Dubois) par Pierre Broué, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 février 2020.

Par Pierre Broué

ŒUVRE : Sexualität und Kommunismus. Eine prinzipielle Studie, 1920. — Stalin und der deutsche Kommunismus. Der Übergang zur Konterrevolution, 1950 (angl., 1948). — Von Lenin zu Mao. Kommunismus in der Bandung-Aera, 1956. — Die Umformung der Sowjetgesellschaft : Chronik der Reformen 1953-1958, 1958.

SOURCES : P. Broué, Trotsky, Paris, 1989. — Angress, Stillbom, op. cit. — Ailes, Trotskisten, op. cit. — Broué, Révolution, op. cit. — Zimmermann, Leninbund, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit. — Lexikon, op. cit.

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