FRANK Karl

Par Jacques Droz

Né le 31 mai 1893 à Vienne (Autriche), mort en 1969 à New York (États-Unis) ; psychologue et publiciste antinazi.

Fils d’un petit fabricant viennois, le jeune Karl Frank rompit à treize ans avec la religion catholique, fit partie de l’organisation Jung-Wandervögel (Organisation de jeunesse pacifiste) et, membre à Vienne, où il étudia la psychologie, de la Freie Vereinigung der sozialistischen Studenten, lança un pamphlet contre la guerre et refusa le service armé en 1916. En 1918, il fut membre du conseil des soldats viennois, fin 1919 du Parteivorstand du KPÖ. Il avait connu à Vienne le milieu des Eisner et des Friedländer. Passé à Berlin en 1920, il entra au KPD, y participa à la rédaction de Die Rote Fahne et de son organe théorique Internationale et critiqua la politique de Levi en mars 1921. Au cours d’un voyage en Bavière en vue d’une action révolutionnaire, il fut arrêté et, après une grève de la faim, livré aux autorités autrichiennes (1924). Après avoir repris, sur l’ordre de l’Internationale communiste, du service dans le KPÖ, il retourna à Berlin où il travailla au Comité central du KPD, appartenant à la droite du parti dans l’entourage de Brandler. Il participa à une manifestation contre la construction du cuirassé A, ce qui lui valut quatre mois de prison. A la suite de dissensions avec le Comité central, il adhéra au KPD-O puis au SAP, dont il dirigea la Sozialistische Arbeiterzeitung, enfin, fin 1932, au SPD. Depuis quelque temps, il avait pris contact avec Lowenheim et la Leninistische Organisation (LO) dont, souvent appelé à l’étranger, il contribua à populariser l’idée d’un parti de cadres rompus à la guerre civile. Grâce à des relations avec les milieux de l’Internationale socialiste et la Fédération syndicale des transports (ITF), il conféra à Neu Beginnen (Nouveau départ) une audience internationale et réussit à faire paraître aux éditions Graphia à Karisbad le programme de « Miles ». A Prague, où il avait émigré, il parvint à intéresser la SOPADE aux entreprises de Neu Beginnen, jusqu’au jour où l’exclusion des Socialistes révolutionnaires (RS), avec lesquelles Frank avait tenté de constituer un cartel, entraîna pour Neu Beginnen l’arrêt des subventions. Au sein de Neu Beginnen, Frank soutint Löwenthal et Peuke dans leur conflit avec Lowenheim et, abandonnant peu à peu l’idéologie léniniste, se rapprocha de l’austromarxisme.
Émigré en France en 1938, lié à Münzenberg au sein de l’Union franco-allemande, il participa avec Neu Beginnen, les RSÖ autrichiens et certaines personnalités socialistes de Paris, à la formation d’un front commun (Arbeitsgemeinschaft für Inlandsarbeit) qui devait réduire la part de la SOPADE dans l’émigration allemande, mais se heurta à l’obstination de celle-ci à maintenir la thèse du mandat qu’elle avait reçu en 1933. Pendant l’été 1939, il transporta la direction à l’étranger de Neu Beginnen à Londres, et publia les derniers numéros de son organe théorique, le Sozialdemokratischer Informationsbrief.
Parti aux États-Unis pour y chercher de l’argent pour Neu Beginnen, il y resta durant toute la guerre, s’appuyant sur les American Friends of German Freedom, qui partageaient ses vues sur l’avenir de l’Allemagne, mais combattu parle German Labour Movement, au sein duquel Stampfer le dénonça comme « agent de Staline » et « aventurier politique ». Il participa aux côtés de Tillich à la fondation, en 1944, du Council for a Democratic Germany (CDG) pour lequel il écrivit plusieurs ouvrages mettant en garde contre l’espoir d’une révolte généralisée en Allemagne et faisant un devoir aux Alliés d’y susciter, après la guerre, une révolution populaire. Il présida, à la fin des hostilités, l’American Association for a Democratic Germany qui publia de lui le livre sur l’Allemagne de l’après-guerre au titre significatif Erobert, nicht befreit ! (1946).
Malgré la pression de Reuter, il refusa de rentrer en Allemagne où sa présence n’était pas souhaitée. Il exerça jusqu’à sa mort son métier de psychanalyste à New York, puis dans le Connecticut.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216238, notice FRANK Karl par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 février 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Will Germany crack ?, 1942. — Germany after Hitler, 1944. — Miles, Nouveau départ, trad. et préf. de A.M. Desrousseaux-Bracke, 1934.

SOURCES : K. Kliem, Der sozialistische Widerstand gegen das Dritte Reich, dargestellt an der Gruppe « Neu Beginnen », Diss. Marburg, 1957. — H. J. Reichhardt, Neu Beginnen. Ein Beitrag zur Geschichte des Widerstandes der Arbeiterbewegung gegen den Nationalsozialismus, Berlin, 1963. — W. Rœder, Die deutschensozialistischen Exilgruppen in Grossbritannien 1940-1945, Hanovre, 1968. — J. Radkau, Die deutsche Emigration in den USA. Ihr Einfluss auf die amerikanische Europapolitik 1933-1945, Düsseldorf, 1971. — Rœder et Strauss, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit.

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