FRANK Ludwig

Par Jacques Droz

Né le 21 mai 1874 à Monnenweier (Bade), mort le 3 septembre 1914 à Nonnencourt (Lorraine) ; parlementaire social-démocrate.

Fils d’un commerçant israélite, Ludwig Frank s’établit, après de solides études juridiques à Fribourg-en-Brisgau, comme avocat à Mannheim, mais tout de suite il fut plus intéressé par l’activité journalistique dans le camp démocrate et dans le camp socialiste. En 1904, il entra comme socialiste au conseil municipal de Mannheim, en 1906 au Landtag de Bade, en 1907 au Reichstag. Jaurès, qu’il apprit à connaître au congrès socialiste d’Amsterdam, était à ses yeux un modèle. Admirateur des mouvements de jeunesse belges, il fonda en 1905, pour les groupes de jeunes qui s’étaient constitués dans le pays de Bade, Die Neue Garde, qui était vivement opposée au militarisme prussien, mais qui tirait davantage ses arguments de l’éthique que du matérialisme historique. Au Landtag, Frank préconisa la formation d’un Grossblock avec les nationaux-libéraux, contre le Zentrum dont il redoutait la politique culturelle et, en ce sens, il était disposé à voter le budget, attitude qu’il défendit devant le congrès du parti à Magdebourg en 1910. Ce qui ne l’empêcha pas de soutenir au Reichstag Karl Liebknecht, lorsque celui-ci préconisa la grève de masses pour faire abroger la loi des trois ans en Prusse. Inclassable politiquement, Frank prétendait vouloir substituer à la « politique de la phrase », qui serait celle du radicalisme social-démocrate, la « politique de l’action », qui devrait permettre à celle-ci d’accéder au pouvoir. Ce qui le préoccupait le plus dans les années qui précédaient la guerre, ce fut la menace d’un conflit armé, contre lequel il entreprit d’organiser des conférences interparlementaires franco-allemandes, à Berne en 1913, à Bâle en 1914, où il envisagea la formation d’un commandement européen. Par l’ampleur de ses vues et la qualité de son éloquence, il apparut en 1914 comme le grand espoir du Parti social-démocrate, dont il semblait prédestiné à prendre la tête.
Le même homme déclarait le 27 juillet 1914, devant les ouvriers de Mannheim, que « les compagnons sans patrie » (Vaterlandslose Gesellen), bien que traités en parent pauvre par leur empereur, devaient accomplir leur devoir de soldats. Il est certain que la crainte du danger russe et plus encore la conviction que la guerre obligerait le gouvernement allemand à changer de méthodes, furent décisifs pour lui : « Au lieu d’une grève générale nous faisons la guerre pour transformer le droit électoral prussien. » Après le vote des crédits militaires — il avait décidé de rompre la discipline de parti, en cas de refus de la social-démocratie de les consentir —, il se présenta comme volontaire au bureau de recrutement. Le 5 septembre 1914, sur le front de Lorraine, il tomba touché d’une balle en pleine tête.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216239, notice FRANK Ludwig par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 février 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Aufsätze, Reden und Briefe, prés, par Hedwig Wagenheim, 1924.

SOURCES : S. Grünebaum, Ludwig Frank. Ein Beitrag zur Entwicklung der deutschen Sozialdemokratie, Heidelberg, 1924. — D. Groh, Negative Integration und revolutionarer Attentismus, Francfort, 1974. — G. Krebs, Jeunesses et société en Allemagne au début du 20e siècle, Thèse, Paris, 1979. — Osterroth, op. cit.

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