FRÖBEL Carl, Ferdinand, Julius.

Par Jacques Grandjonc

Né le 16 juillet 1805 à Griesheim, près de Arnstadt (Thuringe), mort le 6 novembre 1893 à Zurich (Suisse) ; journaliste et politicien socialisant dans les années quarante.

Né dans une famille de pasteurs, Julius Fröbel qui devait l’essentiel de sa formation à son oncle, fit des études de sciences naturelles à Munich, Iéna et Berlin, tout en manifestant un goût très vif pour la littérature romantique de son temps. Il alla enseigner la géographie à l’école industrielle de Zurich, puis la minéralogie dans la nouvelle Université de cette ville. Il vit dans le putsch de Zurich, en 1839, le point de départ d’une agitation européenne. Après avoir dirigé le Schweizer Republikaner, il y fonda le Comptoir littéraire, destiné à publier les œuvres que n’autorisait pas la censure metternichienne et dont il voulait faire le point de départ du « parti de l’avenir » ; il eut pour collaborateurs Pollen, Ruge, Bakounine et Weitling, en même temps qu’il aida Ruge et Marx à fonder à Paris les Annales franco-allemandes. Dans ses livres Neue Politïk (1846) et System der sozialen Politik (1847), il développa une conception démocratique de l’État républicain, reposant sur la souveraineté du peuple et dans laquelle, proche de la gauche hégélienne, des théologiens radicaux et du Deutschkatholizismus, très au courant des doctrines socialistes de son temps tant françaises qu’allemandes, il faisait de l’État la garantie de la justice sociale, dans le cadre d’une économie de libre-échange. Après avoir fait jouer à Leipzig, à la veille de la révolution, son drame Die Republikaner, il prit à Mannheim, où il comptait de nombreux amis, la direction de la Deutsche Volkszeitung dans laquelle il se prononça pour une République allemande fédérale. Envoyé au congrès des démocrates à Francfort, il étendit à l’Europe cette idée du fédéralisme, De plus en plus, il se persuadait que le sort de la révolution se jouait à Vienne et c’est pour cette raison qu’il publia la brochure Wien, Deutschland und Europa où, malgré son hostilité au système de Mettemich, il défendait l’existence et le rôle déjà monarchie danubienne en Europe centrale et préconisait une confédération d’États semblable à celle des États-Unis, dont Vienne eût été la capitale. Élu par Reuss au Parlement de Francfort, où il siégea dans le groupe du Donnersberg, il fut envoyé avec Robert Blum dans la capitale autrichienne pour y défendre l’ordre démocratique, y fut arrêté, condamné à mort, mais gracié. Il participa néanmoins à la lutte pour la Constitution d’Empire et présida quelque temps le Zentralmärzverein. Il avait eu, pendant la révolution, de constants rapports avec la Verbrüderung de Stephan Bom.
Après son séjour aux États-Unis, où il se convertit au « réalisme » politique et réfléchit surtout sur les problèmes que posait l’Europe entre les deux grands empires qui étaient en train de se constituer, la Russie et les États-Unis, Fröbel rentra en Allemagne en 1857 mais, adversaire du principe des nationalités et l’un des fondateurs du Reformverein, ne réfléchit plus que sur deux types de questions : la Grande Allemagne sous direction autrichienne, dont il soutint le principe lors du congrès des princes à Francfort en 1863, et l’organisation en triade de l’Allemagne, qu’il défendit dans la presse wurtembergeoise et bavaroise. Déçu par l’évolution politique, il finit par demander au gouvernement prussien un poste de consul à Smyrne, puis à Alger. Dans son dernier ouvrage, Gesichtspunkte und Aufgaben der Politik (Points de vue et devoirs de la politique, 1878), son admiration pour la Prusse en tant que Machtstaat allait de pair avec un « darwinisme social » qui le mit en contradiction totale avec les idées qu’il avait soutenues dans sa jeunesse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216243, notice FRÖBEL Carl, Ferdinand, Julius. par Jacques Grandjonc, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 février 2020.

Par Jacques Grandjonc

ŒUVRE : Ein Lebenslauf. Aufzeichnungen, Erinnerungen und Bekenntnisse, 2 vol., 1890- 1891.

SOURCES : W. Näf, Das Literarische Comptoir, Zurich und Winterthur, Berne, 1929. — E. Feuz, Julius Fröbel. Seine politische Entwicklung bis 1849. Beitrag zur Geschichte des Vormärz, Berne, 1932. — W. Mommsen, « Julius Fröbel. Wirrnis und Weitsicht », in Historische Zeitschrift, 1.181,1956. — R. Koch, Demokratie und Staat bei Julius Fröbel 1805-1893, Wiesbaden, 1978 (avec bibliographie). — Osterroth, op. cilt. — BLDG, op. cit.

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