FRÖLICH Paul

Par Pierre Broué

Né le 7 août 1884 à Leipzig, mort le 16 mars 1953 à Francfort ; écrivain et dirigeant socialiste et communiste.

Paul Frôlich était le deuxième d’une famille de onze enfants, ses parents ouvriers d’usine étant membres du SPD au temps des lois anti-socialistes ; la famille fut très pauvre. Le jeune garçon fit des études primaires, deux années de secondaire et des études techniques commerciales, tout en aidant sa famille par un travail à temps partiel. Il commença à gagner sa vie comme employé en 1903. Il était depuis un an membre du SPD et travailla beaucoup, lisant et suivant des cours du soir d’économie à l’Université de Leipzig. Après son service militaire, il reçut une formation de journaliste à la Leipziger Volkszeitung et collabora avec Hermann Duncker à la presse ouvrière dans le cadre du secrétariat au travail. Journaliste à l’Altenbürger Volkszeitung en 1908, il entra au Hamburger Echo comme rédacteur pour Altona en 1910. Élève de Rosa Luxemburg à l’École centrale du parti, il se lia à cette époque aux militants radicaux de Brême et entra en mai 1913 à la Bremer Bürgerzeitung qui comptait parmi ses collaborateurs Radek, Pannekœk, Johann Knief. Il fît partie dès 1914 du groupe des opposants à la guerre, appelés Linksradikale, de Brême. Mobilisé comme sous-officier, il fut réformé après un long séjour à l’hôpital militaire et reprit en 1916, avec Knief, son métier de journaliste à l’hebdomadaire « radical de gauche » Arbeiterpolitik. Il fut délégué à la conférence de Kienthal où il se trouva proche de Lénine et rejoignit la « gauche de Zimmerwald ». Il fut de nouveau mobilisé à la fin de 1916 et envoyé sur le front de l’Est. A l’été 1918, il fut interné dans un hôpital psychiatrique à la suite de l’impression d’un tract contre la guerre et ne fut libéré que par la révolution de Novembre.
Il prit alors avec Knief la tête des Internationale Kommunisten Deutschlands (IKD), qui regroupaient le noyau des gens de Brême. Il fut l’un de leurs délégués au congrès de fondation du KPD qui l’élut à sa Centrale. Il prit part ensuite à la Révolution bavaroise, parvint à s’enfuir à l’écrasement de celle-ci mais fut traqué pendant des mois. Il fut alors à la gauche du parti, critiqua la « passivité » de Levi au IIe congrès et défendit la « théorie de l’offensive » au IIIe congrès, en 1921, année où il fut élu député au Reichstag. Secrétaire de la Centrale à partir de 1922, il se rallia à cette époque à la « droite » brandlérienne, mais consacra le gros de son temps à ses travaux et son enseignement à l’École centrale du parti. Exclu en 1928, il rallia la Kommunistische Partei Opposition (KPO) puis, membre de sa minorité, adhéra au SAP en 1932 et devint en 1933 l’un de ses nouveaux dirigeants. Arrêté alors qu’il tenta de gagner la Norvège, il passa neuf mois en camp de concentration ; libéré, il réussit à émigrer en Tchécoslovaquie puis en France. Il fut en exil, de 1934 à 1939, l’un des principaux dirigeants et théoriciens du SAP.
C’est à ce titre qu’il fut l’un des signataires de l’appel pour un Front populaire allemand en 1936, une initiative qui allait cristalliser dans le SAP des divergences et susciter une sérieuse crise interne.
Paul Frölich ne suivit certes pas l’opposition de gauche contre le Front populaire, de Bauer et Fabian, qui éditait Neuer Weg et fut exclue du SAP en février 1937. Mais il refusa également son soutien à la direction, qu’il jugeait pro-stalinienne, de J. Walcher, maintenant la ligne du Front populaire malgré les procès de Moscou et les assassinats de révolutionnaires en Espagne. Il est probable qu’il se soit à un moment trouvé réellement majoritaire dans ce parti : il n’avait cependant pour lui que son immense autorité politique et morale, tous les éléments d’appareil étant soigneusement tenus en mains par Walcher. Il recula donc devant la perspective d’une scission et continua avec Walcher une cohabitation difficile.
Les deux hommes s’affrontèrent une fois de plus en juillet 1939. À Walcher qui souhaitait l’alliance avec les puissances « impérialistes » d’Occident pour abattre Hitler en Allemagne, il opposa des thèses conformes à son attitude pendant la Première Guerre mondiale, axées sur la nécessité de préparer pendant la guerre la révolution mondiale, selon la tradition de Lénine.
Interné en septembre 1939 au camp du Vernet, transféré en 1940 au camp Bassens, Paul Frölich, avec sa compagne Rosi Wolfstein, obtint en février 1941 un visa pour rallier New York via la Martinique. Pendant son exil aux États-Unis, il se consacra à un important travail sur la dictature et la démocratie pendant la Révolution française, qu’il avait commencé des années auparavant. À l’occasion du centième anniversaire du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, il écrivit une étude sur La Crise du marxisme, publiée en 1950 à Hambourg. C’est en 1950 qu’il revint en Allemagne, se fixant à Francfort, rejoignant alors la social-démocratie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216245, notice FRÖLICH Paul par Pierre Broué, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 17 juin 2020.

Par Pierre Broué

ŒUVRE : P. Werner (pseudonyme), Die Bayerische Räte-Republik. Tatsachen und Kritik, 1919. — (Avec A. Schreiner), Die deutsche Sozialdemokratie. Vierzehn Jahre im Bande mit dem Kapital, 1928. — 10 Jahre Krieg und Bürgerkrieg, 1924. — (Avec Thomas et d’autres), Illustrierte Geschichte der deutschen Revolution, 1929. — Der Berliner Blutmai, 1929. — Rosa Luxemburg. Gedanke und Tat, 1939 (trad. franç., 1965). — 1789. Die grosse Zeitwende. Von der Bürokratie des Absolutismes zum Parlament der Révolution, 1957 (publié après sa mort d’après des manuscrits).

SOURCES : H. Jacoby, « Begegnung mit Paul Frölich », in Internationale wissenschaftliche Korrespondenzzur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung, no. 2,1983. —B. Klemm, « Paul Frölich 1884-1953. Politische Orientierung und theoretische Reflexion von Linkssozialisten nach dem zweiten Weltkrieg », ibidem. — G. Badia, Le Spartakisme, Paris, 1967. — Bock, Syndikalismus, op. cit. — Broué, Révolution, op. cit. — Drechsler, SAPD, op. cit. — Langkau, Volksfront, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit. — Lexikon, op. cit.

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