GEYER Kurt

Par Jacques Droz

Né le 19 novembre 1891 à Leipzig, mort le 24 juin 1967 à Lugano (Suisse) ; leader social-démocrate, résistant au nazisme.

Fils d’un socialiste saxon qui, député au Reichstag, avait refusé en décembre 1915 de voter les crédits de guerre, Kurt Geyer, après ses études de droit à l’Université de Leipzig, avait milité comme son père dans le cadre de l’USPD puis, après un court séjour au KPD dont il s’était fait exclure comme partisan de Levi, au SPD où il appartint à la rédaction du Vorwärts. En 1933, après avoir tenté, en présence de la Reichskonferenz du 10 juin qui s’opposait à toute action illégale contre le régime hitlérien, de constituer avec Rinner et Schumacher à la rédaction du Neuer Vorwärts et avec Rinner à celle des Deutschland-Berichte. Auteur d’un des projets du programme de Prague, qui prétendait placer la lutte ouvrière sur le terrain du marxisme, il s’orienta ensuite vers une position plus modérée et, très hostile à tout contact avec les communistes, il définit la social-démocratie comme le « parti de la liberté », sans hégémonie de classe ; c’est d’ailleurs dans ce sens qu’il écrivit à Paris, où il avait suivi la SOPADE, son livre Die Partei der Freiheit (1939), dans lequel l’on a voulu voir la préfiguration du programme de Godesberg.
Ayant vécu dangereusement en France où avec Fritz Heine il rendit de multiples services, de Marseille notamment, à ses compatriotes menacés par la Gestapo, il débarqua par la voie du Portugal à Londres en juin 1941. Mais il se sépara bientôt des représentants de la SOPADE à Londres, Ollenhauer et Vogel, et démontra, en publiant son livre Der kommende Friede und das kommende Deutschland (La paix future et l’Allemagne future, 1942) que la social-démocratie avait été en grande partie responsable de la guerre et de l’hitlérisme, que le peuple allemand était tout entier derrière Hitler et qu’il fallait lui faire payer durement ce fatal entraînement après la victoire. La démocratie ne pouvait d’ailleurs, selon lui, être rétablie en Allemagne, des élections étaient inconcevables avant que soit opérée, par les soins de l’étranger, la rééducation politique de la nation. Avec l’appui de Walter Lœbe, banquier social-démocrate, Geyer, qui avait renoncé à ses fonctions au Comité directeur du parti, devint l’âme du groupe Fight for Freedom, qui allait au devant des idées de Vansittart et qui reçut l’appui du puissant secrétaire du Labour Party pour les questions internationales, William Gillies. Celui-ci écrivit plusieurs mémoires contre le « nationalisme » du SPD. Cette polémique provoqua de profondes divisions, non seulement dans le cadre de l’émigration allemande, mais encore au sein du Labour où Noel-Baker, Gollancz et Laski, entre autres, dénoncèrent les tentations du « vansittartisme », et même dans ce qui restait de l’Internationale socialiste, où Huysmans et les Allied Socialists défendaient au contraire les thèses de Fight for Freedom.
Il devint correspondant à Londres de plusieurs journaux, dont la Süddeutsche Zeitung, après la cessation des hostilités.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216255, notice GEYER Kurt par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 26 février 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Für die Dritte Internationale ! Die USPD am Scheidewege, 1920. — Führer und Misse in der Demokratie, 1926. — Die Partei der Freiheit, 1939. — (Avec W. Lœb), Gollancz in German Wonderland, 1942. — Macht and Klasse von Bismarck zu Hitler, 1948. — Die revolutionäre Illusion. Zur Geschichte des linken Flügels der USPD. Erinnerungen von Curt Geyer, éd. par W. Benz et H. Graml, 1976.

SOURCES : W. Rœder, Die deutschen sozialistischen Exilgruppen in Grossbritannien 1940-1945, Hanovre, 1968. — H. Schulze, Anpassung oder Widerstand ?, Brunswick, Bonn, 1975. — A. Glees, Exile Politics during the Second World War. The German Social-Democrats in Britain, Oxford, New York, Toronto, 1982. — Rœder et Strauss, op. cit. — Lexikon, op. cit.

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