GORTER Herman

Par Serge Cosseron

Né le 26 novembre 1864 à Wormerveer (Pays-Bas), mort le 15 septembre 1927 à Bruxelles (Belgique) ; poète néerlandais et théoricien du communisme de conseils.

Comme Anton Pannekœk, ce militant marxiste néerlandais a eu une grande importance pour le mouvement ouvrier allemand, plus particulièrement après la Première Guerre mondiale. Auparavant il était devenu l’une des figures de proue de la gauche socialiste néerlandaise. Fils d’un écrivain, il suivit des études supérieures avec brio et devint philologue en langues mortes, obtenant son doctorat en 1891 avec un travail sur Eschyle. Professeur de lycée à Amersfort, il composa de nombreux poèmes de veine expressionniste et s’intéressa à la philosophie, en traduisant Spinoza, Kant et Marx. Il entra alors dans le mouvement socialiste vers 1898, participant aux journaux De Joge Gids puis, en 1899, De Nieuwe Tijd qu’il créa en compagnie de Henriette Roland-Holst. Membre du Parti ouvrier social-démocrate hollandais (SDAP), il prit part aux grands débats internationaux sur le révisionnisme, qu’il combattit et sur l’idée de grève de masse, qu’il soutint dès 1903. Fondateur, en 1907, de la revue oppositionnelle et d’extrême-gauche De Tribune, il fut exclu en 1909 du SDAP et fonda en 1909, avec Pannekœk, le SDP (Parti social démocrate) qui ne fut jamais qu’un parti de cadres.
Exilé en Suisse pendant la guerre, il soutint la conférence de Zimmerwald et, en novembre 1918, entra en contact avec les IKD en Allemagne, devenant au fil des mois le point de référence théorique de l’ensemble du mouvement communiste de gauche : communistes internationalistes d’Allemagne (IKD), majorité antiparlementaire et antisyndicale du KPD (1918-1919), du KAPD (1920-1922), du KAPD — tendance d’Essen, avec Karl Schröder (1922-1927). Favorable à l’unionisme, c’est-à-dire à la définition d’une structure organisationnelle ouvrière dépassant la division traditionnelle économie/syndicat-politique/parti, il se rendit célèbre en rédigeant une réponse à la brochure de Lénine, Le Gauchisme, une maladie infantile du communisme, dans laquelle il posa les fondements socio-économiques d’une autre stratégie révolutionnaire, qui ne pourrait en aucun cas reproduire l’expérience russe et léniniste. Mettant en exergue les différences notables entre l’Europe de l’Ouest et celle de l’Est, il définit la majeure partie des mesures bolcheviques comme « bourgeoises et démocratiques », ne reprenant en définitive de positif, d’un point de vue immédiatement « prolétarien », que l’auto-organisation des masses à l’intérieur des conseils. Le rôle du parti, écrivit-il, est d’éclairer, non de contrôler et d’encadrer. Dans ces conditions, il milita contre l’acceptation des vingt-et-une conditions définies au IIe congrès de l’Internationale, en dépit d’un voyage à Moscou et de conversations personnelles avec Lénine et Zinoviev, en novembre 1920, Il proposa alors à l’ensemble des oppositions de gauche au sein des partis communistes de fonder une nouvelle Internationale, l’Internationale communiste ouvrière qui vit le jour en 1922. Présent dans toutes les luttes de tendance du mouvement communiste de conseils, Gorter poursuivit également jusqu’à sa mort une activité poétique intense qui en a fait l’un des plus grands poètes néerlandais du XXe siècle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216260, notice GORTER Herman par Serge Cosseron, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 26 février 2020.

Par Serge Cosseron

ŒUVRE : Verzen, 1903. — Der historische Materialismus, 1909. — Lettre ouverte au camarade Lénine, 1930 (rééd., 1979). — De Arbeidersraad, 1931. — Verzamelde Werke, 8 tomes, 1948-1952.

SOURCES : Henriette Roland-Holst, Herman Gorter, Amsterdam, 1933. — D. Authier, J. Barrot, La Gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Paris, 1976. — Ph. Bourrinet, Aux origines du courant international communiste des conseils. La Gauche communiste hollandaise (1907-1950). Du tribunisme au « conseillisme », Thèse, Paris, 1988. — Broué, Révolution, op. cit.

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