GROSZ George

Par Jacques Droz

Né le 26 juillet 1893 à Berlin, mort le 6 juillet 1959 à Berlin ; artiste satirique et révolutionnaire.

Fils d’un aubergiste, George Grosz fit ses études à l’Académie des beaux-arts de Dresde et donna ses premières œuvres à la revue Ulk, qui dépendait de la Berliner Zeitung. Considéré en 1915 comme inapte au service militaire, il fit connaissance pendant la guerre des frères Herzfelde, écrivit dans la revue Die Neue Jugend et dans Die Aktion de Franz Pfemfert ; c’est à cette époque qu’il anglicisa son nom (Georg Gross) pour protester contre l’attitude anti-britannique du gouvernement allemand. Mobilisé à nouveau en 1917, il fut grièvement blessé. Après la guerre, il s’agrégea au mouvement « dada » et entra au KPD. Collaborateur de plusieurs journaux satiriques, comme Die Pleite (La Banqueroute) de Wieland Herzfelde, Jedermann sein eigener Fussball, ainsi que Die Rote Fahne, adjoint à plusieurs metteurs en scène pour lesquels il faisait des collages et des photomontages, dessinateur de poupées satiriques pour le compte du cabaret politique de Max Reinhardt, employé par la maison d’édition Malik pour laquelle il publia Das Gesicht der herrschenden Klassen, Ecce Homo, Spiesser Spiegel, dans lesquels il évoqua les espoirs révolutionnaires de sa génération et décrivit les horreurs de l’inflation berlinoise, il fut par les caricatures féroces de l’Allemand de son temps l’un des adversaires les plus redoutables et les plus efficaces de l’ordre établi.
Dès 1921, il se rendit en Union soviétique où il fut reçu par Lénine. Par contre, sa « camelote pornographique » lui valut de bonne heure des difficultés financières de la part d’un gouvernement qui jugeait ses productions contraires à la morale. En 1924, ses relations avec Alfred Flechtheim lui permirent d’organiser des expositions à Berlin et c’est à cette époque également qu’il se fit connaître à Paris. Plus tard sa participation à la représentation de Schwejk, sous la direction de Piscator, devait à nouveau lui créer de graves difficultés avec le gouvernement et entraîner la saisie de ses dessins. En 1928, il entra dans l’Assoziation revolutionärer bildender Künstler Deutschlands (Association des artistes révolutionnaires allemands, ARBKD). Les dernières œuvres qu’il publia sur la société de Weimar furent Das neue Gesicht der herrschenden Klassen (1931) et, à Londres, A Post-War Museum (1932). Considérée comme « art dégénéré » parles nazis, sont œuvre fut détruite en 1937.
Après un séjour de quelques mois aux États-Unis en 1932, il s’y établit définitivement en janvier 1933. Après des débuts difficiles que lui valurent ses attitudes politiques, il put prendre contact avec des universitaires et artistes américains grâce à l’Art Students League et organiser des expositions, en même temps que le peintre Maurice Sterne lui ouvrait une école de peinture où il enseigna jusqu’en 1951. Une maison d’édition new-yorkaise publia ses dessins anciens et nouveaux, avec une réface de John Dos Passos. A cette époque, il abandonna le style de la caricature pour celui du croquis et c’est avec une certaine tendresse qu’il présenta le « genre américain de vie ». Moins engagé, il continua à attaquer le nazisme dans ses dessins, mais ses convictions marxistes s’estompèrent ; depuis 1940 surtout, il s’éloigna des thèmes d’actualité, pour se consacrer aux natures mortes. Après la guerre, il fit plusieurs voyages en Europe et fut reçu en 1954 par le Sénat de Berlin, où il devait mourir en 1959 d’une attaque cardiaque.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216266, notice GROSZ George par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 26 février 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : (avec W. Herzfelde), Die Kunst ist in Gefahr, 1925. — A little Yes and a big No. The autobiography of Georges Grosz, 1946 (trad. franç., 1990). — Ecce Homo (trad. franç.), 1980.

SOURCES : B.I. Lewis, George Grosz. Art and Politics in the Weimar Republic, Londres, 1971. — U.M. Schneede (éd.), Georges Grosz. Leben und Werk, Stuttgart, 1975 (trad. franç., 1979). — Palmier, Weimar, op. cilt. — Rœder et Strauss, op. cit. — Benz et Graml, op. cit.

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