HARKORT Friedrich

Par Jacques Droz

Né le 25 février 1793 à Harkorten (Hagen), mort le 6 mars 1880 à Hambruch (Dortmund) ; industriel du Vormärz, réformateur social.

Né dans une famille d’industriels, dès sa jeunesse intéressé par les procédés de la technique métallurgique, connaissance qu’il compléta par des voyages en Angleterre en 1819 et en 1825, Friedrich Harkort poursuivit avec l’appui du banquier d’Elberfeld, Heinrich Kamp, ses innovations dans le domaine de la construction des machines, de l’affinage de la fonte par le puddlage, tout en soutenant par ses écrits le développement de la navigation à vapeur et la construction des voies ferrées. Cependant, s’il se rendit compte plus que tout autre du rôle de l’industrie dans le monde moderne et s’il fut un remarquable initiateur, il n’eut pas dans le développement industriel de la Westphalie le rôle capital que l’on lui a attribué et il eut de nombreux déboires dans ses affaires privées.
Convaincu que le développement économique exigeait une restructuration de l’État prussien dans le sens du constitutionnalisme, il consacra à la vie politique une grande partie de son activité. Conseiller de Wetter de 1823 à 1839, élu à Wetter au Landtag de Wesiphalie en 1826, puis en 1830 dans le cercle de Hagen, il appartint en 1848 à l’Assemblée nationale de Prusse où il conserva son siège jusqu’en 1870. Siégeant au Reichstag de 1871 à 1874, il y fut un partisan inébranlable de l’hégémonie prussienne en Allemagne, mais il défendit constamment contre Bismarck les mérites du système parlementaire.
L’essentiel de l’action de Harkort réside dans les innombrables mémoires que, tout au long de sa carrière, il consacra à l’intégration du « quatrième état » dans la société industrielle et bourgeoise de son temps et qu’il fit reposer sur l’expérience personnelle du monde ouvrier. Il était convaincu qu’il ne fallait rien attendre de l’État prussien existant, qui n’avait pas fait l’éducation de la classe ouvrière et qui n’avait les moyens ni matériels ni moraux pour la faire participer à la lutte pour la vie. Aussi le combat libéral pour la monarchie constitutionnelle passait-il à ses yeux au premier plan. Les points principaux de son programme social étaient les suivants : la création, pour assurer l’existence des travailleurs en temps de crise, d’assurances sur la maladie, la vieillesse et les accidents du travail ; l’encouragement à l’acquisition de propriétés par l’institution de caisses d’épargne et la constitution de lotissements aménagés ; l’octroi aux ouvriers de voix consultatives pour la gestion des entreprises ; l’organisation d’un système éducatif, depuis le jardin d’enfants et l’école primaire jusqu’à l’école professionnelle et les associations d’éducation ouvrière (Arbeiterbildungsvereine), doublé par des bibliothèques populaires et dont le but n’était pas seulement technique, mais politique, en vue de former des citoyens (Staatsbürger) conscients de leurs droits et de leurs devoirs. Nul n’a compris mieux que lui que la liberté était liée à l’expansion de la société industrielle.
Ces écrits et sa constante présence personnelle conféraient à celui que l’on appelait « le vieux Harkort » une popularité persistante dans toute la Westphalie industrielle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216304, notice HARKORT Friedrich par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 10 mars 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Bemerkungen über die preussische Volksschale und ihre Lehrer, 1842. — Bemerkungen über die Hindemisse der Civilisation und Emancipation der untern Klassen, 1844. — Arbeiterspiegel, 1875.

SOURCES : W. Kôllmann, Friedrich Harkort, Düsseldorf, 1964. — G. Kratzsch, « Friedrich Harkort, ein märkischer Liberaler », in Westfalische Forschungen, 1969-1970. — H. Volkmann, Die Arbeiterfrage im preussischen Abgeordnetenhaus 1848-1869, Berlin, 1968. — F. Zunkel, Der rheinisch-westfalische Untemehmer 1834-1879. Ein Beitrag zur Geschichte des deutschen Bürgertums im 19. Jahrhundert, Cologne, Opladen, 1962. — BLDG, op. cit.

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