HATZFELD Sophie, Gräfin von

Par Alain Boyer

Née le 10 août 1805 à Truchenberg, morte le 25 janvier 1881 à Wiesbaden ; amie de Lassalle, liée à l’ADAV.

Aristocrate prussienne, Sophie von Hatzfeld avait épousé en 1822 son cousin Edmund, l’un des nobles les plus fortunés de Basse-Rhénanie. Mais cette union se révéla vite un échec. Sophie, brimée par un époux autoritaire qui la séquestra, la sépara de ses enfants et lui confisqua ses biens personnels, se tourna en vain vers le roi de Prusse pour faire respecter ses droits et se résolut à demander le divorce. Elle revendiquait le droit de choisir sa vie et d’élever ses enfants. Une telle revendication de liberté la mit au ban de la bonne société aristocratique. Pour défendre ses droits, elle avait besoin d’un avocat ; en janvier 1846, le comte Kayserling lui présenta le jeune Lassalle qui lui avait été recommandé par deux juristes berlinois, Félix Oppenheim et Arnold Mendelsohn.
Ému par le sort de Sophie, Lassalle mit toute son énergie à défendre sa cause ; il en fit un combat contre le despotisme. Désormais la vie de Sophie se confondit avec celle de Lassalle : ils vécurent sous le même toit et après une période de passion, malgré la différence d’âge, il s’établit entre eux une relation d’amitié intime faite d’admiration et d’une attitude de protection condescendante et jalouse de la part de Lassalle. Après de multiples péripéties, Sophie put obtenir le divorce en 1851 et en 1854, un jugement lui permit de rentrer en possession d’une belle fortune et de verser à Lassalle une rente annuelle de 4 000 thalers.
Sophie soutint tous les travaux de Lassalle et l’encouragea pleinement dans la fondation de l’ADAV, en partageant en particulier ses vues sur le mouvement des nationalistes et l’unité allemande.
La mort tragique de Lassalle le 30 août 1864, à la suite du duel contre Janko de Rakowitza à propos d’Hélène de Dönniges, fut pour elle un coup terrible. Elle se considérait désormais comme l’exécuteur testamentaire de Lassalle, à la fois contre la famille de ce dernier et à l’intérieur du mouvement socialiste. Elle se consacra à répandre les idées de Lassalle en favorisant l’édition et les traductions de ses écrits politiques. Elle fit d ’abord confiance à Bernhard Becker, successeur de Lassalle à la présidence de l’ADAV, en espérant pouvoir le contrôler. Mais, dès 1865 les divergences apparurent, en particulier au sujet de l’organisation interne du mouvement et de l’attitude à adopter face à Bismarck : la rupture intervint à propos de la brochure publiée par Bernhard Becker, Der grosse Arbeiter-Agitator Ferdinand Lassalle. Denkschrift für die Totenfeier des Jahres 1865 (Le grand agitateur Ferdinand Lassalle. Écrit pour la cérémonie commémorative de l’année 1865). Cette opposition contraignit Bernhard Becker à démissionner en novembre 1865. Sophie von Hatzfeld repoussa aussi les propositions de rapprochement entre l’ADAV et l’Internationale, émanant en particulier de Johann Philipp Becker, et elle considérait toujours les partisans de l’Internationale comme de dangereux concurrents qui cherchaient à saper l’influence posthume de Lassalle.
En mai 1867, Sophie von Hatzfeld, en s’appuyant sur une fraction de l’opinion lassallienne hostile à Schweitzer, réussit à constituer un parti séparé qui prit le nom de Lassall’scher Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein, qui enseignait un lassallianisme orthodoxe, notamment au sujet du mouvement ouvrier et dont l’organe fut la Freie Zeitung. Mais, lorsqu’au congrès d’Elberfeld, en mai 1869, se dessina au sein de LAD AV une opposition accrue à l’égard de Schweitzer, celui-ci fut assez habile pour obtenir du parti de la comtesse Hatzfeld, en particulier de son leader Fritz Mende, que celui-ci se ralliât à lui sur les bases des statuts de 1863, Ainsi, en vertu de ce « coup d’État » se fonda une alliance Hatzfeld-Schweitzer, dirigée contre l’Internationale, mais qui facilita à ses adversaires le succès de la conférence d’Eisenach.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216311, notice HATZFELD Sophie, Gräfin von par Alain Boyer, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Alain Boyer

SOURCES : S. Na’Aman, Ferdinand Lassalle, Deutscher und Jude, 2e éd., Bonn, 1971. — U. Engelhardt, « Nur vereinigt sind wirstark », Die Anfange der deutschen Gewerkschaftsbewegung 1862/63 bis 1869/70, 2 vol., Stuttgart, 1975. — Christiane Kling-Mathey, Gräfin Hatzfeldt, 1805 bis 1881 : eine Biographie, Bonn, 1989.

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