HONECKER Erich

Par Gilbert Badia et Jacques Droz

Né le 25 août 1912 à Wiebelskirchen (aujourd’hui : commune de Neunkirchen, Sarre), mort le 29 mai 1994 à Santiago du Chili (Chili) ; militant communiste, chef d’État de la RDA.

Fils de mineur, Erich Honecker apprit le métier de couvreur. A quatorze ans, il adhéra aux Jeunesses communistes et, en 1929, au KPD. En 1930-1931, il suivit à Moscou les cours de l’école Lénine. A partir de 1931, il fut permanent des Jeunesses communistes allemandes (Kommunistischer Jugendverband Deutschlands, KJVD).
Sa participation à la résistance antifasciste, notamment en Sarre, lui valut d’être arrêté en 1935. Traduit devant le Volksgerichtshof en 1937, il fut condamné à dix ans de réclusion et incarcéré à la maison d’arrêt de Brandebourg-Görden dont il ne sortit qu’en 1945, libéré par l’Armée rouge.
Reprenant aussitôt son activité militante, il fut chargé des questions de la jeunesse au Comité central du KPD. Il participa à la fondation de la Freie deutsche Jugend (Jeunesse libre allemande, FDJ) et présida, de 1946 à 1955, son Conseil central. Dès la fondation du SED, il fit partie de sa direction. Après avoir été suppléant du Bureau politique de 1950 à 1958, il devint titulaire de cet organisme en même temps qu’il fut nommé secrétaire du Comité central. En 1961, Ulbricht le chargea de diriger l’opération qui aboutit à la construction du mur de Berlin.
En mai 1971, il remplaça Walter Ulbricht comme premier secrétaire du SED. Le VIIe congrès (1971) et les congrès suivants le confirmèrent dans cette fonction, qui sera transformée en secrétariat général en 1976 et qu’il combina dorénavant avec la présidence du Conseil d’État (Vorsitz des Staatsrats). Il apparut comme un homme d’appareil, peu soucieux de théorie, méfiant à l’égard de tout ce qui aurait pu éloigner la RDA de l’exemple soviétique, considérée plus que jamais comme un modèle à imiter
Sa promotion fut bien accueillie dans le parti et dans le pays : il paraissait plus accessible et plus ouvert que son prédécesseur. En 1973, il fit entrer au Bureau politique plusieurs de ses anciens collaborateurs à la tête de la Jeunesse libre. Dès son arrivée au pouvoir, réagissant contre certaines orientations idéologiques de l’épo­que ulbrichtienne, il affirma le rôle du parti comme organe dirigeant de l’État, fai­sant revivre les principes du centralisme démocratique et insistant sur la nécessité d’une discipline stricte. La volonté de confirmer le rôle prépondérant du SED se manifesta dans le recrutement des nouveaux membres de l’appareil : les « politi­ques » furent préférés aux « managers ». L’augmentation du nombre des intellec­tuels aboutit à la formation d’une classe dirigeante issue de l’intelligentsia, au sein de laquelle furent choisis les responsables du parti dans les organes de l’administra­tion et de l’économie. Au moins jusqu’aux événements de Pologne (1980), les syn­dicats n’eurent guère d’autre rôle que de faire passer dans le monde du travail la po­litique économique voulue par le parti. Une attention particulière fut donnée à la jeunesse, dont l’éducation sportive valut à la RDA un prestige international.
Sur le plan économique, les premières années de l’ère Honecker bénéficièrent de la retombée sur la société est-allemande des progrès économiques des années soixante, A son arrivée au pouvoir, Honecker se trouva à la tête d’un grand État industriel moderne, disposant d’une main-d’œuvre qualifiée, pourvu d’une structure socialiste accentuée par les dernières nationalisations décidées en 1972. Le propre de Honecker fut de faire admettre que toute amélioration économique devait s’ac­compagner pour les travailleurs d’une augmentation du niveau de vie. En vue de créer une « société socialiste avancée », on s’efforça de venir en aide aux couches sociales les plus défavorisées. D’où la mise en œuvre, dès 1972, d’une politique sociale qui se traduisit par le relèvement des pensions et retraites, de mesures en faveur des mères qui travaillaient, la construction massive de logements, d’importantes mesures pour tenter d’enrayer la crise de la natalité, l’élaboration d’un nouveau code du travail. Mais la priorité accordée par le pouvoir aux mesures sociales, qui visaient également à maintenir le prix des produits de première nécessité, fut payée par la chute des investissements et la perte de compétitivité sur le plan industriel. Dès 1975, la croissance du niveau de vie marqua le pas et à partir de 1980, sa stagnation accrut le mécontentement. La création, en 1980, de « combinats » rassemblant les entreprises industrielles de même nature, pour lutter contre la crise, ne donna pas les résultats espérés.
L’ouverture culturelle annoncée par Honecker lors de sa prise du pouvoir, et qui de fait fut marquée par une explosion littéraire, ne fut pas longtemps maintenue. Dès 1976, le retrait de la nationalité est-allemande au chansonnier Wolf Biermann entraîna le départ d’un nombre important d’artistes et d’écrivains. En 1977, Rudolf Bahro, membre du SED, publia un pamphlet qui montrait les obstacles que la bureaucratie posait à l’avènement du « socialisme réel » et proposa une version du marxisme qui aurait permis, selon lui, de mieux satisfaire les besoins de la population ; il fut emprisonné puis expulsé de RDA. Le professeur Robert Havemann fut soumis à une surveillance étroite et dégradante. Depuis 1979, la législation prévoyait l’emprisonnement de tout auteur publiant à l’étranger un ouvrage pouvant porter atteinte aux intérêts de la RDA. Les relations avec l’Église protestante qui s’étaient nettement améliorées en 1978 se tendirent bientôt, le pouvoir reprochant à l’Église de soutenir le courant pacifique indépendant et les objecteurs de conscience. Elles empirèrent en 1988, les Églises protestantes abritant les mouvements contestataires qui commençaient à s’organiser.
L’« ère Honecker » signifia pour la RDA un renforcement de sa situation internationale. La reconnaissance de l’État est-allemand, l’entrée conjointe des deux Allemagnes dans les Nations Unies, l’établissement de relations diplomatiques avec plus de cent États furent considérés comme de brillants succès : ils étaient la conséquence de la signature d’un « traité fondamental » réglant les relations entre RFA et RDA, auquel Honecker avait longtemps rechigné, notamment parce que la RFA refusait obstinément de reconnaître la citoyenneté est-allemande. Ainsi l’Allemagne de l’Est fut-elle obligée d’agir entre deux pôles contradictoires, celui de Bonn vers lequel l’opinion publique était attirée, et celui de Moscou qui avait les sympathies des dirigeants. Malgré le besoin pressant qu’avait la RDA, sur le plan économique et financier, de l’Allemagne fédérale, la politique constante de Honecker fut d’affirmer que la RDA était, non une fraction de la nation allemande, mais un État à part entière ; la Constitution de 1974 la désignait sous le nom d’« État socialiste des ouvriers et des paysans » et ne faisait pas allusion à quelque possible réunification. Pris entre ses intérêts économiques et ses choix politiques, Honecker considérait comme primordiale la fidélité à l’égard de l’Union soviétique, dont le traité d’amitié et de coopération mutuelle d’octobre 1975 avait été l’expression. Toutefois des désaccords surgirent entre les deux pays en 1984, à propos des relations RDA-RFA, l’URSS de Tchemenko refusant à la RDA de conduire, en ce domaine, une politique autonome et s’opposant à la visite d’Honecker à Bonn, visite qui eut finalement lieu à l’automne 1987. Avec Gorbatchev, le différend était de nature théorique : l’Union soviétique cessa d’être le modèle. La RDA affirmait sa fidélité aux « lois universelles du socialisme » et ses dirigeants considéraient avec méfiance la nouvelle politique soviétique d’ouverture en direction des pays capitalistes.
Déjà ébranlé par la montée des mécontentements, le pouvoir de Honecker, que l’URSS se refusa à soutenir militairement, fut brutalement mis en question en septembre 1989 à la suite de l’émigration massive des Allemands de l’Est vers la RFA, puis par les manifestations qui se produisirent dans les grandes villes de province lors de la célébration du 40e anniversaire de la RDA. Le 18 octobre, Honecker fut remplacé au secrétariat du SED et à la présidence du Conseil d’État par son dauphin désigné Egon Krenz. Après la destruction du mur de Berlin, il fut placé en résidence surveillée en décembre, à la suite de révélations sur des abus de pouvoir et inculpé par les autorités judiciaires de RDA, puis de RFA, pour avoir donné l’ordre de tirer sur les citoyens de RDA qui tentaient de franchir le mur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216347, notice HONECKER Erich par Gilbert Badia et Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 24 mars 2020.

Par Gilbert Badia et Jacques Droz

ŒUVRE : Reden und Aufsäze, 12 vol., 1975-1988. — Aus meinem Leben, 1980. — Revolutionäre Théorie und geschichtliche Erfahrung in der Politik der SED (textes de 1971 à 1987), 1987. — En français : De l’avant dans la voie de la paix et de la prospérité du peuple, 1979. — Nous sommes pour la paix sur terre et dans l’espace (interview à Die Zeit), 1986.

SOURCES : R. Woods, Opposition in der DDR unter Honecker 1971-1985, Londres, 1985. — D. Borkowski, Erich Honecker. Statthalter Moskaus oder deutscher Patriot ? Eine Biographie, Munich, 1987. — G. Badia, Histoire de l’Allemagne contemporaine, t. II, Paris, 1987. — S. Berstein, P. Milza, L’Allemagne 1870-1987, Paris, 1988. — J.P. Mathieu, J. Mortier, RDA, quelle Al­lemagne ?, Paris, 1990.

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