HUBER Viktor, Aimé

Par Jacques Droz

Né le 10 mars 1800 à Stuttgart, mort le 19 juillet 1869 à Wernigerode ; écrivain chrétien-social.

Fils de Ferdinand Huber, ami de Schiller et de celle qui deviendra Therese Forster, ancien libéral, ami de Benjamin Constant, combattant volontaire auprès des insurgés de Cadix, Viktor Huber s’était tourné, désabusé, en 1829 vers la religion réformée. Inquiet des progrès de l’hégélianisme de gauche, il signalait maintenant le danger que courait l’Eglise, dont la chute entraînerait celle de la Monarchie et l’effondrement des mœurs. Décidé à constituer un parti conservateur et social, dont la conception de la liberté serait plus claire que celle des libéraux, appelé de l’Université de Marburg à celle de Berlin par Frédéric-Guillaume IV, il se fit remettre la direction de la revue Janus qui mettait au premier plan la question sociale et soutenait l’idée qu’en présence du développement inéluctable de la grande industrie, il était nécessaire que la noblesse prît en mains le sort des classes laborieuses. Lui-même avait été initié aux problèmes industriels par ses voyages en Angleterre, où il avait rencontré Kingsley et Carlyle, ainsi que l’industriel Hemy Ashworth et dont il avait retenu la conclusion que les travailleurs devaient être mis à même de prendre en mains leur propre destinée. Pour associer la noblesse à cette entreprise, il avait contribué à la création, par le roi de Prusse, d’un Schwanenorder (Ordre du cygne), dont les fins charitables devaient permettre la solution de la question sociale. A vrai dire, les idées de Huber s’étaient heurtées au cours de la révolution de 1848 à la réaction anti-industrielle des conservateurs prussiens et à la condamnation radicale de leur part de toute velléité socialiste, confondue avec l’athéisme.
Après la révolution, Huber se détourna du Parti conservateur et se montra indifférent à l’égard des luttes politiques. Établi depuis 1851 à Wernigerode, dans le Harz, il ne sortit de sa retraite que pour participer aux Kirchentage et aux congrès de la Mission intérieure : son but était de faire de l’œuvre de Wichern non pas seulement une institution charitable, mais d’étendre son influence par la création de coopératives, permettant aux ouvriers de pratiquer le self-help et de résoudre en particulier le problème de leur logement. Du principe coopératif il attendait qu’il convertît les prolétaires en travailleurs propriétaires maîtres de leur destinée et intégrés en tant qu’« état » (Stand) au régime monarchique. Jusqu’à la fin de sa vie, il s’intéressa à la question sociale, intervenant sur les doctrines de Lassalle et le droit de coalition. Si son influence sur le mouvement ouvrier restait minime, ses idées devinrent celles du Parti chrétien-social à travers Hermann Wagener.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216349, notice HUBER Viktor, Aimé par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 24 mars 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Ausgewahlte Schriften über Sociaîreform und Genossenschaftswesen, 1894.

SOURCES : Paulsen, Viktor Aimé Huber als Sozialpolitiker, 2e éd., Leipzig, 1956. — W.O. Shanahan, German Protestants face the Social Question, 1.1, Univ. Notre-Dame, 1954. — F. Karrenberg, * Geschichte der sozialén Ideen des deutschen Protestantismus », in Helga Greblng (éd.), Geschichte der sozialén Ideen in Deutschtand, Munich, Vienne, 1969.

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