JACOBY Johann

Par Jacques Droz

Né le 1er mai 1805 à Königsberg, mort le 6 mars 1877 à Königsberg ; médecin, écrivain et homme politique démocrate.

Né dans une famille de riches commerçants, Johann Jacoby fit ses études au Collegium Fredericianum, puis aux Universités de Kônigsberg et de Berlin. Bien qu’il eût un cabinet médical important et que sa compétence l’eût fait envoyer par le gouvernement en Pologne pour se documenter sur l’épidémie de choléra, il éprouvait un vif ressentiment contre les mesures dont furent victimes ses coreligionnaires israélites et, depuis la révolution de 1830 et l’insurrection polonaise, il était décidé à la lutte contre l’absolutisme. En 1841, son pamphlet anonyme Vier Fragen, beantwortet von einern Ostpreussen, où il exigeait la convocation du Par­lement selon les promesses de 1815, eut un retentissement considérable et la cour d’appel de Königsberg le fit échapper à la condamnation à deux ans de forteresse qu’avait décidée contre lui le gouvernement. Son attitude avait été avant tout politique, mais l’organisation qu’il avait créée à Königsberg, le Siegel-Klub que fré­quentaient à l’origine commerçants et intellectuels, s’était ouverte aux artisans et aux compagnons, qui constituaient l’essentiel de ses partisans. D’autre part, Jacoby fréquentait depuis 1843 la demeure d’Itzstein à Hallgarten, où il prit contact avec plusieurs libéraux badois et, à travers eux, avec les principales figures du libéra­lisme allemand, se rapprochant de plus en plus, à la veille de la révolution, de la fraction de la gauche, notamment de Struve et Hecker. Il collabora aux Deutsch-französische Jahrbücher de Marx et de Ruge. Libre penseur, il n’était pas sociaIiste, mais considérait comme essentielle la solution de la question sociale, qui n’était possible que dans une Allemagne démocratique.
Pendant la révolution de 1848, l’attitude de Jacoby était celle d’un démocrate attaché à la république : au Vorparlament, puis à l’Assemblée prussienne, où il eut le courage d’aller protester auprès du roi lors de la formation du cabinet Brandeburg ; au Parlement de Francfort, où il assista aux dernières séances comme député suppléant ; finalement au Parlement croupion de Stuttgart, où son attitude lui valut d’être mis en accusation de haute trahison, peine qu’annula le tribunal de Konigsberg. Pendant toute la révolution, il avait soutenu que l’Allemagne ne pouvait se contenter d’une transformation constitutionnelle, mais que la démocratie exigeait I ’alliance de la petite bourgeoisie et du prolétariat, qui était seule capable de s’op­poser à la réaction.
Placé sous surveillance policière après la révolution, il se livra au cours des an­nées cinquante à des études de philosophie. En 1858, il reprit son activité politique et adhéra au Nationalverein. Député de la ville de Berlin à l’ Assemblée prussienne, adhérent à la Fortschrittspartei, il intervint en faveur du refus de l’impôt, ce qui fut sanctionné, en novembre 1863, par six mois de prison, au cours desquels il écrivit Der Freie Mensch, Rück- und Vorschau. Adversaire déclaré de l’État bismarckien, il vota en 1867 contre la formation de la Confédération de l’Allemagne du Nord, mais ne réussit pas dans son journal Die Zukunft (1867-1870) à convertir la Fortschrittspartei à des positions radicales ; il s’en sépara avec éclat en 1869. Dans une réunion de la Voikspartei à Kônigsberg en septembre 1870, il se prononça contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine, ce qui lui valut une nouvelle incarcération. De plus en plus, il s’approcha des positions du Parti social-démocrate dans lequel il en­tra en 1872 ; réélu au Reichstag en 1874, il refusa son mandat, sous prétexte que le travail parlementaire était inutile dans un État militaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216353, notice JACOBY Johann par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 25 mars 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Gesammelte Schriften und Reden, 2 vol., 1872. — Briefwechsel 1816-1849, éd. par E. Silberner, 1974. — Auswahl aus seinem Werk (éd. parM. Haekel), 1971.

SOURCES : P. Schuppan, « Johann Jacoby », in Männer der Révolution von 1848, 1, Berlin- Est, 1970. — E. Silberner, Johann Jacoby. Politiker und Mensch, Bonn, Bad Godesberg, 1976. — B. Engelmann, Die Freiheit ! Das Recht ! Johann Jacoby und die Anfange unserer Demokratie, Bonn, 1984. — BLDG, op. cit.

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