DAZORD Pierre, Jean, Charles

Par Jacques Girault

Né le 29 avril 1937 à Bourg-en-Bresse (Ain) ; professeur des Universités ; militant communiste ; syndicaliste du SNESup ; militant associatif.

Fils d’un receveur de l’enregistrement d’opinions de droite et d’une répétitrice d’opinions de gauche, Pierre Dazord rompit dès l’adolescence avec la pratique religieuse pour devenir un « mécréant complet, républicain, laïque et rationaliste ». Élève de l’école laïque, puis successivement du collège de Barcelonnette (Basses-Alpes), du lycée Ampère à Lyon, du lycée Louis-le-Grand à Paris en 1955, il intégra l’École normale supérieure (sciences) promotion 1956 à 1960.

Il se maria en février 1964 à Fontenay-aux-Roses (Seine). Le couple eut trois enfants. Il effectua son service militaire (mai 1964-août 1966) comme maître-ouvrier après avoir été expulsé de la Direction des recherches et moyens d’essais à cause de ses opinions puis, victime de menaces de la Sécurité militaire, auxquelles mit fin le futur Général Santraille, commandant par intérim de l’Établissement du matériel de Fontainebleau, ancien des maquis du Lot et gaulliste.

Pierre Dazord, maître-assistant de mécanique générale à la Sorbonne de 1961 à 1968, maître de conférences à la faculté de Lyon en 1968, docteur d’État en 1969, fut élu professeur à l’Université de Lyon 1 où il termina sa carrière en 1998. Spécialiste de géométrie symplectique, auteur d’une cinquantaine de publications, membre du laboratoire de géométrie de Lyon, il devint responsable du laboratoire devenu équipe associée au CNRS. Co-fondateur du Séminaire Sud Rhodanien en 1982 devenu Groupement de Recherche 144 du CNRS, il en fut directeur-adjoint puis, à partir de 1990, directeur. Il fut le co-organisateur et l’éditeur scientifique de plusieurs journées de la Société Mathématique de France consacrées à la géométrie en 1983 et en 1986 (en l’honneur d’André Lichnérowicz) et d’un séminaire tenu au Mathematical Science Research Institute de Berkeley en mai-juin 1989 dont les actes furent respectivement publiés chez Hermann et Springer.

Engagé très tôt dans la lutte anticolonialiste et politique, à quatorze ans, Pierre Dazord donnait des cours d’alphabétisation à des travailleurs algériens à Lyon. En décembre 1955, il adhéra au Parti communiste français. À l’ENS, il fut responsable du cercle des étudiants communistes et du Comité pour la Paix en Algérie. De 1956 à 1960, il participa à l’organisation des manifestations étudiantes parisiennes contre la guerre d’Algérie, estimant « que le peuple de France avait à mener sa propre lutte pour l’indépendance de l’Algérie sans aucune inféodation au Front de Libération nationale ». Hostile au putsch du 13 mai 1958, il organisa la lutte de défense républicaine à l’ENS. Après le retour du Général De Gaulle, « il ne sut pas mesurer, même s’il refusa les délires effarants de J. Duclos (de Gaulle, c’est le fascisme) que l’heure n’était plus à la défense républicaine, que l’on entrait dans une phase politique normale comme la suite l’a montré. » Il participa activement à la campagne pour le NON au referendum.

Membre des commissions de l’enseignement supérieur et de la recherche auprès du comité central du PCF, il représentait l’enseignement supérieur dans la commission de huit membres proposée par le secrétariat du PCF, le 4 février 1964, pour élaborer le programme du parti pour l’enseignement sous la direction de Pierre Juquin.

Membre du Syndicat national de l’enseignement supérieur, de son bureau et de sa commission administrative nationale de 1960 à 1964, Pierre Dazord, qui avait été l’artisan du retour du SNESup dans la vie de la Fédération de l’Education nationale, prit une part active dans son basculement dans la lutte contre la guerre d’Algérie lors du congrès fédéral de novembre 1961. Après 1968, il fut un des dirigeants de la liste « Action syndicale » qui combattit les « dérives gauchistes » et devint majoritaire en 1969. Membre de la CA nationale (1968-1971), il fut à partir de 1969 un des membres les plus actifs du BN qu’il quitta en 1971 faute d’avoir obtenu « un soutien majoritaire pour organiser le SNESup comme le syndicat de cadres qu’il aurait dû être ». Sur cette ligne, il fonda la section académique de Lyon du SNESup qui devint dans la région le troisième syndicat de la FEN. Élu syndical au Conseil d’Université de 1969 à 1973, il siégea également au conseil du département de Mathématiques.

Pendant les événements de mai 1968, en liaison constante avec Waldeck Rochet, Pierre Dazord contribua « de manière décisive à la remise sur les rails de la politique du PCF » en direction de l’Université et des étudiants notamment par une longue intervention dans l’Humanité avec Pierre Juquin. Plus tard, il regrettait toujours « que ne se soit pas concrétisé à cette occasion le mouvement de rénovation qui s’amorçait et aurait fait se volatiliser un appareil sclérosé ». Délégué de la fédération communiste du Rhône, il intervint au 19eme congrès du PCF à Nanterre (4-8 février 1970) pour évoquer le rôle des intellectuels et de leur nécessaire alliance avec la classe ouvrière.

Pierre Dazord abandonna ses responsabilités syndicales nationales en 1971 pour entrer au bureau de la fédération communiste du Rhône, chargé du « secteur intellectuel », responsabilité qu’il ne put jamais, selon son témoignage, « exercer véritablement ». À partir de 1975, il fut seulement membre du comité fédéral. Il représenta le PCF dans une élection cantonale en 1972 et comme candidat suppléant aux élections législatives de 1973 à Villeurbanne. Des "divergences stratégiques graves" l’amenèrent à se séparer du SNESup en 1977. Critique par rapport aux analyses du PCF, il ne fut pas représenté au comité fédéral en avril 1979 par la conférence de sa section et quitta le PCF en 1980. Ses dernières interventions politiques publiques furent la signature, en 1978, de l’appel d’Aix appelant à la rénovation et la démocratisation du PCF et la participation au lancement de l’appel « Union dans les Luttes », rassemblant 50 militants de la mouvance communiste et 50 militants de la mouvance socialiste aux côtés de plusieurs dirigeants de la CGT, appelant à la refondation de la pratique unitaire sans le sectarisme qu’il rendait responsable de l’échec électoral de 1978.

En 2007, Dazord présidait toujours l’association « Les Amis de Jean Chevalier », peintre considéré comme le « dauphin d’Albert Gleizes » qui légua au début des années 2000, cinq œuvres à l’Université Lyon II. Il fut le maître d’œuvre du livre Jean Chevalier, Peintre à Lyon (Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2003).

Il présidait également le Cercle des rationalistes de Lyon et de sa région, antenne de l’Union rationaliste, adhérent à la Fédération des œuvres laïques du Rhône.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21636, notice DAZORD Pierre, Jean, Charles par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 août 2021.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Bulletin du SNEsup. — Divers sites Internet. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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