KETTELER Wilhelm, Emmanuel

Par Jacques Droz

Né le 25 décembre 1811 à Münster, mort le 13 juillet 1877 à Burghaisen (Bavière) ; évêque catholique, théoricien du catholicisme social.

Après avoir fait des études au collège jésuite de Brig (Valais) et étudié le droit aux facultés de Gôttingen, Berlin, Heidelberg et Munich, Wilhelm Ketteler s’établit comme référendaire auprès du gouvernement à Münster en Westphalie, mais quitta son poste en protestation contre l’arrestation de l’archevêque de Cologne, von Droste-Vischering, en 1838. A Munich, il vécut ensuite auprès de Gôrres et de Jarcke, dans l’atmosphère romantique qui était celle des Historische Blätter que vint préciser l’enseignement du théologien Adam Möhler sur l’unité de l’Église. Ayant commencé tard ses études théologiques, il fut surtout frappé par la doctrine de Saint Thomas d’Aquin qui lui apprit les devoirs sociaux que comportait la propriété. Dans les cures qu’il administrait en Westphalie, il prit connaissance de la mi­sère ambiante. Élu député au Parlement de Francfort, il eut l’occasion, au cours de six prédications de l’Avent 1849 dans la cathédrale de Mayence, d’évoquer la ques­tion sociale « la plus importante de l’époque contemporaine », tout en défendant la liberté de l’Église. Après un stage comme prieur à Sainte-Edwige de Berlin, Ketteler fut nommé par le chapitre évêque de Mayence (1850). Politiquement, après avoir tendu la main aux libéraux, il s’en écarta au cours des années cinquante, lors­qu’ils accentuèrent leurs positions anticléricales ; ce ne fut pas pour s’allier à la réaction, mais au contraire pour montrer que la religion avait les mêmes besoins que la démocratie. C’était la faculté du christianisme de résoudre le problème social qui le préoccupait le plus directement ; après avoir pensé que seul l’amour éclairé du prochain pouvait apporter un réconfort — il multiplia les établissements de congré­gations de femmes à Mayence à des fins d’hospitalisation et d’enseignement popu­laire —, et avoir confié à la seule Église la lutte contre le paupérisme, il se rappro­cha progressivement de Lassalle. Dans son livre Die Arbeiterfrage und das Christenturn qu’il publia en 1864, il retenait de la doctrine de Lassalle l’idée des coopératives de production, sinon celle de l’aide de l’État, qu’il n’adopta que plus tard. Ce n’est en effet qu’en 1869, à l’occasion d’un meeting à Offenbach, puis d’un discours à la conférence épiscopale de Fulda, qu’il se prononça pour un programme d’émancipation de la classe ouvrière qui comportait, outre le droit syndical ac­compagné du droit de grève, une législation d’État prévoyant l’élévation des sa­laires, l’abréviation de la journée de travail, le respect des jours fériés, l’interdiction du travail des enfants, des mères et des jeunes filles. Sa politique sociale ne visait pas la destruction du système capitaliste, mais l’intégration de la classe ouvrière dans l’État.
Ketteler manifestait la même modération dans les divers actes de sa politique épiscopale. Au lendemain de la guerre austro-prussienne, dans son livre Deutschiand nach dem Kriege von 1866, tout en déplorant la défaite de l’Autriche, il invita ses coreligionnaires à s’adapter à la domination de la Prusse en Allemagne. Adver­saire de l’infaillibilité pontificale, il fut le premier des opposants à s’y rallier. U joua un rôle d’apaisement dans le Kulturkampf, mais avait donné sa démission comme député du Centre après que le Reichstag eût refusé d’introduire des articles de la Constitution prussienne de 1851 dans celle du Second Reich.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216375, notice KETTELER Wilhelm, Emmanuel par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 1er avril 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Schriften, 3 vol., 1911. — Sämtliche Werke und Briefe 1848-1877, présenté par E. Iserloh, 4 vol., 1977-1982.

SOURCES : O. Pfuelf, Bischof von Ketteler 1811-1877, 3 vol., 1899. — F. Vigener, Ketteler. Ein deutsches Bischofsleben des 19. Jahrhunderts, Munich, 1924. — H. Licht, Bischof W.E. Freiherr von Ketteler und die Arbeiterfrage, Diss. Graz, 1950. —G. Kranz, Bischof Ketteler. Ein Lebensbild, Augsbourg, 1961. — L. Lenhart, Bischof Ketteler 1811-1877, 3 vol., Mayence, 1966- 1968. — A.M. Birke, Bischof Ketteler und der deutsche Liberalismus, Mayence, 1971. — E. Fastenrath, Bischof Ketteler und die Kirche, Essen, 1971. — E. Iserloh, Die soziale Aktivität der Katholiken im Übergang von caritativer Fürsorge zu Sozialreform und Sozialpolitik, dargestellt an den Schriften W.E. von Kettelers, Wiesbaden, 1975. — R. Morsey, J. Aretz, A. Rauscher (éd.), Zeitgeschichte in Lebensbildem : aus dem deutschen Katholizismus des 19. und 20. Jahr­hunderts, 6 vol., Mayence, 1973-1984.

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