LASSALLE Ferdinand

Par Alain Boyer

Né le 11 avril 1825 à Breslau, mort le 31 août 1864 près de Genève (Suisse) ; juriste, théoricien socialiste, fondateur de l’ADAV, à l’origine de la social-démocratie allemande.

Défenseur acharné de l’unité allemande, Ferdinand Lassalle fut originaire des marches orientales de la Prusse, d’une famille de négociants juifs. Son père, Heyman Lassalle, le destinait à la carrière commerciale : il entra en 1840, après un pas­sage au lycée, à l’École commerciale de Leipzig. Mais très tôt, il s’intéressa à l’ac­tion politique, exprimant son admiration pour la Révolution française. Il savait que son origine juive lui interdisait toute carrière universitaire et tout accès à une fonc­tion publique ; aussi devint-il un partisan acharné de l’émancipation à la française. En 1840, sous l’influence de Heine et de Börne, il se proclama révolutionnaire, rêvant de consacrer sa vie à la cause de la liberté. Il supporta de plus en plus mal l’é­cole et renonça en 1841 au commerce, mais aussi au droit et à la médecine. Sa fa­mille s’inclina devant sa « vocation » pour des études historiques et sociales : il s’inscrivit en 1842 à l’Université de Breslau, puis en 1844 à Berlin. Dès 1843, il se déclara socialiste, s’intéressa au saint-simonisme répandu par Lorenz von Stein, suivit les activités de Weitling. Ses études sur la philosophie du droit l’amenèrent à découvrir Fichte et Hegel. A Berlin il s’imprégna de Hegel dont il adoptera, par­fois jusqu’à la caricature, le langage philosophique et qui lui inspirera sa conception de l’État conçu comme « la réalité en acte de l’idée morale objective ».
Son ami Wilhelm Wolff (Lupus) lui fît découvrir les conditions de vie du pro­létariat, tandis que l’insurrection des tisserands de Silésie marqua pour lui les pre­mières convulsions du communisme.
A Berlin, Lassalle s’orienta surtout vers la philosophie et commença son étude sur Héraclite qu’il n’achèvera qu’en 1857. Mais deux séjours à Paris dans les hivers 1845-1846 et 1846-1847, lui permirent d’entrer en contact avec les réfugiés allemands et l’entourage de Heine et d’approfondir sa connaissance des socialistes français, en particulier Fourier et Cabet.
Ce fut la recommandation de Heine qui lui ouvrit les milieux aristocratiques d’opposition à Berlin. Peu après son retour à Berlin, Lassalle fit la connaissance de la comtesse Sophie von Hatzfeld qui devait jouer un rôle décisif dans sa vie. De vingt ans son aînée, Sophie devint son inspiratrice et son idéal. Mariée en 1822 avec son cousin Edmund, elle en était vite devenue la victime. Une tentative de réconci­liation des époux, imposée par le roi de Prusse, ayant échoué, Sophie von Hatzfeld décida de divorcer et de défendre ses droits de femme libre ; elle fut à la recherche d’un avocat. En janvier 1846, le comte Kayserling présenta à Sophie le jeune Las­salle ainsi que deux juristes berlinois, Félix Oppenheim et Arnold Mendelssohn. La défense de Sophie consista à accumuler des preuves contre son mari, à lancer contre lui une campagne de presse, à prouver qu’Édmund avait fait à sa maîtresse, la ba­ronne von Meyendorff, une donation qui déshéritait son fils Paul. Oppenheim parvint à dérober la cassette de la baronne von Meyendorff contenant l’acte de dona­tion, mais il fut arrêté et son complice Mendelssohn dut se réfugier à Paris.
Dans le cadre de cette affaire, Lassalle fut arrêté en mars 1847, mais acquitté, faute de preuves, six semaines plus tard. En janvier 1848, Sophie von Hatzfeld et Lassalle furent condamnés à deux mois de prison ; aussi, lorsque éclata la révolution, le 13 mars à Vienne, le 18 mars à Berlin, Lassalle ne put y participer active­ment ce qui lui permit d’échapper plus tard aux condamnations frappant les insti­gateurs des émeutes.
Ce lut à son retour à Cologne, en avril 1848, que Marx fonda avec Engels et Wolff la Neue Rheinische Zeitung. En plein procès Hatzfeld, Sophie et ses défen­seurs étant connus pour leurs opinions communistes, Lassalle poussa Marx à inter­venir, ce que la Neue Rheinische Zeitung ne fit qu’avec réticence. Mais ce fut le dé­but des relations amicales entre Marx et Lassalle.
En août 1848, Lassalle transforma le « procès de la cassette » en procès contre le despotisme et en combat pour la liberté et la démocratie : son acquittement fut considéré comme un succès des « rouges ». Lassalle et Sophie von Hatzfeld s’ins­tallèrent à Düsseldorf et participèrent à la création d’un comité de district des démo­crates rhénans ; c’est là que Lassalle prononça son premier grand discours politique en protestation contre l’arrestation du poète Freiligrath. Marx et Lassalle se ren­contraient au sein du comité et les contacts devenaient étroits entre Cologne et Düs­seldorf.
Avec la victoire de la réaction en Autriche, Lassalle multiplia les discours contre le gouvernement royal de Prusse et appela à prendre les armes. Il fut arrêté le 22 novembre 1848, pour incitation du peuple à la révolte, et maintenu six mois en prison. Les autorités hésitaient à faire passer Lassalle en jugement, mais les rédacteurs de la Neue Rheinische Zeitung obtinrent l’ouverture d’un procès, le 5 mai 1849. Dans son plaidoyer devant les assises (Assisenrede), Lassalle s’affirma par­tisan, au nom de la démocratie, de l’usage légitime de la violence : il s’agissait en effet de défendre l’État constitutionnel que le peuple de Berlin s’était donné. Comme chez Fichte, l’État était à la fois sujet et moyen pour parvenir à la liberté. Le peuple avait droit de combattre pour défendre ses intérêts propres, les libertés et l’indépendance de la nation. Lassalle refusa de plaider dans les conditions qu’on lui imposait. Il fut cependant acquitté, puis arrêté à nouveau pour incitation à la vio­lence. Il fit deux mois de prison préventive et, en juillet 1849, il fut condamné à six mois de détention mais pour des raison de santé, il obtint de ne purger sa peine que l’année suivante ce qui lui permit de reprendre le procès Hatzfeld.
Lassalle restait à Düsseldorf alors que la plupart des révolutionnaires, Marx, Engels, Wolff, Freiligrath, etc. avaient dû quitter l’Allemagne. Il fut même regardé avec suspicion par les quelques rescapés regroupés autour du Comité central de la Ligue des communistes de Cologne, en particulier par Heinrich Bürgers qui refusa de porter avec lui un toast à la « république rouge », lors de la réception qu’il avait organisée en avril 1851 pour fêter sa libération. Pourtant Lassalle s’efforça de venir en aide aux communistes de Cologne lorsqu’ils furent condamnés.
La situation matérielle de Lassalle reçut, en signe de reconnaissance, une rente annuelle de quatre mille Thaler ce qui le mit à l’abri du besoin mais lui donna la réputation d’un homme entretenu. Lassalle resta attaché, jusqu’à sa mort, à Sophie : une longue amitié, faite d’admiration et de confiance, succéda à une brève passion et Sophie sera « l’exécuteur testamentaire » de son ami.
Jusqu’en 1857, Lassalle fut interdit de séjour à Berlin ; il tenta pourtant de s’y rendre, fut arrêté et renvoyé en Rhénanie où il essaya de répandre ses idées révolutionnaires : il était persuadé que le rôle des intellectuels était d’éduquer le peuple. Tout en apportant des secours aux victimes de la répression et en particulier aux exi­lés londoniens, en faisant entrer des brochures interdites par la censure, Lassalle donna des conférences sur l’histoire sociale et la Révolution française. Des malentendus avecMarx et Engels naquirent de la visite à Londres d’un petit commerçant, Gustav Lewy qui dénonça « l’embourgeoisement » et les trahisons de Lassalle. Dans le climat de suspicion qui régnait alors, des accusations qui pouvaient reposer sur les intrigues, l’amour de l’argent et des honneurs de Lassalle, laissaient des sé­quelles indélébiles.
En septembre 1856, Lassalle entreprit un voyage dans les Balkans et en Tur­quie, y recherchant des témoignages sur les luttes nationales des Hongrois, des Croates et des Serbes. C’est là que l’Autriche lui apparut, avec la Russie, comme le grand oppresseur ; toute alliance sous son égide renforcerait la réaction en Europe.
A son retour d’Orient, Lassalle se consacra à des travaux littéraires : il acheva sa Philosophie d’Héraclite l’Obscur d’Éphèse et commença son Franz von Sickingen, drame romantique en vers. Il reçut une autorisation de séjour de six mois à Ber­lin qui fut prolongée indéfiniment ; la réaction s’assouplit. Héraclite qui parut en novembre 1857, lui ouvrit les cercles intellectuels démocrates berlinois, les salons des Humboldt et Vamhagen et lui permit de nouer de solides amitiés avec le chef d’orchestre Hans von Bülow et son éditeur Franz Duncker. Dans son ouvrage, Las­salle s’efforçait de montrer les concordances entre l’éthique d’Héraclite et la phi­losophie de l’État de Hegel, qui était aussi celle de Lassalle.
Franz von Sickingen était un drame politique qui soulevait le problème person­nel de Lassalle, celui du choix des moyens et du rôle des « privilégiés » dans le mouvement révolutionnaire, aux côtés du prolétariat. Franz le guerrier, comme Ulrich l’humaniste étaient des incarnations de Lassalle tout comme Marie, fille de Franz et fiancée d’Ulrich, représentait l’idéal féminin qu’il recherchait à travers ses passions pour Sophie Sontseff et Hélène de Dönniges. Cette époque de la guerre des Paysans, seule période révolutionnaire qu’eût connue l’Allemagne, avait déjà été étudiée par Engels en 1850, Marx reprocha à Lassalle de trop insister sur l’op­position « luthérano-chevaleresque », aux dépens de l’opposition « plébéio-münzerienne ». Cette critique correspondait cependant à une période de collaboration entre Marx et Lassalle La Critique de l’conomie politique et qui avait proposé à Marx de collaborer au journal de Vienne, Die Presse dont son cousin Max Friedländer était le rédacteur.
Les conflits européens allaient à nouveau opposer Marx et Lassalle qui désor­mais accordait la priorité aux luttes de libération nationale. Déjà pendant la guerre de Crimée, Lassalle avait soutenu la France de Napoléon III, représentant un pou­voir issu de la Révolution française, défenseur des mouvements de libération natio­nale dans les Balkans.
Lassalle attendit que le soulèvement de l’Italie et de la Hongrie opprimées par l’Autriche serve de détonateur dans toute l’Europe. Tout en dénonçant la Russie tsariste, despotique et contrerévolutionnaire, il pensait d’abord faire sauter le verrou autrichien et refusa toute alliance avec l’Autriche même si cela devait favoriser l’u­nité allemande.
Cette attitude apparut très clairement lors de la guerre d’Italie : avec Karl Vogt (dans ses Studien) et les démocrates, Lassalle considérait que Napoléon III était le défenseur des causes nationales et des libertés en Europe. Il refusait la thèse d’En­gels exprimée dans la brochure Le Pô et le Rhin, selon laquelle les libertés alle­mandes se défendraient sur le Pô et la Prusse devrait s’allier à l’Autriche pour fa­voriser l’unité allemande. En réponse, Lassalle publia en 1859 La Guerre d’Italie et le devoir de la Prusse : l’Autriche était l’ennemie irréductible de l’unité alle­mande et devait donc être vaincue ; la frontière du Rhin devait certes être défendue, mais la Prusse n’avait aucune raison d’intervenir dans le conflit austro-français. En 1860, dans Le Testament politique de Fichte, il justifiait, en se référant à Fichte, ses positions anti-autrichiennes.
En 1861, Lassalle fit paraître Le Système des droits acquis, son œuvre majeure de théorie politique et de philosophie du droit. Il fit alors le projet, avec Marx, de fonder un journal qui reprendrait la Neue Rheinische Zeitung. Marx qui, à cause de la crise liée à la guerre de Sécession, venait de perdre les ressources qu’il tirait de sa collaboration aux journaux américains, décida de se rendre à Berlin où il revit Lassalle après douze ans de séparation et déposa une demande de renaturalisation. Lassalle revendiquait la direction du journal, dont le capital serait fourni par Sophie von Hatzfeld, à cause de sa renommée berlinoise et chercha à écarter Engels. Mais Marx ne fut pas renaturalisé et les projets furent abandonnés.
Dans l’été 1861, Lassalle entreprit avec Sophie von Hatzfeld un grand voyage en Suisse et en Italie où il rencontra Garibaldi. Fasciné par l’aventure de celui-ci, il envisagea une insurrection allemande en mettant sur pied une armée révolution­naire avec les fonds de l’Union nationale de Rustow. Mais la défaite de Garibaldi lui fit renoncer à l’idée d’insurrection armée.
En 1862, Lassalle sacrifia encore à la littérature avec un pamphlet, M. Julian Schmidt, L’Historien de la littérature où Lassalle, par la bouche du typographe, et Lothar Bächer, à travers la femme du typographe, se moquaient de L’Histoire de la littérature allemande de Julian Schmidt, Il s’agissait de ridiculiser les prétentions littéraires des libéraux.
Mais à partir de 1862, Lassalle se lança dans une activité politique fébrile. Par des discours et des conférences, il intervint dans le conflit constitutionnel qui agitait la Prusse où le roi Guillaume Ier, dès son accession au trône en janvier 1861, s’était heurté à la Chambre dominée par les libéraux qui fondèrent, dans l’été 1861, le Parti progressiste allemand, parti bourgeois qui réclamait la réalisation de l’État constitutionnel. Lassalle s’opposa à ce parti et profita de la campagne électorale qui suivit la dissolution de la Chambre, en mars 1862, pour exposer ses idées.
Il prononça le 12 avril, devant des ouvriers de la construction mécanique à Oranienburg (Berlin), une conférence intitulée De la liaison particulière de l’idée de la classe ouvrière avec la période historique actuelle, plus connue sous le nom de Pro­gramme ouvrier. Le texte aussitôt publié fut saisi, mais cinquante exemplaires échappés à la censure se répandirent et rendirent Lassalle très populaire dans le mouvement ouvrier. On y vit d’abord une vulgarisation voire un plagiat du Mani­feste, mais le Programme ouvrier était proche des préoccupations des ouvriers allemands de l’époque. La classe ouvrière avait une mission à accomplir dans cette période historique et le rôle de Lassalle était de la lui expliquer et de l’aider à la réaliser. Le quatrième état, l’état ouvrier, était animé par une idée morale universelle capable de fonder un État où se développeraient l’esprit, la culture, le bonheur et la liberté. Cette idée était « la solidarité des intérêts, la communauté et la réciprocité dans le développement ». Le moyen de réaliser ce principe était le suffrage universel et direct qui permettrait l’instauration de l’État ouvrier où le quatrième état pour­rait accomplir sa mission universelle.
Dans une autre conférence, De l’essence de la Constitution, Lassalle montrait qu’une Constitution ne durait que dans la mesure où elle traduisait des rapports de force réels. Les travailleurs ne devaient pas entrer dans le conflit constitutionnel qui les excluait, mais exiger l’instauration d’un véritable régime parlementaire.
Le mouvement était lancé. Lassalle se rendit à Londres, en juillet 1862, pour obtenir l’appui de Marx, mais ce fut la rupture : les divergences idéologiques étaient trop profondes, les blessures personnelles et les questions matérielles trop importantes. Cependant Marx reconnaîtra par la suite à Lassalle le mérite d’avoir réveillé le mouvement ouvrier allemand, tout en dénonçant les concessions lassalliennes à l’État prussien, à la monarchie, au parti féodal et aux cléricaux.
Lassalle poursuivit son agitation politique. En novembre 1862, dans la suite de L’Essence de la Constitution, il publia une conférence sous le titre Was nun ? où il proposa, pour établir un véritable régime parlementaire, la grève de la Chambre.
Lassalle fut poursuivi pour « excitation des classes pauvres à la haine et au mépris des classes riches » : le procès s’ouvrit le 16 janvier 1863. Il y prononça une brillante plaidoirie qu’il fit paraître à Zurich sous le titre La Science et les travail­leurs. Condamné à quatre mois de prison, il fit appel et prononça en 1863 une nouvelle plaidoirie, L’Impôt indirect et la situation des classes travailleuses ; sa peine fut commuée en une lourde amende.
Il venait de fonder l’ADAV (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverband) dont il devint président le 23 mai 1863. Il répondit ainsi à l’appel lancé par un Comité cen­tral de travailleurs déçus par la politique du Parti progressiste de Schulze-Delitzsch, pour la convocation d’un congrès ouvrier général pour l’Allemagne, sur les bases du Programme ouvrier. A l’appel officiel que lui adressèrent les membres du comi­té, Lassalle répondit par une « lettre ouverte », véritable programme aussitôt accep­té par le Comité et l’Association ouvrière de Leipzig. Il y énonça la fameuse loi d’airain des salaires que seule l’intervention de l’État pouvait briser et qui fut re­prise par les rédacteurs du Programme de Gotha en 1875 : « Le salaire moyen reste toujours réduit à la subsistance nécessaire, indispensable, d’après les habitudes d’une nation donnée, pour entretenir l’existence et la reproduire. » Seule l’associa­tion libre et individuelle des travailleurs, grâce au suffrage universel, contraindrait l’État à intervenir. C’était de l’État en fin de compte qu’il fallait attendre l’émanci­pation de la classe ouvrière qui pourrait, grâce à lui, opposer ses coopératives de production en contrepartie à la puissance dominatrice du capitalisme.
Premier parti ouvrier de l’histoire allemande, l’ADAV fut donc fondé à Leip­zig, en présence des délégués de dix villes. Ses statuts rédigés par Lassalle lui don­nèrent une organisation centralisée et son président était inamovible pendant cinq ans. Les débuts furent cependant difficiles et au bout de trois mois, l’ADAV ne comptait que neuf cents adhérents.
C’est alors qu’intervint le rapprochement avec Bismarck que Lassalle avait considéré jusque-là comme un junker réactionnaire. Bismarck s’était intéressé à la campagne d’agitation de Lassalle ; il fit le premier pas en demandant à Lassalle de lui expliquer la situation de la classe ouvrière. Celui-ci appréciait le combat parle­mentaire livré par Bismarck contre leur ennemi commun, le Parti progressiste et les projets d’unité allemande. Alliance éphémère, entre mai 1862 et le printemps 1864 où chacun espérait se servir de l’autre et jouer au plus fin. Le dernier écrit de Las­salle, Monsieur Bastiat-Schulze de Delitzsch, le pantin économique ou Capital et Travail publié en janvier 1864, lui permit de régler ses comptes à son principal en­nemi, assimilé à l’économiste libéral Bastiat et d’exposer ses conceptions de l’économie dominées par l’idée d’association.
Lassalle était alors exténué, accablé de poursuites judiciaires qui se tradui­saient par des peines de plus en plus lourdes. En juillet 1864, il partit prendre les eaux et s’arrêta en Suisse, à Rigi, où il retrouva Hélène de Dönniges, fille du chargé d’affaires de Bavière, qu’il avait rencontré à Berlin dans l’hiver 1882-1883. Il dé­cida de l’épouser, mais les parents d’Hélène s’y opposèrent. C’est alors que réap­parut un fiancé, Ianko de Rakowitza, que Hélène se reprit à aimer. Lassalle le pro­voqua en duel et, blessé, mourut deux jours plus tard à Genève.
Cette fin rappelle la complexité de la personnalité de Lassalle qui avait toujours rêvé de succès amoureux et de réussite aristocratique et qui, face à ses origines juives et à ses talents littéraires, eut souvent des attitudes qui relevaient de « la haine de soi ».
A la veille de son duel, il avait rédigé son testament et remis de l’ordre dans ses affaires. Son combat essentiel avait été,celui du mouvement ouvrier pour l’instauration, par le suffrage universel, d’un État démocratique dans une conception très largement hégélienne et pour la libération des peuples opprimés. En fondant l’ADAV, tout en étant porteur des idées du Vormärz et des jeunes hégéliens, il devint l’image du leader ouvrier proche des préoccupations des travailleurs ; il fut à l’origine de la social-démocratie allemande et ses apports théoriques face à Marx, en fa­veur de la libre association des individus, demeuraient fondamentaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216431, notice LASSALLE Ferdinand par Alain Boyer, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 7 avril 2020.

Par Alain Boyer

ŒUVRE : Über Verfassungswesen, 1862. — An die Arbeiter Berlins, 1863. — Arbeiterlesebuch, 1863. — Une page d’amour de F. Lassalle : récit, correspondance, confessions, 1878. — F. Lassalles sämtliche Reden and Schriften, éd. par G. Hotschick, 3 vol., 1883. — Qu’est-ce qu’une Constitution ?, trad. par É. Vaillant, 1900. — Théorie systématique des droits acquis (trad. d’après la 2e éd. ail.), 1904. — Gesammelte Reden und Schriften, prés, par E. Bernstein, 1919-1920. — Nachgelassene Briefe und Schriften, prés, par G. Mayer, 6 vol., 1925. — Bis­marck und Lassalle, ihr Briefwechsel und Gespräche, prés, par G. Mayer, 1928. — Ausgewählte Texte, prés, par T. Ramm, 1962. — Aus seinen Reden und Schriften, introd. par E. Winkler, 1964. — Reden und Schriften, Aus der Arbeiteragitation 1862-1864, éd. par F. Jenaczek, 1970. — Arbeiterlesebuch und andere Studientexte, éd. par W. Schaefer, 1972. — Lassalles Arbeiterprogramm, 1863 (rééd. avec prés, de W. Michalka, 1973 (trad. franç., 1903). — Karl Marx-Ferdinand Lassalle 1848-1864, Correspondance, prés, par Sonia Dayan-Herzbrun, 1977.

SOURCES : V. Bernstein, Ferdinand Lassalle. Le Réformateur social (trad. de l’ail.), 1913. — H. Oncken, Lassalle, 1906 (réédition : Stuttgart, 1966). — B. Andréas, « Bibliographie der Schriften von F. Lassalle und Auswahl der Literatur. Überblick », in Archiv für Sozialgeschichte, t. III, 1963. — H. Hümmler, Opposition gegen Lassalle. Die reuolutionäre proletarische Opposition im ADAV, 1862/63-1866, Berlin-Est, 1966. — S. Na’aman, Ferdinand Lassalle. Deutscher und Jude, Hanovre, 1968 ; Lassalle, Hanovre, 1970. — H. Mommsen, « Lassalle », in Sowjetsystem und demokratische Gesellschaft, t. III, 1969. — Susanne Miller, Das Problem der Freiheit im Sozialismus, 2e éd., Berlin, Bonn, 1974. — G. von Uexküll, Ferdinand Lassalle in Selbstzeugnissen und Bilddokumenten, Hanovre, 1974. — Sonia Dayan-Herzbrun, « Le socia­lisme scientifique de Ferdinand Lassalle », in Le Mouvement social, n° 95, avril-juin 1976. — B. Andréas, Ferdinand Lassalle - Allgemeiner deutscher Arbeiterverein. Bibliographie ihrer Schriften und der Literatur über sie 1840 bis 1975, Bonn, 1981. —H. J. Friederici, F. Lassalle : eine politische Biographe, Berlin-Est, 1985. — Sonia Dayan-Herzbrun, L’invention du parti ou­vrier. Aux origines de la social-démocratie (1848-1864), Paris, 1990. — Osterroth, op. cit. — BLDG, op. cit.

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