LEVINÉ Eugen

Par Gilbert Badia

Né le 9 mai 1883 à Saint-Pétersbourg (Russie), exécuté le 5 juin 1919 à Munich ; social-démocrate de gauche, journaliste et militant communiste.

Fils de négociants, Eugen Leviné vint s’installer en Allemagne où il fréquenta le Gymnasium de Wiesbaden, puis les Universités de Heidelberg et de Berlin (1903-1905). En septembre 1905, il revint en Russie pour participer à la révolution : il était membre, depuis Heidelberg, du Parti socialiste révolutionnaire russe. Entre 1905 et 1908, il passa plusieurs mois dans les prisons tsaristes. En 1909, il retourna en Al­lemagne et termina ses études d’économie politique parla soutenance d’une thèse. Il adhéra au SPD et milita (articles, discours) sous le pseudonyme de Goldberg.
A Mannheim, il adhéra au Karl Marx Klub animé par des sociaux-démocrates de gauche opposés à la politique opportuniste des députés sociaux-démocrates à la Diète de Bade. Mobilisé, mais réformé pour maladie en 1916, il adhéra au mouvement spartakiste en 1917 et en 1918, il travailla pour l’agence télégraphique russe (ROSTA).
Dès le début de la révolution de Novembre, Leviné fut envoyé par le mouve­ment spartakiste dans la Ruhr. Il fut délégué par le conseil d’ouvriers et de soldats d’Essen au premier congrès national des conseils, qui se tint à Berlin du 16 au 21 dé­cembre 1918. Il assista au congrès de fondation du KPD, prit part aux combats de janvier à Berlin. Après l’écrasement du mouvement révolutionnaire berlinois, il re­vint en Rhénanie. Le 15 mars 1919, il fut chargé de la rédaction de la Münchner Rote Fahne, le journal du KPD pour la Bavière. Grâce à son activité multiforme (politique, idéologique, organisationnelle), le KPD, en dépit du petit nombre de ses militants, s’affirma dans la République bavaroise. Du 7 au 13 avril, Leviné et les communistes bavarois se déclarèrent opposés à la proclamation de la République des conseils. Dans la nuit du 12 au 13 avril, les communistes participèrent à l’écra­sement du putsch fomenté par une partie de la garnison de Munich, dirigé contre la République des conseils. L’assemblée plénière des conseils d’ouvriers et de soldats de Munich constitua alors un comité d’action composé de communistes, de socia­listes indépendants et majoritaires, dirigé par un comité exécutif (Vollzugsrat) dont Leviné assura la présidence jusqu’au 27 avril. Leviné et les communistes se virent en somme portés à la direction d’une République des conseils dont ils avaient désapprouvé la création.
Après que celle-ci eût été écrasée par les troupes du Reich appuyées par des corps francs, il entra dans la clandestinité. Arrêté le 13 mai, il fut jugé par un tribu­nal spécial les 2 et 3 juin 1919, condamné à mort et immédiatement exécuté. Il mou­rut au cri de : « Es lebe die Weltrevolution ! » (Vive la révolution mondiale !).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216448, notice LEVINÉ Eugen par Gilbert Badia, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 15 avril 2020.

Par Gilbert Badia

SOURCES : A. Mitchell, Revolution in Bayern 1918/1919. Die Eisner-Regierung und die Räterepublik, Munich, 1967. — H. Neubauer, München und Moskau 1918-1919. Zur Geschichte der Rätebewegung in Bayern, Munich, 1958. — Rosa Meyer-Leviné, Vie et mort d’un révolu­tionnaire. Eugène Leviné et les conseils ouvriers de Bavière, (trad. de l’ail.), Paris, 1980. — Broué, Révolution, op. cit. — Lexikon, op. cit.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément