LIEBKNECHT Karl

Par Claudie Weill

Né le 8 août 1871 à Leipzig, assassiné le 15 janvier 1919 à Berlin ; fils de Wilhelm Liebknecht, avocat, militant révolutionnaire, fondateur du KPD.

La vie de Karl Liebknecht ressemble beaucoup à celle de son père qui voulut faire de Marx et Engels les parrains de son deuxième fils et quatrième enfant. Comme lui il refusa les crédits de guerre au Reichstag ; comme lui il fut emprisonné pour son militantisme ; comme lui il se maria deux fois : avec Julia, une juive alle­mande amie d’enfance, avec Sophie (Sonia), une juive russe qu’il avait connue dans la « colonie » russe de Berlin ; comme lui il effectua (en 1910) une tournée de propagande aux États-Unis. Après des études de droit, il ouvrit un cabinet d’avocats avec son frère aîné Theodor et défendit avant tout des ouvriers et des militants, y compris des sociaux-démocrates russes arrêtés par la police prussienne. Mais ce n’est qu’après la mort de son père, en 1900, qu’il adhéra au SPD, sans briguer tou­tefois sa succession au Reichstag qui revint à Georg Ledebour : après des tenta­tives infructueuses en 1903 et 1907, il y fut élu en 1912 dans la circonscription « de l’empereur », Potsdam-Spandau-Osthavelland. Alors qu’il était déjà membre du conseil municipal de Berlin depuis la fin de 1901, il fut aussi élu à la Chambre des députés de Prusse lorsqu’il était en prison en 1908. Avocat des rédacteurs du Vorwärts lors du procès de « l’île de l’empereur » (projet d’aménager une île de la Ha­vel pour la protection du souverain, dénoncé par la social-démocratie), du procès de Königsberg (intenté à des sociaux-démocrates allemands pour avoir aidé des so­ciaux-démocrates russes à faire passer leurs publications en Russie), au procès de Plotzensee (dénonçant les conditions de détention, plus particulièrement dans cette prison), il intervint aussi avec vigueur pour que le parti renforçât sa propagande antimilitariste. C’est dans la jeunesse qu’il plaçait ses espoirs pour mener à bien cette tâche. Il soutint donc son organisation et plaida pour son autonomie par rap­port au parti. Au printemps de 1907, il constitua avec Henrik de Man et Ludwig Frank un Secrétariat international provisoire de la jeunesse ouvrière et fut, en août, l’un des artisans de la première conférence internationale de la jeunesse où il fut élu président de l’Internationale des jeunesses. Mais dès avant le congrès, il fut accusé de haute trahison pour sa brochure Militarisme et antimilitarisme. Lors du procès en octobre, il fut condamné à un an et demi de prison qu’il accomplit à la forteresse de Glatz. Libéré quelques jours pour assister au jugement qui devait le radier du bar­reau mais qui prononça un non-lieu fin septembre 1908, il convoqua dans son bu­reau une réunion clandestine des représentants des organisations de jeunesse. Deux campagnes importantes allaient marquer son activité à sa sortie de prison : ses prises de position pour la grève de masse, afin d’obtenir le suffrage universel en Prusse et sa dénonciation des fabricants d’armes, plus particulièrement de Krupp, pratiquant la corruption de fonctionnaires pour s’ouvrir des marchés, campagne à laquelle il contribua à conférer des dimensions internationales. Au « congrès man­qué » de l’Internationale d’août 1914, il devait présenter un rapport sur les prisons russes.
Lors du déclenchement des hostilités, Karl Liebknecht fut l’un de ceux qui, à la réunion du groupe parlementaire social-démocrate, plaidèrent le plus vigoureusement pour le refus des crédits de guerre. Toutefois, le 4 août 1914, il se plia au Reichstag à la « discipline du parti ». Dès lors, il se rapprocha de Rosa Luxemburg et entreprit de lutter contre la guerre avec elle, Clara Zetkin et Franz Mehring. Ils s’efforcèrent tout d’abord de faire savoir à l’étranger que la social-démocratie alle­mande n’avait pas adhéré dans son intégralité à l’Union sacrée. Début septembre, il se rendit en Belgique occupée, pour dénoncer les exactions de l’armée allemande. En novembre, il élabora les « thèses » qui devaient servir de plate-forme aux oppo­sants à la guerre. « Lutte de classe contre la guerre », « l’ennemi principal est dans son propre pays » furent désormais les mots d’ordre qu’il tenta de propager. Le 2 décembre 1914, il fut le seul député du Reichstag à voter contre les crédits de guerre. Il fut alors mobilisé mais ne partit qu’en mars, après la session du Reichstag. Entre temps, l’opposition se consolida sous le nom de groupe Internationale et pré­para son propre organe, Die Internationale dont l’unique numéro parut fin mars 1915. En tant que membre de ce groupe, Karl Liebknecht aurait souhaité participer à la conférence de Zimmerwald des socialistes opposants à la guerre, mais il dut se contenter d’y envoyer une lettre. A cause d’un mauvais état de santé, il dut revenir à l’hôpital militaire de Berlin en novembre 1915. En 1915, il élabora sa tactique des « questions orales » qui firent grand bruit au Reichstag et où il manifesta clairement son opposition à la guerre. Le 1er janvier 1916 se réunit dans son bureau la première conférence du groupe Internationale qui décida de publier les Lettres de Spartacus et qui adopta les « directives sur les tâches de la social-démocratie internationale » élaborées avec Rosa Luxemburg. Il fut exclu du groupe parlementaire social-démo­crate. A Pâques, malgré qu’il n’eût pas le droit de quitter Berlin, il se rendit à une conférence des Jeunesses à Iéna. Mais le 1er mai, lors d’une manifestation contre la guerre sur la place de Potsdam à Berlin, il fut arrêté. Son immunité parlementaire levée, il fut condamné à quatre ans et un mois de forteresse et à la privation de ses droits civils. Il fut incarcéré à Luckau. Comme lors de sa première incarcération, il essaya de travailler à son ouvrage théorique qu’il n’acheva jamais : Études sur les lois dynamiques du développement social. Enthousiasmé par la révolution russe, il salua également, avec quelques réserves, la prise du pouvoir par les bolcheviks. Li­béré de prison le 23 octobre 1918, il fut accueilli triomphalement lors de son arrivée à Berlin et se lança à corps perdu dans l’activité militante, assistant à la conférence de la jeunesse socialiste, conférant avec les délégués révolutionnaires. Le 9 novem­bre, du château, il proclama la République socialiste d’Allemagne, mais il refusa de faire partie du Conseil des commissaires du peuple. Le 10 novembre, il participa à la réunion des conseils d’ouvriers et de soldats au cirque Busch, le 11, lors de la fondation de la Ligue Spartakus, il fut élu à la Centrale et chargé avec Rosa Luxemburg de la rédaction de Die Rote Fahne. Il élabora en novembre les directives de la Ligue Spartakus mais n’obtint pas de mandat pour participer au congrès des conseils du 16 au 18 décembre 1918. Fin décembre se réunit le congrès de fondation du KPD où, avec Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht fut mis en minorité sur la question de la participation aux élections à l’Assemblée nationale. Lorsque le préfet de Police de Berlin Eichhorn, favorable aux révolutionnaires, fut destitué le 4 janvier 1919, il fit partie de la commission composée de délégués de l’USPD de Berlin, des dé­légués révolutionnaires et de la centrale du KPD qui appela à l’insurrection armée. Mais lorsque l’USPD s’apprêta à négocier avec le gouvernement SPD, Karl Lieb­knecht quitta la commission. Les menaces et les appels au meurtre dont il fut l’objet le contraignirent à changer chaque jour de domicile : il fut arrêté par la milice civile le 15 janvier avec Rosa Luxemburg à Wilmersdorf, quartier de Berlin, conduit à l’hôtel Eden et assassiné dans le Tiergarten. Comme celui de son père, son enterre­ment, le 25 janvier, donna lieu à une grande manifestation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216451, notice LIEBKNECHT Karl par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 24 juin 2020.

Par Claudie Weill

ŒUVRE : Gesammelte Reden und Schriften, 9 vol., 1958-1971. — Studien über die Bewegungsgesetze der gesellschafïlichen Entwicklung, nlle. éd., préf. d’O. Flechtheim, 1974. — En français : Lettres du Front et de la geôle 1916-1918 (trad. de P. Vaillant-Couturier et F. Tréat, préf. de F. Pfemfert), 1924. — Militarisme, guerre, révolution, préf. de Claudie Weill, 1970 (choix de textes trad. par Marcel Ollivier ; comporte une bibliographie de et sur K. Liebknecht).

SOURCES : H. Wohlgemuth, Karl Liebknecht. Eine Biographie, Berlin, 1973. — H. Trotnow, Karl Liebknecht. Eine politische Biographie, Cologne, 1980. — Annelies Laschitza, Karl Lieb­knecht Eine Biographie in Dokumenten, Berlin, 1982.

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