MASLOW Arkadi, né Isaak CEREMINSKIJ

Par Pierre Broué

Né le 9 mars 1891 à Elizavetagrad (Russie), mort en 1941 à La Havane (Cuba) ; militant communiste, oppositionnel.

Isaak Cereminskij était né dans une famille juive riche qui l’envoya faire ses études secondaires à Dresde où il passa le baccalauréat. Il commença en 1912 des études parallèles de sciences naturelles et de musique. Il se révéla très vite exceptionnellement doué pour la physique. Pendant la guerre, il fut interné dans un camp pour civils ressortissants ennemis. Il se porta volontaire pour travailler et fut inter­prète dans un camp de prisonniers de guerre russes, puis dans une unité spéciale de l’armée allemande.
Il reprit ses études en 1919 à l’Université de Berlin ; c’est alors qu’il rencontra Ruth Fischer, qui venait d’Autriche et Paul Levi, le chef du KPD. Tous deux le gagnèrent au communisme et il adopta le nom de Maslow pour militer dans le KPD, un changement de nom qu’il fit ultérieurement légaliser. Il entra au Comité central au Ve congrès, en novembre 1920, en tant que « représentant de la section russe (prisonniers) ». Bientôt il fut avec Ruth Fischer le dirigeant et surtout le théoricien de l’organisation du KPD de Berlin, Cet homme extrêmement doué devint l’un des plus brillants journalistes du KPD. Il se fit en 1921 le défenseur de la « théorie de l’offensive » sous sa forme la plus caricaturale : « La défensive est réformiste, l’of­fensive seule est révolutionnaire. » En février 1922, arrêté, il fit de fausses déposi­tions, prétendant être venu en Allemagne comme agent russe et homme de confiance de Radek et Trotsky, ce qui lui valut, non une libération rapide, mais un blâme du parti et huit mois de prison. Expulsé d’Allemagne, il se cacha et milita clandestinement.
En 1923, il fut le porte-parole de la gauche au congrès de Leipzig et fut réélu au Comité central. En septembre, il fut envoyé à Moscou pour participer aux pré­paratifs techniques de l’insurrection prévue pour octobre. Il fut dors traduit devant la commission de contrôle de PIC, qui devait juger de son comportement devant la police en 1922 et des bruits qui le présentaient comme un indicateur. La commis­sion présidée par Staline le blanchit, mais le retint à Moscou, peut-être parce qu’il était alors la bête noire de la direction du KPD. Il fut en tout cas autorisé à repartir après la déposition de Brandler, en janvier 1924 et se retrouva à partir d’avril 1924 à la tête du KPD avec Ruth Fischer, membre du Comité central et du Bureau poli­tique, jouissant de l’appui de Zinoviev. Mais il fut de nouveau arrêté le 20 mai 1924 De sa prison, il participa à la discussion commencée en URSS, attaquant Trotsky dans une brochure largement diffusée en Allemagne.
Le 1er septembre 1925, jour de l’ouverture de son procès public, fut publié dans Die Rote Fahne une « lettre ouverte » qui était une condamnation sévère de la direction du KPD dont il était l’inspirateur avec Ruth Fischer, un texte émanant de Staline et des siens. Sa condamnation à quatre ans de prison l’empêcha de se rendre à Moscou pour y présenter sa défense. Libéré pour raisons de santé en juillet 1926, il refusa, d’accord avec Ruth Fischer et ses camarades de tendance, de se rendre à Moscou où il pouvait, en tant que citoyen soviétique, être retenu contre sa volonté. Violemment attaqué par Die Rote Fahne et par l’agence Tass, qui reprenaient contre lui les rumeurs les plus malveillantes, il fut exclu du KPD le 4 août 1926. Il participa ensuite à l’activité des « communistes de gauche » dont il fut l’un des dirigeants et fît cause commune, en 1927, avec l’Opposition unifiée d’Union soviétique. Au dé­but de 1928, il fut l’un des fondateurs du Leninbund, mais c’est vraisemblablement à l’instigation de Zinoviev et Kamenev qu’il en démissionna, en arguant de la né­cessité de se soumettre aux décisions de l’IC et de ne pas s’engager dans la voie d’un « deuxième parti communiste ». Il se tint sur la touche avec Ruth Fischer jusqu’en 1933 où ils émigrèrent à Prague, puis à Paris. Là, à la suite de la rencontre entre Trotsky et Ruth Fischer, en janvier 1934, celle-ci accepta d’entrer dans le Secré­tariat international de la Ligue communiste internationale (LCI) dont Maslow de­vint un collaborateur régulier, sans que ni l’un ni l’autre soit admis dans la section allemande des IKD. En désaccord avec la direction de leur nouvelle organisation sur l’entrée dans le Parti socialiste, le Kirchenkampf en Allemagne et finalement l’appréciation du Front populaire, tous deux se retirèrent en 1936 et fondèrent le groupe Internationale. En même temps, ils entrèrent tous deux comme journalistes à la Pariser Zeitung et furent mêlés aux retentissantes querelles qui secouaient sa rédaction. En 1940, Maslow réussit à obtenir un visa pour Cuba mais, à la différence de Ruth Fischer, ne fut jamais admis aux États-Unis. Il fut trouvé mort dans la rue et la version officielle fut qu’il était mort d’une crise cardiaque, Ruth Fischer devait jusqu’à sa mort soutenir qu’il avait été assassiné.
La carrière politique tronquée de Maslow fut tout au long bien loin de corre­spondre à ses dons exceptionnels. Elle ne peut être séparée de celle de Ruth Fischer qui fut sa compagne dans la vie, en même temps que son associée politique, du dé­but des années vingt à sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216466, notice MASLOW Arkadi, né Isaak CEREMINSKIJ par Pierre Broué, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 23 avril 2020.

Par Pierre Broué

SOURCES : P. Broué, Trotsky, Paris, 1988. — Ailes, Trotskisten, op. cit. —é Broué, Révolution, op. cit. — Fischer, Stalin, op. cit. — Tjaden, KPD-O, op. cit. —é Zimmermann, Leninbund, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit.

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