MERKER Paul

Par Jacques Droz

Né le 1er février 1894 à Oberlössnitz (Saxe), mort le 13 mai 1969 à Berlin ; militant communiste, homme d’État de la RDA.

Fils d’un ouvrier d’usine, lui-même garçon de café, Paul Merker mit sur pied, à l’âge de dix-sept ans, un syndicat « jaune » ; mais pendant la Première Guerre mondiale, il distribua des tracts révolutionnaires, ce qui lui valut huit mois de pri­son. Entré à l’USPD en 1920, il en sortit membre du Parti communiste au sein du­quel il adhéra à la tendance Ruth Fischer et fut élu au Landtag de Prusse en 1924 où il siégea jusqu’en 1932. Il poursuivit sa carrière dans les organisations centrales du parti, ainsi que dans les organisations syndicales (RGO) qui en dépendaient, jus­qu’au jour où l’on lui reprocha, en 1930, d’exagérer la ligne ultra-gauche. On le re­mit au service du Komintern qui l’envoya espionner aux côtés de Gerhart Eisler aux États-Unis. Après la prise du pouvoir par Hitler, Merker fut rappelé en Europe et les conférences « de Bruxelles » et « de Berne » lui restituèrent sa place au Comité central et au Politbüro. Il soutint l’attitude d’Ulbricht dans l’affaire du Front po­pulaire allemand.
Deux fois arrêté en France, où il avait mis en place à Marseille l’Union des émi­grés allemands antinazis avec l’aide de l’Américain Noël Field, il réussit à s’enfuir jusqu’à Mexico où il devint secrétaire de l’association Freies Deutschland, ainsi que du journal du même nom et publia, à l’usage de l’Amérique du Sud, plusieurs ouvrages sur le sort de l’Allemagne dans la collection Libre Libro. De retour, à tra­vers l’URSS, en Allemagne démocratique, il occupa des positions politiques aux éditions Dietz et fut nommé au ministère de l’Agriculture et des Forêts. Cependant, les relations qu’il avait entretenues avec Noël H. Field, accusé d’espionnage pour le compte des États-Unis, le désignèrent comme « instrument des ennemis de classe » et entraînèrent en 1950 son exclusion du SED, ainsi que celle de plusieurs autres résistants comme Bruno Goldhammer qui fut livré à la justice soviétique, Willi Kreikemeyer qui disparut à Berlin dès 1950 et Lex Ende qui mourut de désespoir en 1951. Quant à Merker, arrêté lors du procès de Slansky, maintenu en pri­son jusqu’en 1956, il fut réhabilité juridiquement à cette date, mais non politiquement et put gagner sa vie dans une maison d’édition. Il se tint en dehors des groupes d’opposition antistaliniens qui gravitaient autour de Wolfgang Harich. Peu de temps avant sa mort, il reçut des marques de distinction de la part des autorités et fut sans doute depuis membre du SED, mais l’article nécrologique qui lui fut consa­cré ne faisait pas allusion à son attitude depuis 1950.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216471, notice MERKER Paul par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 28 avril 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Revolutionäre Gewerkschaftsstrategie und die rechten Liquidatoren in Deutsch­land, 1929. — Was ist Sozialfaschismus ?, [ 1929 ?]. — Der Arbeiter in der Sowjetunion und der Fünfjahrplan, 1930. — Deutschland, Sein oder Nicht-Sein ?, 2 vol., 1944-1945. — Sozialdemokratie und Gewerkschaften, 1890-1920, 1949. — Reden und Schriften, 1926-1963, 1963.

SOURCES : K.W. Fricke, Opposition und Widerstand in der DDR, Cologne, 1984. — F. Pohle, Das mexikanische Exil. Ein Beitrag zurpolitisch-kulturellen Emigration aus Deutschland 1937-1946, Stuttgart, 1986. — Rœder et Strauss, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit.

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