MOST Johann, Joseph

Par Claudie Weill

Né le 5 février 1846 à Augsbourg, mort le 17 mars 1906 à Cincinnati (États-Unis) ; relieur et journaliste social-démocrate en Autriche et en Allemagne, devenu l’un des leaders de l’anarchisme.

Johann Most naquit de parents trop pauvres pour pouvoir acquérir une licence de mariage. Son père était un patriote rigide. A la suite d’un refroidissement, Johann fut malade pendant cinq ans et garda comme séquelle la bouche tordue. Après l’école primaire catholique, il fit un apprentissage de relieur et entreprit en 1863 son tour de compagnon à travers l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et l’Italie. En mars 1867, il adhéra à l’Association de culture ouvrière au Locle, puis entra en contact avec la section de la Ire Internationale de la Chaux-de-Fonds. Il prononça son pre­mier discours public à Vienne en 1868. Arrêté en mars 1870 et condamné à cinq ans de cachot en juillet, lors du procès pour haute trahison intenté à la social-démocratie autrichienne, il bénéficia de l’amnistie politique de 1871 et fut expulsé d’Autriche. Il se rendit à Leipzig d’où il également expulsé pour agitation, mais à Chemnitz, les sociaux-démocrates locaux en firent le rédacteur de leur organe, la Chemnitzer Freie Presse qu’il rédigea jusqu’à son expulsion de Chemnitz en 1873. Il y créa le premier supplément satirique d’un journal social-démocrate, Der Nussknacker (Le casse-noix). Il abandonna alors définitivement la reliure. De novembre 1873 à avril 1874, il fut rédacteur à la Süddeutsche Volksstimme à Mayence et de juillet 1876 à mai 1878, de la Berliner Freie Presse. En 1874, il fut élu député au Reichstag où il siégea jusqu’en 1878.
Son activité de journaliste et de propagandiste lui valut de nombreuses condamnations pour délit de presse, lèse-majesté, trouble de l’ordre public. D’octobre 1872 à octobre 1873, il fut emprisonné à Chemnitz et Zwickau, de fin avril 1874 à juin 1876 à Plötzensee, près de Berlin et enfin, de mai à décembre 1878, encore une fois à Chemnitz et Plötzensee. Il profita de ses séjours en prison pour rédiger plusieurs ouvrages. Entre ses emprisonnements, il était l’orateur le plus écou­té de la social-démocratie et, avec Bebel, l’agitateur le plus populaire. Il était alors un social-démocrate modéré qui ne se prononçait pas sur les problèmes théoriques, plutôt conciliateur, d’une tolérance inhabituelle pour l’époque. Il tenta notamment de populariser Dühring comme il l’avait fait pour Marx, incitant ainsi Engels à écrire son Anti-Dühring.
Lorsqu’il fut libéré de prison en décembre 1878, les lois d’exception contre les socialistes furent promulguées et il fut expulsé de Berlin. Il se rendit à Hambourg où il apprit qu’il était menacé d’un nouvel emprisonnement et prit la fuite, quittant l’Allemagne pour ce qui deviendrait un exil définitif. Il se rendit à Londres où il adhéra au CABV (Communistischer Arbeiterbildungsverein) qui voulait publier un organe à destination de l’Allemagne : c’est ainsi qu’il dirigea jusqu’à sa mort Freiheit, journal d’abord social-démocrate, mais gênant les dirigeants du parti parce qu’il échappait à leur contrôle. L’attitude de Most changea lorsque Wilhelm Liebknecht l’attaqua au Reichstag et répondit « grossièrement » à sa demande d’expli­cation. Subissant l’influence d’Édouard Vaillant et d’Andreas Scheu (son co-inculpé au procès pour haute trahison en 1870) qui l’attirèrent vers le blanquisme, il at­taqua de plus en plus fréquemment la direction du parti : les tentatives de conciliation demeurèrent vaines. Invité une nouvelle fois aux États-Unis, il consi­dérait qu’il s’agissait d’une manœuvre pour l’éloigner du terrain de lutte. En 1880, il se rendit en Suisse pour assister au congrès du parti à Rorschach, décommandé sous prétexte que la police en aurait eu vent et, de retour à Londres, il apprit que le congrès de Wyden avait eu lieu et qu’il était exclu du SAPD en tant qu’anarchiste, ce qu’il n’était pas encore. Dans Freiheit, il tenta de coordonner toutes les ten­dances d’opposition à la direction du parti. Condamné pour avoir salué l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881, il fut emprisonné pendant dix-neuf mois. De la prison, il continua à écrire des articles pour Freiheit qui transféra sa rédaction en Suisse. A sa sortie, il répondit à l’invitation de Julius Schwab et du Club social-révolution­naire et se rendit à New York où il reprit la publication de Freiheit. En 1883 parut son premier écrit résolument anarchiste et il fonda la même année l’International Working People’s Association. Échappant à la condamnation pour « responsabilité morale » dans le procès de Haymarket, parce qu’il était en prison au moment des faits, il prit ses distances par rapport à l’action directe et s’opposa à Alexander Berkman et Emma Goldman. Dans les années quatre-vingt, Freiheit joua un rôle dans quelques régions d’Allemagne et d’Autriche. Cet organe jouit encore d’une cer­taine audience dans l’opposition des Jeunes au début des années 1890, puis sa dif­fusion se raréfia : les tentatives de Most pour rentrer en Allemagne et y publier Frei­heit échouèrent, faute de résonance.
Il mourut d’un zona à Cincinnati, pendant une tournée d’agitation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216484, notice MOST Johann, Joseph par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 24 juin 2020.

Par Claudie Weill

ŒUVRE : Kapital und Arbeit. Ein populärer Auszug aus « Das Kapital » von K. Marx, s.d, [1873]. — Die Pariser Kommune vor den Berliner Gerichten. Eine Studie liber deutsch-preussische Rechtszustände, 1875. — Die Bastille am Plötzensee. Blätter aus meinem Gefangnis-Tagebuch, 1876. — Die Lösung der sozialen Frage. Ein Vortraggehalten vor Berliner Arbeitern, 1876. — Die socialen Bewegungen im alten Romund der Cäsarismus, 1878. — Die Gottespest, 1883 (trad. dans une trentaine de langues, en franç., 1898). — Die freie Gesellschaft, 1883. — Revolutionäre Kriegswissenschaft, 1885. — August Reinsdorf und die Propaganda der Tat, 1885. — Kommunistischer Anarchismus, 1887. — Memoiren, 4 vol., 1903-1907.

SOURCES : A. R. Carlson, Anarchism in Germany, 1.1, Metuchen, 1972. — H. Becker, pré­face in John Most, Marxereien, Eseleien und der sanfte Heinrich. Artikel ans der « Freiheit », Wetzlar, 1985. — U. Linse, Organisierter Anarchismus im Deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin, 1969.

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