MÜHSAM Erich

Par Claudie Weill

Né le 6 avril 1878 à Berlin, assassiné le 9/10 juillet 1934 au camp de concentration d’Oranienburg ; journaliste et écrivain anarchiste, membre de la première république des conseils en Bavière.

 Erich Mühsam en 1929
Erich Mühsam en 1929
Il se tient au centre, entouré d’autres militants révolutionnaires.
Photo d’August Sander.

Fils d’un pharmacien juif orthodoxe, Erich Mühsam entra rapidement en conflit avec son père. Après avoir fréquenté le lycée de Lübeck et fait un apprentis­sage de pharmacien, il s’installa à Berlin ; il y fréquenta la bohème dans les cafés et rencontra des écrivains ayant été proches des Jeunes. Il adhéra en 1901 à la Neue Gemeinchaft, groupe d’écrivains anarchistes dit aussi « groupe de Friedrichshagen » où il rencontra Gustav Landauer. Il collabora aussi à la revue anarchiste Der Arme Teufel (Le pauvre diable), à partir de 1902, ainsi qu’à la revue satirique de la social-démocratie, Der Wahre Jacob. En 1904, il partit en voyage pour quatre ans : Munich, Zurich, Berne, Ascona (Monte Verita), Vienne et Paris. A la fin de l’au­tomne 1908, il s’installa à Munich où il tenta de recruter des adhérents pour le Sozialistischer Bund de Landauer et ses communautés de résidence, d’abord parmi les ouvriers social-démocrates puis dans le lumpenproletariat, mais sans succès. Accusé de formation de société secrète en 1910, il bénéficia d’un non-lieu. Il fut en butte à des campagnes de calomnies, aussi bien de la part de la social-démocratie qui le traita d’homosexuel, que des démocrates libéraux qui lui fermèrent leurs pub­lications. De 1911 à 1914, il rédigea pratiquement seul Kain. Zeitschrift für Menschlichkeit (Caïn. Revue pour l’humanité). Aussi radicale qu’elle ait pu être, son op­position à la guerre ne datait pas de la première heure. Il participa à la grève de jan­vier 1918 à Munich et acquit une certaine influence sur le groupe USPD d’Eisner, lorsque celui-ci fut arrêté et jusqu’à sa propre arrestation en avril. Dans Kain recréé, il soutint la révolution de Novembre et fut coopté, le 8 novembre, au Conseil ou­vrier révolutionnaire. Il soutint alors Eisner, mais souhaita le « révolutionner », pour l’assimiler à la réaction un mois plus tard et revenir à une appréciation plus modérée après son assassinat. Avec le Conseil ouvrier révolutionnaire, il fit partie du conseil des ouvriers, paysans et soldats de Bavière. Il participa au gouvernement de la première république des conseils de Bavière, du 7 au 13 avril 1919, chargé des dossiers Russie et Hongrie au commissariat du peuple aux Affaires étrangères. Ar­rêté à la chute du gouvernement, dans la nuit du 12 au 13 avril, il fut condamné en juillet à quinze ans de forteresse. Il y subit de mauvais traitements et protesta dans des lettres destinées à la publication, qui furent tout aussi inefficaces que les inter­ventions de son camarade d’école Gustav Radbruch, lorsqu’il fut ministre de la Justice du Reich. Membre du KPD pendant trois mois en 1919, lorsqu’il fut libéré à la faveur de l’amnistie du 21 décembre 1924, il participa à la campagne pour la li­bération de sept à huit mille révolutionnaires de Novembre encore sous les verrous. C’est ainsi qu’il collabora à la branche allemande du Secours rouge international qui incarnait ses propres conceptions du front unique : lutte de classe et antimilita­risme. De 1926 à 1931, il publia Fanal qui devint l’organe de l’Anarchistische Vereinigung à laquelle il adhéra. Mais sa collaboration avec des organisations communistes suscita de vives critiqués dans les milieux anarchistes. Il dut à la sym­pathie personnelle qu’il inspirait de conserver intacte l’amitié de Rocker et de Nettlau. Par l’intermédiaire de Rudolf Rocker, il adhéra également à la FAUD (Freie Arbeiterunion Deutschlands) et collabora à l’organe anarchiste Der Freie Arbeiter. Il continuait à s’occuper des prisonniers que le Secours rouge ne prenait pas en compte, ceux qui se situaient à la limite du politique et du criminel. Il écrivit aussi dans la revue politique satirique Die Ente (Le canard). Dans ses articles, ses drames, ses interventions, il fut l’un des dénonciateurs les plus virulents du nazisme et appela à la grève générale, tentant de mobiliser le Schutzverband deutscher Schrftsteller. Arrêté dans la nuit de l’incendie du Reichstag, il fut conduit en pri­son, puis dans un établissement pénitentiaire désaffecté, puis en camp de concentration où il subit à nouveau de mauvais traitements qui aggravèrent son état de san­té. Il fut « suicidé » dans la nuit du 9 au 10 juillet 1934.
Sa femme, Zensl Mühsam, quitta l’Allemagne en 1934, pour écrire ce qu’elle savait des camps dé concentration allemands. A Prague, elle prit contact avec le SRI et fut invitée en URSS par Stasova qui dirigeait le SRI (MOPR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216486, notice MÜHSAM Erich par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 4 octobre 2020.

Par Claudie Weill

 Erich Mühsam en 1929
Erich Mühsam en 1929
Il se tient au centre, entouré d’autres militants révolutionnaires.
Photo d’August Sander.
Rassemblement de la Rote Hilfe (le Secours rouge international) le 4 janvier 1925 devant la Volksbühne de Berlin.
Rassemblement de la Rote Hilfe (le Secours rouge international) le 4 janvier 1925 devant la Volksbühne de Berlin.
Wilhelm Pieck est en train de parler, Erich Mühsam est à gauche derrière lui. Ce jour-là Mühsam évoqua sa détention en Bavière.
 Mühsam au camp d'Oranienburg
Mühsam au camp d’Oranienburg
Photo prise peu de temps avant sa mort, alors qu’il était prisonnier des nazis.

ŒUVRE : Die Homosexualität. Ein Beitrag zur Sittengeschichte unserer Zeit, 2e éd., 1903. — Alarm. Manifeste aus 20 Jahren, 1925. — Sammlung 1898-1928, 1928. — Die Befreiung der Gesellschaft vom Staat, 1933. — La liberté comme principe social, [1936 ?]. — Gesamtausgabe, éd. par G. Emig, 1977. — Ausgewahlte Werke, 2 vol., 1978. — Gedichte, 1983. — Streitschriften. Literarischer Nachlass, éd. par C. Hirte, 1984.

SOURCES : H. Hug, Erich Mühsam. Untersuchungen zu Leben und Werk, Glashütten, 1974 (comporte une bibliographie complète de ses œuvres). — R. Kauffeldt, Erich Mühsam : Literatur und Anarchie, Munich, 1983. — Introduction de G.W. Jungblut à Erich Mühsam. In meiner Posaune muss ein Sandkorn sein. Briefe 1900-1934, 2 vol., Vaduz, 1984. — C. Hirte, Erich Mühsam, « Ihr seht mich nicht feige ». Biographie, Berlin-Est, 1985. — Diana Kohnen, Das literarische Werk Erich Mühsams : Kritik and utopische Antizipation, Wurzbourg, 1988. — Benz et Graml, op. cit.

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