NEUMANN Franz, Leopold

Par Jacques Droz

Né le 23 mai 1900 à Katowitz, mort d’un accident de car le 2 septembre 1954 à Wisp (Suisse) ; philosophe proche de l’école de Francfort, analyste du nazisme.

Issu d’une famille de juifs assimilés, Franz Neumann participa à la fin de la guerre à l’activité des conseils d’ouvriers et de soldats. Il fit ensuite des études de philosophie dans plusieurs universités, dont celle de Francfort où il suivit les cours de l’économiste Sinzheimer. Pendant la République de Weimar, il se tint à la gauche du SPD et de ses syndicats, dont il fut le conseiller juridique et pour lesquels il écri­vit dans Die Arbeit et Die Gesellschaft. A la même époque, il enseigna à la Deutsche Hochschule für Politik et plaida devant la Cour suprême fédérale du travail. En 1933, il émigra en Angleterre où, malgré les efforts de Laski pour l’aider à s’y éta­blir, il ne se sentit pas à l’aise et se rendit en 1936 aux États-Unis. Il y prit contact avec l’école de Francfort et écrivit plusieurs articles pour la Zeitschrift für Sozialforschung où il dénonçait, entre autres, la conception que la bourgeoisie libérale se faisait de l’égalité. Pourtant c’est en marge de l’école de Francfort, dont il se distin­gua par sa connaissance directe des problèmes ouvriers, qu’il écrivit en 1942 Behemoth. The Structure and Practice of National-Sociaiism (trad. franç., 1987) qui comportait certes des erreurs sur le nazisme — Neumann ne pensait pas que le peu­ple allemand fût antisémite et estimait que la persécution des juifs par Hitler n’était envisagée que pour faire diversion —, mais qui constituait une analyse originale de ses relations avec le capitalisme. Il démontrait en effet que Hitler ne réussit jamais à réduire les contradictions du pouvoir patronal, lié au capitalisme monopolistique ; qu’il consolidait les classes dominantes, atomisait les masses et créait à son profit un « système de bureaucraties aristocratiques » ; mais il maintenait les divisions qui régnaient entre les quatre groupes qui se répartissaient les pouvoirs : la bureau­cratie traditionnelle, l’élite du parti, l’industrie et l’armée. La révolte des masses ouvrières n’était pas, selon Neumann, une hypothèse à écarter.
Neumann participa à l’effort de guerre américain comme membre du Board of Economic Warfare, puis de l’Office of strategic Service (OSS). Séparé de la direction de l’école de Francfort, il collabora avec deux autres éminents observateurs du système nazi, émigrés comme lui, Otto Kirchheimer et Arkadi Gurland, à un ouvrage sur Le sort des petites entreprises en Allemagne. Après sa mort, due à un ac­cident de car dans la montagne suisse, parut, préfacé par Marcuse, son livre sur L’Etat démocratique et l’État autoritaire (1957).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216495, notice NEUMANN Franz, Leopold par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 11 mai 2020.

Par Jacques Droz

SOURCES : P. Ayçoberry, La question nazie, Paris, 1979. — M. Jay, L’imagination dialecti­que, l’école de Francfort 1923-1950 (trad. de l’amêr.), Paris, 1989. — Rœder et Strauss, op. cit.

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