RONGE Johannes

Par Jacques Droz

Né le 16 octobre 1813 à Bischofswalde (Silésie), mort le 26 octobre 1887 à Vienne (Autriche) ; fondateur du mouvement « catholique-allemand », d’orientation socialiste.

L’événement qui devait donner naissance au Deutsch-Katholizismus dont Johannes Ronge fut le prophète, fut l’exposition, en août 1844 à Trêves, de la Sainte Tunique du Christ qui attira plus d’un million de pèlerins, mais qui provoqua aus­sitôt des protestations dans le monde savant, en particulier parmi les professeurs de l’Université de Bonn, Gildemeister et Sybel, dont l’argumentation n’eut pas de peine à en montrer l’imposture : il existait une vingtaine de reliques semblables. Plus de répercussion encore eut la lettre qu’adressa à l’évêque de Trêves, Mgr. Arnoldi, un modeste curé de Silésie, Johannes Ronge, ancien élève de la faculté de théologie de Breslau qui avait été chassé de sa cure de Grottkau pour ses opinions rationalistes et anti-ultramontaines. Se posant comme un second Luther, Ronge se proposait de créer une Église indépendante de Rome, préconisant la récitation de la messe en allemand, repoussant les pèlerinages, le culte des reliques, le célibat des prêtres et la confession auriculaire. Excommunié en 1844, il n’en réunit pas moins l’année suivante un concile à Leipzig où il se sépara des éléments plus modérés qui voulaient retenir la divinité du Christ et constitua une Église « catholique alle­mande » reposant sur de libres communautés (au nombre de deux cent cinquante en 1847), réparties surtout en Silésie, en Saxe et en Hesse, mais débordant également sur l’Autriche. Il disposait de l’appui de nombreux leaders démocrates, Robert Blum, Nees von Esenbeck, Gustav von Struve, ainsi que de l’historien Gervinus qui comptait sur la nouvelle Église pour réunir les deux grandes confessions al­lemandes et favoriser ainsi l’unité nationale. De fait, de nombreuses communautés protestantes des Lichtfreunde collaborèrent avec Ronge. Bien qu’il n’eût jamais formulé de programme social, il apparut à un observateur français comme « le pon­tife de la régénération sociale, en même temps que celui de la réforme panthéistique » : il eut une influence considérable dans la petite bourgeoisie et dans l’artisa­nat, dont témoignait la présence de ses nombreux disciples dans les assemblées et les comités révolutionnaires en 1848. La principale manifestation de la nouvelle Église au cours du Vormärz fut celle de Leipzig, en août 1845, contre le prince Jean de Saxe jugé ultramontain qui donna lieu à une répression sanglante.
Pendant la révolution de 1848, Ronge fit partie du Vorparlament de Heidel­berg, ainsi que du premier congrès des démocrates à Francfort. Ayant dû émigrer à Londres, en 1849, il fit partie du Zentralausschuss der europäischen Demokratie où il retrouva plusieurs membres de l’Église « catholique-allemande ». Revenu à Francfort en 1863, il tenta de reconstituer un Religiöser Reformverein pour lequel il entreprit plusieurs voyages. C’est au cours de l’un d’eux qu’il mourut à Vienne. A sa mort, il était un homme oublié.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216540, notice RONGE Johannes par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 14 mai 2020.

Par Jacques Droz

SOURCES : G. Goyau, L’Allemagne religieuse. Le Catholicisme, II, Paris, 1905. — W. Schieder, « Kirche und Revolution. Zur Sozialgeschichte der Trierer Wallfahrt von 1844 », in Archiv für Sozialgeschichte, t. XIV, 1974. — F.W. Graf, Die Politisieruhg des religiösen Bewusstseins : die bürgerlichen Religionsparteien im deutschen Vormärz. Das Beispiel des Deutschkatholizismus, Stuttgart, Bad Canstatt, 1978. — BLDG, op. cit.

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