COHN Marianne

Par Frédéric Stévenot

Née le 17 février 1922 à Mannheim (Allemagne), exécutée sommairement le 8 juillet 1944 à Ville-La-Grand (Haute-Savoie) ; employée ; résistante

Selon les sources, Marianne Cohn naquit à Mannheim (All.), au sein d’une famille proche des milieux intellectuels de gauche et sans attachement religieux particulier. Ses parents étaient Alfred et Grete Cohn, et sa sœur cadette Lisa ; la famille vivait à Berlin, Wulfila Ufer 52, dans le quartier de Tempelhof depuis 1929. À cet emplacement se trouve aujourd’hui le lycée Dag-Hammerskjöld.

Après un bref passage chez Borsig-Hall GmbH, Alfred Cohn devint directeur de la fonderie C. Henry Hall, Nachfolger Carl Eichler, dont il devient bientôt copropriétaire. Il était Berlinois d’origine et ami de Walter Benjamin, qu’il avait rencontré au lycée. Leurs relations se sont prolongées, et leur correspondance a servi à documenter les événements de la famille Cohn après l’arrivée au pouvoir des nazis. C’est peu de temps après ce tournant historique que le partenaire d’affaires d’Alfred Cohn fut emmené au camp de concentration d’Oranienburg et qu’on lui conseilla lui-même de quitter l’Allemagne.

La famille migra à Barcelone via Paris. Le 28 mars 1933, Marianne Cohn reçut un certificat de fin d’études indiquant succinctement qu’elle quittait l’école « en raison du départ de la famille à l’étranger ». À Barcelone, Marianne et sa sœur Lisa fréquentèrent une école suisse. Alfred Cohn essaya de soutenir la famille en vendant des bijoux fantaisie, et la famille loua la moitié de son appartement de quatre pièces.

Lorsque la guerre civile espagnole éclata en 1936, la vie de Marianne Cohn change à nouveau. Ses parents placèrent leurs deux filles sous la protection de parents habitant à Paris, où elles sont également allées à l’école. Après un an à Paris, Marianne et sa sœur ont déménagé à Berne, en Suisse. Ici, ils vivaient dans des familles d’accueil. Marianne Cohn avait maintenant 15 ans. Les permis de séjour des filles pour la Suisse expirent en avril 1938 et ne furent pas prolongés. Ils retournèrent à Paris pour rejoindre leurs parents qui avaient fui la guerre civile espagnole.

Émigrée après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la famille s’établit d’abord en Espagne en 1934. En 1936, les parents envoient leurs filles à Paris où ils les rejoignirent. ressortissants allemands, ils furent internés au camp de Gurs (Basses-Pyrénées, auj. Pyr.-Atlantiques) ; leurs enfants furent pris en charge par les Éclaireurs israélites de France (EIF), branche « La Sixième », en Dordogne.
Libérés en 1941, les parents Cohn s’établirent à Moissac (Tarn-et-Garonne), avant que le père soit à nouveau arrêté.

Marianne Cohn entra au Mouvement de jeunesse sioniste. Elle obtint de travailler au centre de documentation juive de Simon Levitte, pour permettre à sa famille de subsister. Elle le suit à l’automne 1942 à Grenoble, quand le centre y fut transféré.

Le MJS doubla son activité d’une mission de protection des juifs persécutés, avec la création du réseau « Éducation physique ». Marianne Cohn s’y employa d’abord à préparer les enfants avant leur départ en Suisse, comme assistante.

En 1943, elle fut arrêtée à Nice (Alpes-Maritimes) et détenue pendant trois mois. Son poème Je trahirai demain fut peut-être composé durant cette période (il fut publié chez Seghers après-guerre).

En janvier 1944, elle intégra l’équipe chargée du convoyage des enfants, à Annecy, désorganisée depuis l’arrestation de Mila Racine trois mois plus tôt. Les voyages hebdomadaires concernèrent deux à trois groupes de cinq à dix enfants, sous couvert de colonies de vacances. Ils provenaient de toute la zone Sud, grâce à l’OSE (Œuvre de secours aux enfants, association créée en 1912).

Le 31 mai 1944, alors qu’elle convoyait vingt-huit enfants âgés de quatre à quinze ans provenant de Limoges, son groupe fut arrêté par les Allemands. Ils furent enfermés à l’hôtel Pax, à Annemasse (Haute-Savoie), transformée en prison par le Sipo-SD. Torturée, Marianne Cohn refusa de parler. Elle repoussa également l’aide du responsable de son réseau de la faire évader seule, pour ne pas abandonner le groupe d’enfants et les exposer à de probables représailles.

Le 8 juillet 1944, des agents du Sipo-SD venus de Lyon (Rhône) l’emmenèrent avec cinq autres prisonniers, Paul Regard*, Félix Debore, Julien Duparc* et Henri Jaccaz* et Marie Louise Perrin*. Ils furent assassinés à coups de pelle et de bottes. Les corps mutilés furent retrouvés à la Libération dans un charnier, au lieu-dit La Rape, près de Ville-La-Grand (Haute-Savoie). Les enfants furent sauvés grâce à l’initiative de Jean Deffaugt, maire d’Annemasse.

Un dossier d’homologation de Marianne Cohn a été constitué (GR 16 P 135875), sans mention précisée.

Le nom de la résistante a été donné à une école d’Annemasse. Il figure sur différents monuments.
L’artiste Gunter Demnig lui a consacré l’un de ses Stolpersteine (pavés) à Berlin, que l’on peut retrouver dans le quartier de Tempelhof, au 52 Wulfila Ufer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216596, notice COHN Marianne par Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 2 octobre 2019, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Frédéric Stévenot

SOURCES. SHD, dossiers adm. résistants. — Notice du camp des Milles, près d’Aix-en-Provence. — Sites Internet : Musée de la Résistance en ligne. — François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006, p. 392-393. Magali Ktorba, « Marianne Cohn. Je trahirai pas demain », Revue d’Histoire de la Shoah, n° 161, sept.-oct. 1997, p. 96-112.

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