DEBESSON René, Jacques

Par Alain Dalançon

Né le 31 janvier 1930 à Lyon (VIe arr.) (Rhône), mort le 14 mai 2011 à Limoges (Haute-Vienne) ; professeur d’histoire-géographie ; militant syndicaliste du SNES, membre du bureau du S3 de Clermont-Ferrand (1956-1965), secrétaire du S2 de la Creuse (1962-1967), secrétaire du S3 de Limoges du SNES (classique, moderne, technique) (1967-1990) ; militant du PCF, membre du comité et du bureau fédéral de la Creuse à partir de 1966 ; vice-président du conseil régional du Limousin (1996-2004) ; conseiller municipal de Bourganeuf (Creuse), adjoint au maire de 1977 à 2007.

René Debesson
René Debesson
Congrès du SNES 1971 (coll. IRHSES)

Fils d’un comptable ayant travaillé dans plusieurs entreprises et d’une employée des PTT, n’ayant jamais adhéré ni l’un ni l’autre à aucun parti ni à aucun syndicat, René Debesson reçut, comme ses deux sœurs, une éducation familiale ordinaire à Montluçon (Allier), où sa famille s’était établie en 1936. Baptisé, il fit sa première communion en 1942 et, après l’école primaire, entra en 6e à la rentrée scolaire 1940 au lycée de garçons, où il fit toutes ses études secondaires classiques (latin et grec) et obtint son baccalauréat (série « philosophie ») en 1947.

Adolescent, René Debesson avait marqué un intérêt de plus en plus vif pour la vie politique, partageant les espoirs de la Libération de construire un monde nouveau après la victoire contre le nazisme, dans laquelle l’Armée Rouge avait joué un rôle décisif ; il adhéra une première fois au Parti communiste français en 1947 dans une ville et un département où ce parti était très influent. Cet intérêt pour la politique correspondait à un goût pour l’histoire, qui s’était affirmé durant l’épreuve de la guerre et de l’Occupation, si bien qu’il entama des études supérieures d’histoire-géographie à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) à partir de 1947 jusqu’en 1949.

En juillet 1949, il épousa (également à l’église) Huguette Tardieu, alors encore étudiante (devenue par la suite contrôleur des PTT et secrétaire départementale de la Fédération postale de la CGT), avec laquelle il eut deux enfants. Ayant besoin de travailler, il accepta un poste de maître-auxiliaire en Algérie, d’où étaient originaires ses beaux-parents, au collège de Sidi-bel-Abbès. Il y enseigna de décembre 1949 à novembre 1950, tout en terminant sa licence à la Faculté des Lettres d’Alger. Atteint par la tuberculose pulmonaire, il fut contraint d’interrompre son activité et de rentrer en métropole en restant en congé de longue durée durant trois années.

À sa sortie du sanatorium, René Debesson prépara un diplôme d’études supérieures en Histoire ancienne sur « Les idées politiques à l’époque des Antonins » à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, tout en étant maître auxiliaire au lycée de Montluçon (Allier) de 1953 à 1956. Réformé du service militaire pour raison médicale, reçu aux épreuves orales et pratiques du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public du second degré (décret de recrutement et titularisation à titre exceptionnel du 16 octobre 1956), il fut affecté en 1956-1957, professeur certifié au lycée de Bourganeuf (Creuse), établissement où il prit sa retraite en 1991.

Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire dès le début de sa carrière en Algérie, René Debesson fut à nouveau adhérent au lycée de Montluçon à partir de 1953. Militant de la liste « B », il fit partie du bureau de la section académique (S3) de Clermont-Ferrand de 1956 à 1965, alors qu’Auguste Chauchat était secrétaire académique. En 1962, il devint le premier secrétaire de la section départementale de la Creuse, qui n’avait jamais eu de véritable existence jusqu’alors. Il le demeura quand le département fut rattaché à l’académie de Limoges en 1965 ; Jacky Germes le remplaça en 1967. Tout en étant secrétaire de la section (S1) du lycée de Bourganeuf, il milita dès lors au S3 de Limoges en devenant secrétaire académique adjoint durant la première année d’existence du nouveau SNES (classique, moderne, technique), au côté d’André Debord ; ce dernier étant passé dans l’enseignement supérieur à la rentrée 1967, Debesson devint secrétaire général du S3. Mai-juin 1968 fut une période d’intense activité syndicale à Limoges, au cours de laquelle il participa à l’animation de nombreuses réunions très suivies dans les lycées, aux manifestations unitaires et maintint le contact avec les confédérations ouvrières.

René Debesson demeura secrétaire du S3 jusqu’en 1990, faisant équipe à partir de 1981 avec un co-secrétaire général plus jeune, Georges Dupuy, qui remplaça Blottière. Il siégea en même temps à la CA nationale (liste U&A) de 1967 à 1979.

Après sa maladie, Debesson avait renoué parallèlement avec l’engagement politique, s’opposant à la guerre d’Algérie et à la politique de Guy Mollet et se rapprochant de plus en plus du PCF après le déferlement de l’anticommunisme consécutif à l’affaire de Hongrie. Il fut dirigeant départemental et membre du Conseil national du Mouvement de la paix de 1957 à 1959, adhéra à nouveau au PCF en mai 1958 et exerça la présidence du Comité de défense de la République de l’Allier de mai à septembre 1958 en militant activement pour le Non à la constitution.

Après avoir suivi une école centrale du PCF d’un mois à Viroflay au cours de l’été 1959, son militantisme politique se déroula en Creuse à partir de 1960. Il était secrétaire de la cellule et de la section de Bourganeuf et faisait partie du comité et du bureau fédéral à partir de 1966 ; il en était toujours membre en 2006.

René Debesson fut, dans son département, un acteur de premier plan de toutes les batailles menées par son parti, aussi bien en politique intérieure que dans le domaine international : il fut ainsi président du comité départemental « Pour la défense et la victoire du Peuple vietnamien » en 1973-1974.

Partisan de l’union de la gauche, il n’en mena pas moins la bataille pour faire reconnaître son parti comme un partenaire à égalité de devoirs et de responsabilité, ce qui le conduisit, en tant que candidat communiste à tous les types d’élections, à une compétition avec les candidats du Parti socialiste dans un département où André Chandernagor fut longtemps la personnalité dominante. Suppléant de Raymond Labrousse à toutes les élections législatives au scrutin uninominal de 1967 à 1981, les deux candidats atteignaient des scores de 25 % environ des exprimés dans la circonscription d’Aubusson où André Chandernagor fut élu au second tour de 1958 à 1973. Cependant, aux élections cantonales de 1979, en pleine période de rupture de l’union de la gauche, Debesson arriva second au 1er tour avec 35 % des exprimés, devancé de peu par André Chandernagor (39 %), alors président sortant du Conseil général. Aux élections législatives au scrutin proportionnel de 1986, Debesson fut tête de liste communiste mais ne fut pas élu.

Conseiller municipal de Bourganeuf sur la liste d’opposition à la majorité centre-droit en 1971, il contribua à la constitution et au succès de la liste d’union de la gauche en 1977 et devint le 2e adjoint de la municipalité, poste qu’il occupait toujours en 2006.

À la suite de la démission du seul élu communiste de la Creuse (R. Labrousse) au Conseil régional, il devint conseiller titulaire en 1996, fut réélu en 1998 et exerça la responsabilité de vice-président (1996-2004) chargé des questions de la Fonction publique, à une époque où la région Limousin était la seule à être dirigée par la gauche (sous la présidence du socialiste Robert Savy). Dans L’Écho du Centre du 29 novembre1996, il rendit hommage à R. Labrousse, inspirateur de son militantisme qui adoptait « une conception créative de la politique » .

René Debesson mena tout au long de sa vie une double activité militante, syndicale au SNES et politique au PCF, en faisant la différence entre les deux versants de ce militantisme mais en ne les opposant pas. Dans la majorité « Unité et Action » du bureau académique du SNES, où travaillaient ensemble des militants aux options politiques diverses (Robert Ribardière, Mazaleyrat, Blottière, militants socialistes, furent secrétaires adjoints) mais où les communistes étaient les plus nombreux (André Pamboutzoglou, Robert Rolland, Jacky Germes...), personne ne lui reprocha jamais d’avoir parallèlement des responsabilités politiques ni de se présenter aux élections législatives. Adepte du militantisme de terrain aussi bien syndical que politique, il resta toujours attaché à son département et sa région ; en 1968, il refusa la proposition du secrétariat général du SNES de venir participer à l’exécutif national. Il parcourait en tout sens son académie, attentif aux problèmes de ses collègues qu’il défendait, notamment dans la commission paritaire académique des certifiés, où il siégea de 1967 à 1990. Membre de la commission académique de la carte scolaire, il se battit pour la création et le maintien d’un réseau dense de collèges et de lycées dans une région où la dispersion de l’habitat est grande. Ce suivi de la vie syndicale à la base permit à la majorité U-A d’atteindre et de conserver des scores élevés aux élections internes et un taux de syndicalisation supérieur à la moyenne nationale.

En tant que militant politique, René Debesson sillonnait son département à la rencontre des « travailleurs des villes et des champs » ; il acquit une grande expérience et une réputation. Il se montrait ouvert au débat mais sans rien céder sur les principes fondant ses convictions. Malgré son amitié pour Marcel Rigout, il ne partagea pas les options rénovatrices de ce dernier dans la crise qui traversa la fédération du PCF de la Haute-Vienne à la fin des années 1980 et sa création de l’Alternative pour la démocratie et le socialisme (ADS), qui lui paraissaient de nature à affaiblir le Parti communiste et les idées qu’il défendait, et il le combattit. Il appuya en revanche la politique de Robert Hue, comme il soutenait celle de la direction de Marie-George Buffet en 2006. L’effondrement du socialisme réel à l’Est ne lui avait « pas semblé une catastrophe, bien au contraire », ce qui l’amenait à penser que le PCF « devait devenir un parti nouveau » pour impulser une alternative, sinon il risquait de disparaître.

Ayant divorcé en 1969, sa nouvelle compagne depuis 1977, Annick Codant, professeure, était une militante socialiste. En 2006, ils habitaient à Limoges. Toujours syndiqué au SNES-retraités, René Debesson continua à siéger en tant qu’adjoint au conseil municipal de Bourganeuf jusqu’en 2007, s’occupant du journal municipal et des écoles. Il décéda brutalement d’une crise cardiaque en 2011.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21675, notice DEBESSON René, Jacques par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 janvier 2018.

Par Alain Dalançon

René Debesson
René Debesson
Congrès du SNES 1971 (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES (bulletins S3 Limoges, L’Université syndicaliste). — Témoignages oraux. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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