SCHULZ Heinrich

Par Irène Petit

Né le 12 septembre 1872 à Brème, mort le 4 septembre 1932 à Berlin ; pionnier de l’éducation ouvrière et de la culture populaire au sein du SPD ; secrétaire d’État à l’Éducation et à la Jeunesse pendant la République de Weimar.

Né d’un père contremaître, Heinrich Schulz fît ses études à l’École normale d’instituteurs et devint effectivement instituteur en 1892 à Brême, dans une école élémentaire. Ses idées socialistes le mettant en conflit avec la direction de l’école, il abandonna son métier en 1894. Au cours de l’été de la même année, W. Liebknecht le fît nommer à l’École d’éducation ouvrière de Berlin fondée en 1891 dont il devint directeur en 1895. Il y resta jusqu’en 1897. De cette école, qui dispensait plutôt un enseignement général et technique, il fit un centre de formation pour les futurs militants politiques. En 1896-1897, Schulz fut coprésident de la Freie Volksbühne (théâtre populaire réservé aux ouvriers et leur donnant accès aux grandes œuvres du théâtre classique et moderne). De 1897 à 1906, il fut rédacteur de jour­naux sociaux-démocrates régionaux comme l’Erfurter Tribüne, la Magdeburger Volksstimme et la célèbre Bremer Bürgerzeitung. C’est à Brême, sa ville natale, que le premier Comité d’éducation (Bildungsausschuss) socialiste vit le jour. En 1904, dans les colonnes de Die Neue Zeit, il réclama la création d’une école du parti. Au congrès du parti tenu à Mannheim en 1906, il avait été chargé avec Clara Zetkin de faire un rapport pour définir les principes de l’éducation populaire selon la social-démocratie. Dans ce rapport il mettait l’accent sur la nécessité de créer une école laïque gratuite et unifiée dans l’ensemble du Reich. Clara Zetkin et lui-même réclamèrent la fondation d’un Comité central de l’éducation du SPD, comité qui vit le jour en novembre 1906 et comptait parmi ses membres Clara Zetkin, August Bebel, Eduard David et Heinrich Schulz ; ce dernier fut entre temps nommé re­sponsable des questions d’éducation du SPD et en automne 1906, professeur et di­recteur de l’École centrale du parti qui venait d’être fondée à Berlin, En 1906, le Co­mité directeur du parti délégua Schulz à l’Organisation centrale de la jeunesse ou­vrière. Il collabora à la revue Arbeiterjugend et rédigea la brochure destinée à la jeunesse intitulée Gehörst Du zu uns ? (Es-tu des nôtres ?).
De 1912 à 1918, Schulz fut député au Reichstag. Presque jusqu’à la déclaration de guerre, il fit partie de l’aile gauche de la social-démocratie où il était considéré comme le grand spécialiste des questions d’éducation.
La guerre provoqua en lui un revirement et il se situa résolument dans le camp de ceux qui approuvaient le vote dès crédits et soutenaient la politique annexion­niste du Reich. Quand en mai 1917, après la scission du SPD, Clara Zetkin fut évin­cée de la rédaction de Die Gieichheit, Schulz en assuma la direction avec Marie Juchacz jusqu’en 1919. A partir de 1919, il fit partie du Comité directeur du SPD (majoritaire). En 1919-1920, il fut élu à la Constituante dont il fut le premier vice-président. Il y joua un rôle important, notamment dans la rédaction des articles de la nouvelle Constitution concernant les problèmes scolaires. Les propositions so­cialistes sur l’école ne furent pas tout à fait retenues dans cette Assemblée de coali­tion, mais on aboutit à un compromis qui prévoyait à côté de l’école laïque ou pluri-confessionnelle une école privée confessionnelle. Cette solution de compromis fut l’objet de vives critiques de la part des socialistes.
Par la suite, Schulz fut député au Reichstag de 1920 à mars 1924, puis à partir de décembre 1924. Secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation (secrétariat dé­pendant du ministère de l’Intérieur) de 1919 à 1927, il fut à l’origine d’une loi sur l’école élémentaire de quatre ans. Mais lorsqu’il voulut présenter un projet global de loi scolaire pour tout le territoire du Reich (Reichsschulgesetz), celui-ci fut rejeté en 1921 par le Centre et les partis de droite ; les deux autres projets, le premier présenté en 1925 par le ministre de l’Intérieur deutschnational Schiele, le second par le successeur de Schulz, Keudell, membre lui aussi du parti des nationaux-alle­mands, furent repoussés par les socialistes et les libéraux. Aucune loi scolaire d’en­semble (c’est-à-dire sur le plan du Reich) ne fut votée pendant la République de Weimar bien qu’il s’agît là d’une revendication très ancienne du SPD, formulée no­tamment par Schulz au cours des quinze premières années du siècle. Il semble que pendant l’exercice de ses fonctions ministérielles, Schulz se heurtât à la fois à l’op­position de gauche (Clara Zetkin critiqua vivement son premier projet de loi au nom des mêmes principes socialistes que Schulz avait défendus avec elle au congrès de Mannheim en 1906) et aux partis de droite qui constituaient avec le SPD la coalition gouvernementale.
En 1919, Schulz succéda à Ebert dans ses fonctions de président de l’Organi­sation centrale de la jeunesse ouvrière d’Allemagne. Il estimait que le rôle d’une telle organisation devait consister à dispenser la culture et le savoir plutôt qu’à for­mer de futurs militants. Il fut l’instigateur de nombreuses manifestations culturelles de la jeunesse tels les Sozialistische Kulturtage (Journées socialistes de la culture). Dans les années vingt, il fut président de l’Arbeitsgemeinschaft sozialdemokratischer Lehrer (Communauté de travail d’instituteurs sociaux-démocrates) et direc­teur de la Ligue culturelle socialiste ; il fonda également en 1926 une Société artis­tique allemande pour venir en aide aux artistes nécessiteux. Cette organisation per­mettait d’acheter, à l’aide d’une formule de crédit sans intérêts, des œuvres d’art ou de les acquérir par une sorte d’abonnement accessible aux collectivités. Schulz réussit à organiser l’exposition et la diffusion d’œuvres de nombreux artistes contemporains.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216878, notice SCHULZ Heinrich par Irène Petit, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 20 mai 2020.

Par Irène Petit

ŒUVRE : Sozialdemokratie und Schule, 1907. — Die Schulreform der Sozialdemokratie, 1911. — Der Weg zum Reichsschutgesetz, 1920. — Der Leidensweg des Reichsschuigesetzes, 1925. — Kirchenschule oder Volksschule ?, 1927. — Politik und Bildung. Hundert Jahre Arbeiterbildung, 1931. — La politique sociale dans la nouvelle Allemagne, 1940.

SOURCES : F. Neumann, Sozialdemokratische Bildungspolitik im wilhelminischen Deutschland, Heinrich Schulz und die Entstehung der « Mannheimer Leitsätze », Université de Brême, 1982. — Lexikon, op. cit. — Osterroth, op. cit.

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