SCHWEITZER Johann-Baptist von

Par Jacques Droz

Né le 17 juillet 1833 à Francfort, mort le 18 juillet 1875 à Giessbach (Suisse) ; militant lassallien, président de l’ADAV.

Né dans une famille patricienne, élevé dans des collèges dirigés par des Jé­suites, Johann-Baptist von Schweitzer s’établit en 1857 comme avocat à Francfort, après avoir fait des études de droit à Berlin et à Heidelberg. Dans la crise politique de 1859, il formula des vœux en faveur de l’unité allemande sous la direction de l’Autriche. Déçu par la politique dynastique, il se rapprocha du mouvement ouvrier et contribua à la fondation de l’Arbeiterbildungsverein de Francfort dont il devint quelque temps président, tandis que dans son livre Der Zeitgeist und das Christentum (L’esprit du siècle et la chrétienté, 1861) il montrait l’impossibilité pour le christianisme de résoudre les problèmes de son temps. Il apprit en 1863 à connaître Lassalle et pour des raisons de carrière adhéra à l’ADAV dont il devint rapidement l’un des leaders ; à la mort de Lassalle, il prit en 1864, avec l’aide d’un riche officier bavarois, G. von Hofstetten, la direction de l’organe du mouvement, Der Sozial-Demokrat à la rédaction duquel il put attacher Marx et Engels jusqu’en février 1865 ; l’orientation proprussienne que Schweitzer donna à cet organe entraîna leur désapprobation et leur retrait. Arrêté pour atteinte à la législation sur la presse, Schweitzer fut peu de temps après libéré sur ordre de Bismarck dont il était devenu l’un des agents les plus actifs en Allemagne et qui lui fit parvenir pour son journal un prêt de 2 500 thalers. De 1867 à 1871, il assura la présidence de l’ADAV, don­nant à l’orientation lassallienne du mouvement un nouveau dynamisme (8 000 adhérents en 1869), reprenant les thèmes principaux dans son roman Lucinde oder Kapitai und Arbeit et se faisant envoyer comme premier député socialiste par la cir­conscription d’Elberfeld-Barmen au Reichstag de l’Allemagne du Nord où il espé­rait obtenir, par son attitude proprussienne, des avantages sensibles pour la classe ouvrière. Utilisant la tribune parlementaire, il exigea la réduction du travail journa­lier à dix heures, la création d’un corps d’inspecteurs du travail, des rapports régu­liers sur la situation de la classe laborieuse.
Cependant il publia dans Der Sozial-Demokrat des articles sur Le Capital de Marx et il esquissa même au congrès du parti lassallien de Hambourg (août 1868) son désir de rapprochement avec lui, en laissant inscrire une motion répondant aux préoccupations de l’Internationale. Faisant un pas de plus, Schweitzer fonda avec Fritzsche, lors d’un second congrès à Berlin (septembre 1868), un Allgemeiner deutscher Gewerkschaftsverband, organisme dirigeant des divers mouvements syndicaux et se fit remettre au sein de son parti des pouvoirs dictatoriaux. Mais Marx, qui le considérait pourtant comme le plus remarquable des leaders ouvriers de son temps, avait alors opté pour Liebknecht et Bebel ; Schweitzer lui-même, par le culte de la personnalité qu’il avait remis en honneur à son profit, s’était fait beaucoup d’ennemis. Lors du congrès d’Elberfeld (mai 1869), quatorze délégués, soit un tiers de l’assistance, lui refusèrent la confiance. Si le « coup d’État » par le­quel Schweitzer répondit à cette manifestation de méfiance lui permit de rassem­bler un certain nombre de militants que la comtesse de Hatzfeld avait entraînes de­puis 1867 dans la dissidence, beaucoup d’autres, et en particulier Wilhelm Bracke, se rapprochèrent du groupe Bebel-Liebknecht. Les divergences avec les eisenachiens furent encore aggravées par le vote de Schweitzer en faveur des crédits de guerre en 1870, puis par les consignes qu’il donna à son propre parti de voter aux élections de 1871 pour un Reichstag « libéral » plutôt que « eisenachien ». A la suite de son échec électoral, il dut céder la présidence de l’ADAV à Hasenclever et en 1872 il fut exclu du parti. Il devait écrire plus tard quelques pièces de théâtre qui eurent succès. Mais il ne participa pas au congrès unificateur de Gotha et les socialistes n’assistèrent pas à ses obsèques à Frankfurt.
L’historien Franz Mehring tenta plus tard une réhabilitation de Schweitzer en montrant que, malgré ses fautes et ses faiblesses, il avait été l’une des têtes les plus capables les plus lucides du mouvement ouvrier allemand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216890, notice SCHWEITZER Johann-Baptist von par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 24 juin 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Zur deutschen Frage, 1862. — Politische Aufsatze und Reden, éd. par F. Mehring, 1912. — Die Gewerkschaftsfrage, éd. par F. Hertneck, 1928.

SOURCES : G. Meyer, Johann Baptist von Schweitzer und die Sozialdemokratie, 1909. — Osterroth, op. cit. — Lexikon, op. cit.

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