STEGERWALD Adam

Par Jacques Droz

Né le 14 décembre 1874 à Graussenheim, près de Wurzbourg, mort le 11 décembre 1945 à Wurzbourg ; leader syndicaliste catholique, ministre du Reich sous la République de Weimar.

Né dans une famille paysanne besogneuse, Adam Stegerwald parcourut comme compagnon menuisier l’Allemagne et la Suisse pour s’établir, sous la pro­tection de Kolping, à Günzburg-an-der-Donau d’où il lui fut possible d’aller étu­dier à Munich l’économie politique et de suivre notamment le cours de Lujo Brentano. En 1896, il adhéra au parti du Zentrum ainsi qu’à l’organisation syndicale ca­tholique Verein Arbeiterschutz. En 1899, il participa au premier congrès des syndicats chrétiens à Mayence et mit sur pied l’Association centrale des travailleurs du bois dont il dirigea l’organe Der Deutsche Holzarbeiter. En 1903, nommé secré­taire de l’Association générale des travailleurs chrétiens, il envisagea la réunion d’un Arbeiterkongress allemand qui comprendrait l’ensemble des organisations ouvrières, catholiques, protestantes et nationalistes, tout ce qui dans le monde du travail échappait au marxisme et se plaçait sous la tutelle de la monarchie. Pour ob­tenir ce résultat, il dut vaincre l’hostilité d’une fraction importante de l’opinion ca­tholique qui combattait l’« interconfessionnalité » syndicale : aussi fut-il mêlé à la lutte au sein du Zentrum entre la « tendance de Berlin », hostile à l’extension des syndicats aux protestants et celle de München-Gladbach », soutenue par l’archevê­que de Cologne et le Volksverein für das katholische Deutschland. Malgré le carac­tère ambigu de l’encyclique Singularo quandam, Stegerwald put parvenir à ses fins : les Christliche Gewerkschaften comptaient à la veille de la guerre près de 350 000 membres. Il fut alors élu président de l’Association internationale des syn­dicats chrétiens.
Adjoint à l’office national du ravitaillement pendant la Première Guerre mon­diale, il fut le premier ouvrier à être élu au Herrenhaus de Prusse où il se prononça contre la loi des trois classes et finalement pour une paix de compromis. Mais pro­fondément attaché aux valeurs nationales et de sentiment conservateur, il constitua en 1919 le Deutscher Gewerksckaftsbund (DGB) comprenant ouvriers, employés et fonctionnaires d’inspiration chrétienne et antimarxiste dont les effectifs dépassè­rent le million au cours des années vingt. Au nom du principe de l’interconfessionnalité, il présenta avec l’appui de Brüning lors du congrès syndical d’Essen (no­vembre 1921) la proposition de constituer un grand parti « allemand, chrétien, dé­mocrate et social » qui eût rassemblé l’ensemble des forces antimarxistes et qui, sur une base républicaine, et fait contre-poids à la social-démocratie. Ce projet, qui eût comporté la disparition du Zentrum sous sa forme existante, ne fut pas retenu parles partis bourgeois. Député au Reichstag, il fut à plusieurs reprises ministre, d’abord en Prusse sous Hirsch et Braun, puis du Reich sous Hermann Müller et s’associa à ce titre à la législation sociale qui fut mise en place ; mais, ministre du Travail dans le cabinet Brüning (1930-1932), bien qu’il fût conscient de la cécité des partis de droite, il s’associa aux mesures de réduction des salaires qu’il jugeait indispensa­bles. Déjà en 1928, il avait été obligé de céder la présidence du Zentrum à Hugo Kaas qui s’orienta vers un compromis avec Hitler.
Hostile au gouvernement de von Papen, Stegerwald refusa d’entrer dans celui de von Schleicher. Il fut l’un des députés du Zentrum à prendre position pour le vote des pleins pouvoirs à Hitler dont il ne perçut pas les ambitions destructrices. Il re­fusa par patriotisme allemand à entrer dans une organisation de résistance, ce qui ne l’empêcha pas d’être arrêté après le 22 juillet 1944. Il put retrouver son activité lors de la libération de l’Allemagne, les Américains lui ayant confié la présidence de la province de Basse-Franconie : du balcon de l’hôtel de ville de Wurzbourg, le 21 août 1945, il présenta à ses compatriotes le projet d’un grand parti interconfes­sionnel, la Christlich-soziale Union qui devait devenir le CDU. Sa mort, quatre mois plus tard, l’empêcha d’en voir la réalisation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article216916, notice STEGERWALD Adam par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 28 mai 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Zusammenbruch und Wiederaufbau, 1922. — Aus meinem Leben, 1924. — Zentrumspartei. Arbeiterschaft, Volk und Staat, 1928. — Wo stehen wir ?, 1946. — Wohin gehen wir ?, 1946. — Von deutscher Zukunft, 1946.

SOURCES : K. Buchheim, Geschichte der christlichen Parteien in Deutschland, Munich, 1953. — J. Seiters, « Adam Stegerwald. Gewerkschaftsführer und Politiker », in Porträts christlich-sozialer Persöniichkeiten, Osnabrück, 1965. — H.J. Schorr, Adam Stegerwald, Gewerkschaftler und Politiker der Ersten Republik, Reckiinghausen, 1966 ; « Adam Stegerwald », in Fränkische Lebensbilder, éd. par G. Pfeiffer et A. Wendehorst, t. 8, Neustadt/Aisch, 1978. — J. Deutz, Adam Stegerwald. Gewerkschafter, Politiker, Minister 1874-1945. Ein Beitrag zur Geschichte der christlichen Gewerkschaften, Cologne, 1952. — Benz et Graml, op. cit.

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