THÄLMANN Ernst

Par Gilbert Badia

Né le 16 avril 1886 à Hambourg, assassiné le 18 août 1944 au camp de Buchenwald ; président du Parti communiste allemand, membre du présidium de l’Internationale.

Fils d’un aubergiste, Ernst Thälmann exerça de 1900 à 1907 divers métiers au port de Hambourg. Il s’embarqua pour l’Amérique sur un cargo transportant du charbon, travailla quelque temps comme ouvrier agricole près de New York, puis revint à Hambourg. En 1903, il adhéra au SPD et en 1904 au syndicat des Trans­ports. A vingt-deux ans, il fut élu à la direction de la section syndicale de Hambourg. Politiquement il se situait à l’aile gauche du Parti social-démocrate et n’hésita pas à s’en prendre à la mollesse des « bonzes » du parti. En 1914, comme il était inscrit sur une liste noire, son employeur le licencia. Mobilisé en 1915, il fut envoyé sur le front occidental où il fut blessé deux fois. Parce qu’il protesta à chaque occasion, il restait simple soldat.
En 1918, Thälmann était membre du conseil d’ouvriers et de soldats de Ham­bourg. En mars 1919, il fut élu au conseil municipal de la ville. Responsable local de l’USPD, il se prononça en 1920 avec la majorité de la section de Hambourg pour la fusion avec le KPD. En mai 1923, il fut coopté à la direction du parti (Zentrale) en tant que représentant de la gauche, en même temps que Ruth Fischer. En octo­bre de la même année, il participa au soulèvement de Hambourg.
Thälmann fut membre de la délégation de communistes allemands qui confé­rait (12-14 août 1925) avec une commission du comité exécutif de l’Intemationale communiste. Le résultat de ces délibérations fut d’une part la « lettre ouverte du Comité exécutif à toutes les organisations et adhérents du KPD », d’autre part le chan­gement à la tête du parti sanctionné (session du 20 août 1925) par l’éviction de la direction « ultra-gauche » (Fischer-Maslow et de Philipp Dengel comme prési­dents (Vorsitzende) du parti. Soutenu parle Comité exécutif de l’IC, Thälmann fut l’artisan de la « bolchevisation » du parti. A partir de 1924, il devint membre du pré­sidium de l’Internationale.
Député au Reichstag à partir de 1924, il rassembla sur son nom l’année sui­vante, lors des élections à la présidence de la République, 1 900 000 suffrages. Le SPD ayant refusé toute discussion sur une candidature commune, il se maintint au deuxième tour au cours duquel le maréchal Hindenburg fut élu.
Ernst Thälmann, qui vit sa popularité augmenter, resta à la direction du parti jusqu’en 1933. En 1928 cependant, ses adversaires tentèrent de le renverser à l’occasion de « l’affaire Wittorf ». Ce dernier, permanent du parti à Hambourg et ami de Thälmann, fut accusé d’avoir puisé dans la caisse du parti (1 800 marks). Thälmann essaya de tenir l’affaire secrète. En septembre 1928, le Comité central alerté exclut Wittorf et suspendit Thälmann de ses fonctions à la tête du parti. Le mois suivant, sur intervention de l’Intemationale, celui-ci fut rétabli dans ses fonctions de président... tandis que ceux qui avaient fait campagne contre lui étaient évincés des postes de direction.
Thälmann anima les campagnes successives du KPD (contre le plan Dawes, contre l’indemnisation des princes, contre le traité de Locamo, contre le plan Young). On put craindre alors que les positions nationales que le KPD adopta (« Pour la libération nationale et sociale du peuple allemand », 24 août 1930) ne se différenciassent nettement, aux yeux des masses, des positions nationalistes des na­zis et de la droite que sur l’attitude à adopter envers l’Union soviétique.
Par ailleurs, faisant leurs les analyses de l’Internationale, Thälmann et le KPD continuaient à voir dans le Parti social-démocrate « l’ennemi principal ». Ce qui explique la participation — vite condamnée — du parti au référendum organisé par les nazis contre le gouvernement prussien dirigé parles sociaux-démocrates (9 août 1931).
Thälmann ne semble pourtant pas avoir partagé le point de vue sectaire d’un Heinz Neumann. En 1932, il essaya d’impulser « l’action antifasciste », mouvement auquel étaient conviés les sociaux-démocrates « de la base » et conféra, le 8 juillet 1932, avec vingt responsables sociaux-démocrates. En 1932 et janvier 1933, ses appels à la direction social-démocrate pour une action commune ne ren­contrèrent aucun écho (il est vrai que le parti n’avait pas récusé son analyse du rôle du SPD).
Le 3 mars 1933 — un mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir — il fut arrêté sur dénonciation dans une « planque » de la banlieue berlinoise. Les nazis proje­taient de lui faire un procès : ils y renoncèrent après l’écho du procès du Reichstag et en raison du mouvement international de protestation. En dépit des pressions et des mauvais traitements auxquels il fut soumis, Thälmann refusa de renier ses convictions. Le Parti communiste allemand tenta à plusieurs reprises de le faire évader et faillit réussir en 1936. De 1933 à 1944, il fut transféré dans diverses prisons, pour être incarcéré au camp de Buchenwald où il fut assassiné le 18 août 1944 sur ordre de Himmler. L’un de ses bourreaux, le SS Otto, finit par être jugé et condamné à quatre ans de prison en 1986. Le jugement fut annulé par la Cour de justice fédérale (mars 1987).
Teddy — comme on appelait familièrement Thälmann —, n’était sans doute pas un théoricien ; c’était un homme d’action, un homme du peuple qui sut conser­ver le contact avec les masses populaires, un militant courageux mais qui ne put rassembler les antifascistes allemands en 1932, étant donné que la social-démocratie était tenue pour l’ennemi à abattre. Ce fut le drame de Thälmann d’avoir été main­tenu par le Komintem à un poste qui, dans la période extrêmement difficile que tra­versa le mouvement ouvrier allemand, aurait exigé des qualités politiques et intel­lectuelles qu’il ne possédait pas.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217117, notice THÄLMANN Ernst par Gilbert Badia, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 5 juin 2020.

Par Gilbert Badia

ŒUVRE : Reden und Aufsatze zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung, 2 vol., 1955-1956. — Zur Machtfrage : Reden, Artikel und Briefe 1920-1935, Berlin-Est, 1982.

SOURCES : W. Bredel, Ernst Thälmann. Beitrag zu einem politiscben Lebensbild, Berlin-Est, 1961. — H. Heer, Ernst Thälmann in Selbstzeugnissen und Bilddokumenten, Reinbek, 1975. — Ernst Thälmann. Eine Biographie (ouvrage collectif), 2 vol., Berlin-Est, 1980. — G. Badia et alii., Les Bannis de Hitler, Paris, 1985. — Lexikon, op. cit.

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