THALHEIMER August

Par Pierre Broué

Né le 18 mars 1884 à Affaltrach (Wurtemberg), mort le 19 septembre 1948 à La Havane (Cuba) ; militant socialiste et communiste, oppositionnel.

Fils de commerçants juifs, August Thalheimer fît ses études au lycée de Stutt­gart, commença des études supérieures de médecine puis s’orienta après un semes­tre vers la philosophie et les langues à Munich. Il étudia à Oxford, Londres et Berlin où il fit anthropologie et ethnographie et fut promu docteur en philosophie de Stras­bourg en mars 1907. En contact avec les sociaux-démocrates de gauche de Stuttgart autour de Friedrich Westmeyer, il adhéra au SPD en 1904 et prit en 1909 la direc­tion de la rédaction en chef de la Freie Volkszeitung de Göppingen, à laquelle il as­socia Radek avec qui il s’était lié. Dès les premiers jours d’août 1914, il fit partie du noyau autour de Rosa Luxemburg, Liebknecht, Mehring et fut délégué à la Ire conférence de Spartakus. De 1915 à 1916, il dirigea le Volksfreund de Bruns­wick. Mobilisé en 1916, blessé et réformé en 1918, il fut arrêté peu après et libéré par la révolution qui fit de lui, sans son aval, un ministre des Finances du Wurtem­berg. Il fut membre du conseil d’ouvriers et de soldats de Stuttgart et membre de la Centrale du KPD où il était tenu pour un « théoricien ». Il polémiqua avec vigueur contre Lénine en 1920 et après avoir pourfendu les gauchistes, défendit en 1921 la « théorie de l’offensive ». A partir de 1922, sur la base de la ligne des IIIe et IVe congrès et de la politique du Front unique, il fut le théoricien de la droite et le conseiller de Brandler. Comme lui, il dut s’exiler en URSS en 1924, fut membre de l’Académie communiste, professeur à l’Université Sun Yat-sen, écrivant des tra­vaux de philosophie. Il fit partie du premier noyau de la KPO en décembre 1928 et fut pour cela exclu du PCUS et de l’IC : il était revenu d’URSS en 1928. Ses posi­tions dans la KPO furent ultérieurement identiques à celles de Brandler, ainsi que sa destinée personnelle puisqu’il l’accompagna en exil. Faute d’avoir reçu un visa occidental, il mourut en exil à Cuba.
Au début des années vingt, August Thalheimer était considéré comme un « théoricien » et il ne craignait pas de s’opposer sur ce terrain à Lénine en personne. Son œuvre n’est cependant pas d’une grande originalité ; seules ses réflexions sur le fascisme montrent une recherche systématique.
Les premiers éléments de cette théorie apparurent sous sa plume en 1923. Il mettait alors l’accent sur le lien existant entre la position de classe de la petite bour­geoisie d’un côté, les structures et le contenu dé l’idéologie fasciste qui se formait alors de l’autre. Au cours des années suivantes, il approfondit sa théorie de la « dé-démocratisation » ou encore du processus de « fascisation » des démocraties bour­geoises parlementaires, seulement un aspect de ce phénomène fondamental.
L’une des catégories majeures de son analyse est la distinction qu’il opérait en­tre la domination sociale et la domination politique d’une classe. Pour lui, le fas­cisme assurait la domination sociale d’une bourgeoisie qu’il anéantissait en même temps politiquement. Il s’opposait fermement à la conception défendue par l’Inter­nationale communiste stalinisée selon laquelle le « fascisme » serait l’« agent » du capital financier.
Pour Thalheimer, le fascisme n’était nullement la dernière chance pour un capitalisme aux abois de barrer la route à la révolution sociale, mais la nouvelle forme d’État dans laquelle se coulaient les forces grandissantes de la société capitaliste. Il s’opposait radicalement de ce point de vue à l’optimisme comintemien et à ses affirmations sur la chute « prochaine » et l’« effondrement » du nazisme. Dès 1933, il entrevit la durée et la solidité du nazisme une fois installé au pouvoir et prédit qu’il laisserait le fascisme italien loin derrière lui en capacité répressive et en brutalité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217118, notice THALHEIMER August par Pierre Broué, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 5 juin 2020.

Par Pierre Broué

ŒUVRE : Einführung in den dialektischen Materialismus ; die moderne Weltanschauung, 1928. — Um was gehtes ? Zur Krise in der KPD, 1929. — 1923 : eine verpasste Revolution ? Die deutsche Oktoberlegende und die wirkliche Geschichte von 1923, 1931.

SOURCES : G. Badia, Le Spartakisme, Paris, 1967. — T. Pirker (êd.), Komintern und Faschis­mus. 1920-1940. Dokumente zur Geschichte und Theorie des Faschismus, Stuttgart, 1965. — O. Bauer et alii., Thalheimer. Faschismus und Kapitalismus, éd. par W. Abendroth, Francfort, 1967. — J. Kaestner, Die politische Theorie August Thalheimers, Francfort, New York, 1982. — Broué, Révolution, op. cit. — Drechsler, SAPD, op. cit. — Tjaden, KPD-O, op. cit. — Fischer, Stalin, op. cit. — Lexikon, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit. — Benz et Graml, op. cit.

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