TUCHOLSKY Kurt

Par Claudie Weill

Né le 9 janvier 1890 à Berlin, mort le 19 décembre 1935 à Hundas, près de Göteborg ; écrivain, satiriste, chansonnier progressiste.

Ce n’est pas parce qu’il publiait des critiques d’art dans le Vorwärts d’avant 1914 ou parce qu’il appartint à l’USPD de 1920 jusqu’à sa dissolution en 1922 que Kurt Tucholsky était lié au mouvement ouvrier. Il jouait consciemment le rôle d’in­tellectuel progressiste à l’écart des partis, mais pas au-dessus d’eux. Ayant fait des études de droit qu’il acheva en 1915, il fut mobilisé dans une unité non combattante et fut stationné en Courlande, puis en 1918 en Roumanie. Cette expérience conso­lida son pacifisme radical — dès 1914 il critiqua la politique d’Union sacrée du SPD — et sa haine de la caste militaire, cible de ses attaques avec la justice et la bu­reaucratie. Collaborateur de la revue Die Schaubühne dès 1913, qui deviendra Die Weltbühne après la guerre, il en assuma la direction en 1926-1927 avant de la céder à Carl von Ossietzky. Il y était à la fois chroniqueur littéraire, théâtral et polémiste politique (d’où ses quatre pseudonymes : Peter Panter, Theobald Tiger, Ignaz Wrobel, Kaspar Hauser), fonction qu’il exerça aussi au cabaret politique, notam­ment Schall und Rauch (Vacarme et fumée) fondé par George Grosz et Walter Mehring : il fut l’un des auteurs les plus populaires de la République de Weimar, le spécialiste des petites formes. Les assassins de Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Kurt Eisner, etc., de même qu’une justice laxiste à leur égard trouvèrent en lui un accusateur impitoyable : Noske lui intenta un procès en 1920. Dès 1922, il anticipa 1933 avec une étonnante lucidité et demeura un analyste attentif de la mon­tée du nazisme. De 1924 à 1926, il fut correspondant de plusieurs revues en France. A partir de 1927, il vécut de nouveau à l’étranger et ne fit que quelques incursions en Allemagne. Proche du KPD sans y adhérer, il critiqua aussi son dogmatisme, prit parti pour Trotsky contre Staline. Mais c’est chez un éditeur communiste qu’il pu­blia en 1929 avec John Heartfield son Deutschiand, Deutschland über ailes (réimpr., 1964). A partir de 1928, l’éditeur Rowohlt entreprit de publier les recueils de ses œuvres. Cette même année, il s’installa en Suède où jusqu’en 1932 il fut écri­vain et journaliste. Dès avril 1933, ses livres furent brûlés ; le 25 août, il fut déchu de la nationalité allemande. Malade des sinus depuis 1931, il fut de surcroît privé désormais de toute audience, n’osant pas écrire dans une autre langue que l’alle­mand. Conscient des limites de son action, il refusa de s’associer aux publications de l’opposition en exil, il absorba du poison le 19 décembre 1935 et mourut deux jours plus tard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217125, notice TUCHOLSKY Kurt par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 9 juin 2020.

Par Claudie Weill

ŒUVRE : Gesammelte Werke, 10 vol., 1961. — Gesammelte Werke, éd. par M. Gerold-Tucholsky et FJ. Raddatz, 1972. — Briefe aus dem Schweigen, 1977. — Unser geliebtes Leben : Briefe an Mary, éd. par F. J. Raddatz, 1982. — Ein Lebensbild, « Erlebnis und Schreiben waren ja — wie immer — zweierlei », éd. par R. von Soldenhoff, 1985. — En français : Apprendre à rire sans pleurer, éd. bilingue par Eva Philipoff, trad. avec J. Bréjoux, Paris, 1974. — Bonsoir révolution allemande !, éd. et trad. par A. Brossat, Kl. Schuffels, Claudie Weill et D. Welke, 1981. — Chroniques allemandes 1918-1935, trad. et annot. de Cl. Porcell, 1982. — Un été en Suède, trad. par P. Villain, 1982. — Un livre des Pyrénées, trad. par J. Bréjoux, 1983.

SOURCES : K.P. Schulz, Tucholsky. Eine Bildmonographie, Reinbek, 1980. — Préface de D. Welke à Kurt Tucholsky, Bonsoir Révolution allemande !, Grenoble, 1981. — W.J. King, K. Tucholsky als politischer Publizist Eine politische Biographie, Francfort, Berne, 1983. — B.P. Grenville, Kurt Tucholsky, Munich, 1983. — A. Austermann, Kurt Tucholsky : der Journalist und sein Publikum, Munich, 1985. — M. Eggert, Kurt Tucholsky, miroir d’une certaine Alle­magne 1907-1933, Thèse d’État, Tours, 1988. — S. Jacobson, Briefe an Kurt Tucholsky 1915- 1926 : « Der beste Brotherr dem schlechtesten Mitarbeiter », êd. par R. von Soldenhoff, Munich, 1989. — Benz et Graml, op. cit.

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