WAGENER Hermann

Par Jacques Droz

Né le 8 mars 1815 à Segelitz (Neuruppin), mort le 22 avril 1889 à Berlin ; fonctionnaire et publiciste conservateur social.

Fils d’un pasteur, juriste de formation, assesseur au tribunal de Magdeburg, très en cour auprès des milieux conservateurs et piétistes à cause des poursuites qu’il avait entreprises contre le pasteur progressiste Uhlich, Hermann Wagener fut appe­lé par Louis von Gerlach à la direction de la Kreuzzeitung (Gazette de la Croix) dont il fit le premier organe du conservatisme prussien par sa défense de la grande pro­priété foncière, de l’organisation hiérarchique de la société et des privilèges politi­ques de la Couronne et dans lequel il écrivit jusqu’en 1877. En même temps, il in­sista sur l’obligation pour la noblesse de créer dans les paroisses des œuvres so­ciales, hôpitaux, écoles, banques populaires qui rendraient la vie tolérable aux plus démunis. Sa philosophie « chrétienne-sociale » allait de pair avec une hostilité marquée à l’égard de la bureaucratie. A partir de 1855, comme directeur de la Berliner Revue il avait mis en cause le caractère libéral et capitaliste de l’économie qui avait ruiné l’organisation corporative de la société et le caractère patriarcal des relations d’homme à homme. Son « socialisme conservateur » qui lui fit souhaiter la limitation de l’industrialisation par l’État pour réduire le développement du prolétariat, s’affirma dans le Preussischer Volksverein (Association populaire de Prusse) qu’il contribua à fonder en 1861 pour lutter contre l’influence du Nationalverein libéral et bourgeois. Il entretint alors des relations avec Lassalle et la comtesse Hatzfeld. Dans le Staats- und Gesellschaftslexikon (1859-1867), son « agrarianisme » qui lui fit voir dans le culte de la terre le gage de la vertu, de la sa­gesse et de la piété, s’accompagnait de vues antisémites, les juifs étant rendus re­sponsables de l’immoralité qui régnait dans les grandes villes. Entré de bonne heure dans l’entourage de Bismarck, Wagener qui avait été élu au Reichstag en 1867 se montra de plus en plus favorable à une législation ouvrière sur les heures de travail et les salaires, de nature à promouvoir le sens de la responsabilité corporative. Il semble avoir joué un rôle dans la décision de Bismarck d’accorder le suffrage uni­versel. Bien qu’en 1873 sa carrière fût ébranlée par l’accusation, lancée contre lui par le libéral Eduard Lasker, d’avoir participé à un scandale financier lié à la construction des chemins de fer — accusation qui ne détériora pas ses relations avec le chancelier —, Wagener continua à s’intéresser à la politique sociale : lié avec Rudolf Meyer et avec l’économiste Rodbertus, il participa aux congrès du Verein für Sozialpolitik et soutint dans les dernières décennies de sa vie les travaux des socialistes de la chaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217140, notice WAGENER Hermann par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 10 juin 2020.

Par Jacques Droz

ŒUVRE : Die Politik Friedrich Wilhelm IV, 1883. — Erlebtes. Meine Memoiren aus der Zeit von 1848 bis 1866 und von 1873 bis jetzt, 2e éd., 1884. — Die kleine aber mächtige Partei. Nachtrag zu « Erlebtes », 1885.

SOURCES : W.O. Shanahan, German Protestants face to the Social Question, 1.1 : The Conser­vative phase 1815-1871, Notre Dame Presse, Indiana, 1954. — W. Sade, « Hermann Wagener und sein Verhältnis zu Bismarck. Ein Beitrag zur Geschichte des konservativen Sozialismus », in Tübinger Studien zur Geschichte und Politik, no. 9, 1958.

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