WEIDIG Friedrich, Ludwig

Par Jacques Grandjonc

Né le 15 février 1791 à Oberkleen (Hesse), mort le 23 février 1837 à la maison d’arrêt de Darmstadt ; directeur d’école républicain.

Après des études de théologie et de pédagogie sans doute brillantes à Giessen, Friedrich Weidig fut nommé à vingt-trois ans sous-directeur (1812), puis « rec­teur » (1824) de l’école primaire et secondaire de la petite ville hessoise de Butzbach qui comptait vers 1830 une population de deux mille trois cents habitants, plus une garnison de deux escadrons de chevaux-légers. Son engagement pédagogique pour la formation physique et intellectuelle des quelque trois cent cinquante gar­çons et filles de son établissement, qui comportait un internat, en firent rapidement l’un des hommes les plus respectés de la région. Politiquement, il se situait dès 1814-1815 dans l’opposition républicaine au système monarchique du Grand-Du­ché et il en fut bientôt l’un des principaux responsables.
Après l’écrasement des mouvements populaires de 1831 et 1832 dans les États allemands dont la Hesse, il estima qu’il fallait d’une part donner une formation po­litique et sociale par voie de tracts à la population (à 80 % rurale), puisque la presse était muselée, d’autre part passer à l’action conspiratrice. Il fut donc de ceux qui à partir de l’automne 1832 préparèrent un soulèvement républicain par un coup de force dont ils espéraient qu’il se transformerait en révolution dans tout le pays. Leur choix se porta sur l’attaque du corps de garde de Francfort — le siège de la Confé­dération germanique — et divers autres points stratégiques. La tentative (Wachensturm) échoua le 3 avril 1833 et les participants directs à l’échauffourée durent s’enfuir, pour autant qu’ils n’avaient été ni tués ni faits prisonniers par le régiment de ligne qui avait écrasé le mouvement. Une vaste opération répressive s’ensuivit. En 1834, Weidig fut en relation, par l’intermédiaire d’August Becker, avec le jeune Georg Büchner qui venait de rentrer de France et qui avait créé à Giessen une section de la Société des droits de l’homme. C’est Weidig qui donna sa forme définitive au premier (et dernier) tract de la SDH allemande, lui fournit son titre Der hessische Landbote (Le messager des campagnes de Hesse) et en fit effectuer les deux tirages en juillet et novembre 1834. Les principales modifications apportées au texte de Büchner consistaient en une suppression ou modification de passages strictement néo-babouvistes pour ne pas effaroucher les bourgeois libéraux, seuls alliés possibles dans ce pays rural et en l’ajout de formules bibliques destinées au public paysan.
Entre temps, ses opinions politiques et les premières investigations sur l’atta­que du corps de garde de Francfort l’avaient rendu suffisamment suspect aux auto­rités de Darmstadt pour que Weidig, démis de ses fonctions, soit envoyé en septem­bre 1834 comme pasteur débutant à Ober-Gleen, un village reculé à la frontière Nord du Grand-Duché. Il s’y fit immédiatement apprécier de la population, au point que c’est de nuit et les sabots de leurs chevaux emmaillotés que les gendarmes vin­rent l’arrêter le 22 avril 1835, dans le cadre de l’enquête menée sur la SDH et Der hessische Landbote. Le juge d’instruction Georgi, un ivrogne sadique, ancien condisciple de Weidig, le fit mettre au secret et le tortura personnellement jusqu’à ce que mort s’ensuive, un peu moins de deux ans plus tard. Celui qu’on appelle ordinairement le « pasteur » Weidig et qui était représenté jusqu’il y à peu comme un clerc libéral, s’avère n’avoir été pasteur que durant six mois, alors que son activité principale pendant vingt-deux ans avait été celle d’un enseignant et directeur d’é­cole républicain.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217149, notice WEIDIG Friedrich, Ludwig par Jacques Grandjonc, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 11 juin 2020.

Par Jacques Grandjonc

SOURCES : Th.M. Mayer, « Büchner und Weidig », in Georg Buchner (Text+Kritik), Munich, 1979 ; Georg Büchner, Leben, Werk, Zeit, Marburg, 1985 (on doit à Th.M. Mayer la mise à jour des documents de l’instruction et du procès mené contre A. Becker, G. Büchner, F. Weidig, etc.). — Voir également les éditions commentées de Der hessische Landbote par H.M. Enzensberger, Francfort, 1965 et G. Schaub, Munich, 1976.

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