WEYDEMEYER Joseph

Par Jacques Droz

Né le 2 février 1818 à Munster (Westphalie), mort le 20 juillet 1886 à Saint-Louis (Missouri, États-Unis) ; publiciste socialiste proche de Marx.

Fils d’un fonctionnaire de rang moyen, Joseph Weydemeyer fréquenta l’Aca­démie militaire de Berlin dont il sortit comme lieutenant à la garnison de Wesel, où il connut Friedrich von Beust — des officiers d’artillerie appartinrent dès 1843 à des groupes socialistes — et ensuite à Cologne où il fréquenta les fondateurs de la Rheinische Zeitung, Karl Grün, l’un des leaders des mouvements du « socialisme vrai », le fit entrer à la rédaction de la Trierische Zeitung qui passait alors, à cause de sa dénonciation de la misère du prolétariat et malgré son vocabulaire utopique et philosophique, comme l’un des journaux les plus radicaux en Allemagne, mais que le directeur Friedrich Walther sacrifia bientôt aux intérêts pécuniaires de son entreprise. Weydemeyer se rendit à Bruxelles pour travailler dans le Comité de cor­respondance communiste aux côtés de Marx et d’Engels dont il contribua à faire connaître l’œuvre en Allemagne, en particulier Die deutsche Ideologie. En 1846, il s’établit à Schildesche, dans les environs de Bielefeld où l’attira sa fiancée, la sœur du journaliste Otto Lüning qui l’introduisit dans la rédaction de Das Westfälische Dampfboot. Il s’efforça avec l’aide de ses amis de Cologne, Roland Daniels et Karl d’Ester, de substituer au « socialisme vrai » l’enseignement de Marx, à un huma­nisme altruiste des bases économiques et sociales, constatant que la solution du pro­blème social exigeait d’abord l’établissement d’un État constitutionnel.
Nommé au début de l’année 1847 géomètre sur le chemin de fer de Minden à Cologne, résidant à Hamm où il fut en relation avec les leaders des Arbeitervereine de Westphalie (Otto Lüning, Wilhelm Rempel, Christian Esselen, Karl Wallau), il créa un centre de diffusion pour la Deutsche-Brüsseler-Zeitung. Aussi fut-il en­voyé en juin 1848 au congrès démocratique de Francfort où il s’employa à rappro­cher démocrates et associations ouvrières sur la base d’une république démocrati­que. Mais pour lui l’événement essentiel fut la création, aux côtés de son beau-frère Otto Lüning, de la Neue Deutsche Zeitung. Organ der Demokratie qui parut depuis le 1er juin à Darmstadt, puis à Francfort et qui tint lieu d’intermédiaire entre la Neue Rheinische Zeitung de Marx et l’extrême-gauche démocratique du Parlement de Francfort. S’il dut tenir compte des positions petites-bourgeoises de certains de ses collaborateurs (Ludwig Simon de Trêves, Tratzschler de Dresde), il soutint acti­vement la formation des Märzvereïne républicains contre la thèse de l’Erbkaisertum. En mai 1849, il reçut Marx à Francfort avant son départ pour l’exil. Il put main­tenir son journal jusqu’à la fin de l’année 1850, grâce aux subventions que lui ver­sait Ernst Dronke de la part de la Ligue des communistes, dont il réussit à organiser encore un congrès clandestin au cours de l’été. Ce fut aussi en liaison avec Marx et Engels qu’il fît diffuser la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-Ökonomische Revue. Avec ses amis Hermann Becker et Heinrich Bürgers, il envisagea en mai 1851 la création d’une revue d’analyse théorique marxiste, la Neue Zeitschrift, qui devait agir de façon éclairante au sein des diverses familles socialistes. Si ses relations idéologiques le tournèrent d’avantage vers Cologne où se trouvaient les membres les plus influents du Bund der Kommunisten, il ne négligea pas l’action au sein des Arbeitervereine, celui de Francfort réussissant encore à organiser une fête populaire de vingt-cinq mille démocrates en juillet 1851.
Cependant la surveillance policière — son collaborateur mayençais Friedrich Lessner avait été arrêté en juin — l’obligea à envisager l’exil en Suisse, puis aux États-Unis où il entretenait déjà des relations épistolaires et où il débarqua en octo­bre 1851. Il devait y jouer un rôle essentiel dans l’organisation du mouvement ou­vrier de langue allemande, auquel il contribua à faire connaître, avec Adolph Cluss et Adolf Donai, le socialisme scientifique : d’abord comme éditeur du Dix-huit bru­maire de Napoléon Bonaparte et du Procès des communistes en 1852, puis comme directeur du journal Die Reform (1853-1854), plus tard comme représentant de Chi­cago à la conférence des Arbeitervereine de 1860, d’où devait sortir la formation du Parti républicain et l’élection de Lincoln. Il devait participer comme colonel dans l’armée républicaine à la guerre civile. Établi à Saint-Louis où il exerça de hautes fonctions municipales, il mourut à la suite d’une épidémie de choléra au moment où les associations ouvrières américaines préparaient leur entrée dans la lre Internatio­nale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217158, notice WEYDEMEYER Joseph par Jacques Droz, version mise en ligne le 23 juin 2020, dernière modification le 11 juin 2020.

Par Jacques Droz

SOURCES : K. Obermann, Joseph Weydemeyer. Ein Lebensbild 1818-1866, Berlin-Est, 1968. — M. Cordillot, « Aux origines du socialisme dans le Sud des États-Unis : les immigrés allemands dans les États esclavagistes, 1848-1865 », in Le Mouvement social, no. 139, avril-juin 1987. — Lexikon, op. cit. — BLDG, op. cit.

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