Par Gilbert Badia
Né le 23 décembre 1888 à Neuwied, sur le Rhin, mort le 5 octobre 1953 à Lehnitz, près de Berlin ; auteur dramatique très proche du mouvement ouvrier ; membre du Parti communiste.
Fils d’un tailleur, Friedrich Wolf entreprit des études de médecine (1907-1913) après avoir obtenu son baccalauréat. Médecin militaire de 1914 à 1918, la guerre fit de lui un pacifiste. En 1918, il adhéra à l’USPD et au Groupe socialiste des travailleurs intellectuels (Sozialistische Gruppe der Geistesarbeiter). Jusqu’en 1927, il exerça la profession de médecin parallèlement à son activité littéraire. En 1921, il fit partie de la communauté fondée par le peintre Heinrich Vogeler au Barkenhoff, près de Worpswede.
Les premières productions littéraires de Friedrich Wolf, de style expressionniste, traduisaient la révolte, pour des raison éthiques, d’un auteur qui voulait contribuer à la naissance d’un homme nouveau. Mais la première pièce qui lui valut une notoriété certaine, Der arme Konrad (1924), épisode de la Guerre des paysans, mettait en scène les masses populaires et marquait l’intérêt de Friedrich Wolf pour les problèmes sociaux.
En 1928, il adhéra au Parti communiste et au Bund proletarisch-revolutionärer Schriftsteller (Ligue des écrivains prolétariens-révolutionnaires). Un essai publié la même année illustra sa prise de position : Kunst ist Waffe (L’art est une arme). Deux pièces, Cyankali (qui dénonçait la législation punissant l’avortement, le paragraphe 218) et Les Marins de Cattaro (une révolte sur les navires autrichiens dans l’Adriatique pendant la guerre), écrites et jouées en 1929 et 1930, firent de Friedrich Wolf l’auteur dramatique le plus célèbre dans tout le monde ouvrier allemand.
Son engagement le désignait à la répression. Aussi fut-il contraint d’émigrer en 1933. Après un bref séjour en Autriche, en Suisse et en France, il gagna l’Union soviétique. Le Professeur Mamlock écrit en 1933, joué en 1934, filmé en Union soviétique en 1938, est l’une des œuvres qui fit le plus pour alerter le monde entier sur les persécutions antisémites dans le Troisième Reich et eut des dizaines de milliers de spectateurs. L’art de Friedrich Wolf était un art qui visait à des effets immédiats, à susciter dans le public émotion et colère — à l’opposé des procédés de distanciation d’un Bertolt Brecht.
Friedrich Wolf était de nouveau en France en 1938. Interné au camp du Vernet en 1939, il put gagner l’URSS qui lui conféra la nationalité soviétique en 1941.
Il participa à la fondation du Comité de l’Allemagne libre (1943). En 1945, il regagna l’Allemagne et s’installa en zone soviétique. Parmi ses travaux on peut retenir une pièce sur Thomas Münzer et le scénario du film Der Rat der Götter (Le conseil des dieux) qui montrait l’action néfaste de l’IG Farben, konzem de l’industrie chimique.
En 1950-1951, Friedrich Wolf fut le premier ambassadeur de la RDA en Pologne. Son fils Konrad fut l’un des cinéastes les plus remarquables de la RDA.
Par Gilbert Badia
ŒUVRE : Outre ses pièces de théâtre, trop nombreuses pour être toutes citées, Friedrich Wolf a publié des essais, des romans, des nouvelles, des poèmes. Seize volumes de Gesammelte Werke ont été publiés de 1960 à 1968 par E. Wolf et W. Pollatschek à Berlin-Est.
SOURCES : W. Pollatschek, Friedrich Wolf. Eine Biographie, Berlin, 1963. — Durzak, op. cit. — Rœder et Strauss, op. cit.