ZETKIN Clara, née EISNER

Par Gilbert Badia

Née le 5 juillet 1857 à Wiederau (Saxe), morte le 20 juin 1933 à Archangelskoié, près de Moscou (Union-Soviétique) ; militante féministe, directrice de Die Gleichheit ; parlementaire communiste.

Le nom de Clara Zetkin est lié au combat des femmes pour Légalité. La première conférence internationale des femmes socialistes (Stuttgart, 17 et 19 août 1907) l’élut à la tête du secrétariat international des femmes issu de cette réunion. La deuxième conférence internationale (Copenhague, 26-27 août 1910) adopta sa proposition d’organiser chaque année une journée internationale des femmes. Aragon a célébré son action pour la paix dans son roman Les Cloches de Bâle. Elle dirigea pendant plus de vingt ans le premier journal socialiste destiné aux femmes, gagnant des dizaines de milliers de lectrices aux idées social-démocrates. Amie de Rosa Luxemburg et de Lénine, Clara Zetkin fut élue au Comité exécutif de l’Internationale communiste qui la chargea de diverses missions auprès de plusieurs partis communistes. C’est elle en particulier qui représenta l’Internationale au congrès de Tours. Si elle continua à s’occuper des problèmes féminins, elle ne se limita pas à ce domaine. Elle prit position sur les questions d’éducation, sur les rapports entre ouvriers et intellectuels (rapport au Ve congrès de l’Internationale, 1924). A la session élargie du Comité exécutif de l’Internationale (12-23 juin 1923), elle prononça un remarquable rapport sur le fascisme. Clara Zetkin milita sa vie durant pour un front uni de la classe ouvrière. En 1922, elle fit partie de la délégation de l’Internationale communiste à la conférence des trois Internationales (Berlin, 2-5 avril 1922).
Clara Eisner était la fille d’un instituteur de village ; en 1872, sa famille vint s’installer à Leipzig. De 1874 à 1878, Clara fréquenta l’école d’institutrices (Lehrerinnenseminar) dirigée par la féministe Augusta Schmidt. C’est par le truchement d’un étudiant russe réfugié à Leipzig, Ossip Zetkin, qu’elle fut mise en relation avec des groupes sociaux-démocrates et gagnée à leurs idées, ce qui entraîna la rupture avec sa famille.
De 1878 à 1882, elle gagna sa vie comme préceptrice dans des familles riches en Saxe, puis en Autriche. En 1882, elle se rendit à Zurich où elle travailla pendant quelques semaines à l’expédition en Allemagne du journal Der Sozialdemokrat. En novembre, elle rejoignit à Paris Ossip Zetkin, expulsé de Leipzig en 1880 en application des lois anti-socialistes, et l’épousa. C’est à Paris qu’elle mit au monde ses deux fils, Maxim et Kostja. Clara et Ossip vécurent difficilement en écrivant des correspondances pour quelques journaux socialistes et en faisant des traductions. Deux ans après la naissance de Kostja, Ossip tomba gravement malade et mourut (1889).
Cette même année, Clara Zetkin prit pour la première fois la parole dans une réunion internationale en présentant, au congrès de fondation de la IIe Internationale, un rapport sur le mouvement prolétarien des femmes dans lequel elle revendiqua pour celles-ci l’égalité dans la vie professionnelle et sociale, en liant ce combat à la lutte de la classe ouvrière, car seul le socialisme pouvait à ses yeux assurer et garantir cette égalité.
En 1891, Clara Zetkin rentra en Allemagne et s’établit à Stuttgart (dans le Wurtemberg, les femmes avaient, à la différence de la Prusse, le droit d’association et de réunion). L’éditeur Dietz lui confia en 1892 la rédaction d’une petite feuille destinée aux femmes social-démocrates, qui, fondée en 1893 sous le titre Die Arbeiterin par la féministe Emma Ihrer, prit bientôt le titre Die Gleichheit et dont elle fit le journal féminin le plus lu dans le monde à cette époque (125 000 abonnés en 1914). Elle en assura la direction jusqu’en mai 1917 ; à cette date, la direction du SPD la limogea en raison de son adhésion au spartakisme et à l’USPD. Elle assuma alors jusqu’en avril 1919 la rédaction du supplément féminin de la Leipziger Volkszeitung, l’organe de l’USPD.
Au tournant du siècle elle était devenue l’amie de Rosa Luxemburg dont elle admirait le talent et partageait les idées. Jusqu’en 1913, Clara Zetkin prit part à tous les congrès du SPD (elle fut membre de la commission de contrôle du parti de 1895 à 1917) et à tous les congrès socialistes internationaux. Elle s’était assuré de multiples collaborations féminines, comme celle de Luise Zietz, la première femme qui siégea au Parteivorstand du SPD. Elle s’employa parallèlement à organiser, à partir du congrès de Stuttgart (1907), des rencontres régulières des femmes socialistes du monde entier. Elle avait en 1897 fait la connaissance du peintre F.G. Zundel, élève de l’École des Beaux-arts de Stuttgart, en venant soutenir une grève des élèves de l’école. Elle l’épousa un an plus tard. Le couple se défit pendant la guerre et Clara souffrit beaucoup de cette séparation.
Dès la déclaration de guerre, elle avait dénoncé le caractère impérialiste du conflit, ce qui lui valut d’être incarcérée de juillet à octobre 1915. Quelques mois plus tôt (26-28 mars), elle avait, en sa qualité de responsable du Secrétariat international des femmes, convoqué à Berne une conférence internationale qui confirma les résolutions des conférences précédentes et adopta un manifeste contre la guerre.
Clara Zetkin participa au congrès de fondation du Parti social-démocrate indépendant auquel les spartakistes adhérèrent. Avec l’accord de ses amis communistes, elle resta membre de l’USPD jusqu’en mars 1919, pour rejoindre à cette date les rangs du KPD. Clara Zetkin se fit dès le début le défenseur de la révolution d’Octobre dans les rangs du mouvement ouvrier allemand. Élue député au Reichstag en 1920 (elle fut avec Paul Levi le seul député communiste), dans son premier discours (2 juillet 1920) elle préconisa de resserrer les liens entre l’Allemagne et la Russie soviétique. A l’automne, elle se rendit à Moscou et eut de longs entretiens avec Lénine qu’elle publia par la suite. A partir du IIIe congrès (1921) elle assista à tous les congrès de l’Internationale communiste. Membre de la direction du KPD, elle s’opposa — comme Paul Levi — à l’« action de mars 1921 ». Tandis que Levi fut exclu, Clara Zetkin, soutenue par Lénine qui l’estimait fort, resta membre des instances dirigeantes.
En 1924-1925, elle combattit la ligne gauchiste de la direction du KPD (Ruth Fischer, Maslow) au point que, lorsque la ligne ultra-gauche se renforça en 1928, elle songea à rejoindre le KPO. Malade, elle séjourna à partir de cette date de plus en plus longuement en Union soviétique, très liée avec Krupskaja mais détestant Staline, selon son amie Maria Reese, ne revenant en Allemagne que pour de brefs séjours. Doyenne d’âge du Reichstag, elle appela lors de l’ouverture de la session parlementaire, le 30 août 1932, à l’union du mouvement ouvrier contre le fascisme.
Clara Zetkin fut présidente, avec Wilhelm Pieck, du Secours rouge d’Allemagne (1924-1925) et, depuis 1925, du Secours rouge international.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217231, notice ZETKIN Clara, née EISNER par Gilbert Badia, version mise en ligne le 17 mars 2020, dernière modification le 24 juin 2020.

Par Gilbert Badia

Clara Zetkin et Rosa Luxembourg se rendant au congrès social-démocrate de Magdebourg (1910)
Clara et Ossip Zetkin à Paris vers 1885
Clara Zetkin déguisée en actrice pour se rendre au congrès du Parti socialiste italien en janvier 1921

ŒUVRE : Ausgewählte Reden und Schriften, 3 vol., 1957. — Zur Geschichte der proletarischen Frauenbewegung Deutschlands, 3e éd., 1958. — Ich will dort kämpfen, wo das Leben ist, 5e éd., 1986. — En français : Batailles pour les femmes (esquisse biographique et extraits d’articles et de discours), 1980.

SOURCES : Hanna Ilberg, Clara Zetkin. Aus dem Leben und Wirken einer grossen Sozialistin, Berlin-Est, 1956. —é G. Hohendorf, Clara Zetkin, Berlin-Est, 1965. — H. Niggemann, Emanzipation zwischen Sozialismus und Feminismus. Die sozialdemokratische Frauenbewegung im Kaiserreich, Wuppertal, 1981. — Luise Dornemann, Clara Zetkin. Ein Lebensbild, 9e éd., Berlin, 1989. — Lexikon, op. cit. — Weber, Wandlung, op. cit. —Benzet Graml, op. cit.

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