KRÉHER Jean, Henri

Par Laurent Dingli, Gilles Morin

Né le 20 mars 1899 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 20 avril 1966 à Paris (XIVe arr.) ; avocat socialiste ; résistant déporté.

Fils de Henri Eugène Kréher, imprimeur, et de Jeanne Marie Chrétien, couturière, marié à Servas (Ain) le 5 juin 1926 avec Anne Rosalie Pic, Jean Kréher fut avocat à la cour d’appel de Paris, socialiste SFIO et résistant. Sa thèse de Doctorat "La défense des obligataires" fut soutenue devant la faculté de Droit de l’Université de Lyon et publiée en 1938.

Dès sa création en 1922, il intégra le Groupement universitaire pour la Société des Nations (GUSDN) dont il devint le secrétaire général en 1931-1932, à une époque où ce mouvement commençait à pâtir de la déception croissante qui entourait l’action de la SDN (effets de la crise économique mondiale, incapacité à empêcher les coups de force comme celui des Japonais en Mandchourie, montée des fascismes, replis nationaux, etc.).

De retour à Paris en août 1940, il créa un groupe de propagande antiallemand avec l’avoué Félix Rocher et plusieurs amis. C’est dans son cabinet du boulevard Saint-Michel que fut rédigé l’appel "Étudiants de France" à manifester le 11 novembre 1940 devant la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe. C’est là également que fut constitué le groupe de résistance "Maintenir", qui s’affilia ensuite à l’OCM. Jean Kréher participa à plusieurs mouvements de résistance et contribua à en organiser certains. Membre du réseau Samson, il lui fournissait des renseignements militaires. Il appartenait au groupe Vontés, qu’il avait créé dans le courant de l’année 1943. Après le départ de Maurice Rolland, il tenta de renflouer le mouvement “Armée des volontaires” et en intégra les éléments les plus importants dans le Mouvement de Libération nationale en formation. Il participa encore à l’organisation de la Résistance au Palais de Justice et, en lien avec des syndicaliste actifs dans les conseils de Prud’hommes de la section des métaux, il forma un noyau de Résistance animé par Menesclou qui joua un rôle actif dans la lutte contre le STO.

Arrêté sur dénonciation le 3 avril 1944 dans son bureau, avec dans sa poche des plans de voies ferrées qu’il devait transmettre à des réseaux de Résistance, Jean Kréher fut déporté le 17 août 1944, via le camp de Compiègne, au camp de Buchenwald où il fut enregistré le 21 août sous le matricule 81488, porteur d’un triangle rouge, celui des prisonniers politiques. Jean Kréher quitta le camp avant sa libération le 11 avril 1945. Après des jours d’errance sur les routes d’Allemagne et de Tchécoslovaquie, il fut recueilli par la Croix Rouge en Bavière. Le retour en France se fit en mai 1945 ; comme tous les déportés il passa par l’Hôtel Lutetia boulevard Raspail à Paris.
Après la Libération, Jean Kréher dirigea la section de droit social du Centre d’études judiciaires qui s’inscrivait dans la volonté du Mouvement national judiciaire (MNJ) de réfléchir à l’avenir de la Justice. Il fut également l’un des fondateurs de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance (FNDIR) et de l’Union nationale des anciens déportés et internés (UNADIF). Il milita en outre pour la paix et la fraternité universelle au sein de l’Association française pour les Nations unies qu’il présida avec Paul Boncour et René Cassin. Dans le même esprit, ce fut au sein de la Commission internationale de juristes qu’il protesta en 1957 avec ses confrères contre le coup de force soviétique en Hongrie et ses conséquences.

Auteur de nombreuses publications spécialisées, il créa notamment en 1924 la revue Recueil de droit commercial, financier et industriel, publia La rupture du contrat de travail, Paris, s. l., 1931, ainsi que plusieurs ouvrages avec son beau-père, le juriste Paul Pic (1862-1944), professeur de droit à la faculté de droit de Lyon et à l’école supérieure de commerce, dont La faute inexcusable en matière d’accidents du travail, Saint-Étienne, impr. J. Verdier, [1938] ou encore Le Nouveau droit ouvrier français dans le cadre de la charte du travail, Paris, R. Pichon et R. Durand-Auzias, 1943. Il fut entre autres directeur de publication de la revue Questions pratiques de législation du travail, qui parut de 1943 à 1946, et rédacteur en chef de Questions pratiques de législation industrielle, économique et sociale (1947-1950).

Candidat aux élections à la 1ère assemblée nationale de novembre 1946 dans la 1ère circonscription de Paris, sur liste SFIO-UDSR, il fut responsable d’un groupe de travail à la commission des affaires internationales en 1954-56 (Rapports 1955-57), candidat non élu au CD en 1959, délégué fédéral au congrès national SFIO de 1960, candidat aux élections aux législatives de 1958 et 1962 en Meurthe-et-Moselle et enfin candidat aux cantonales de 1961 dans la canton de Nancy-Nord.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article217642, notice KRÉHER Jean, Henri par Laurent Dingli, Gilles Morin, version mise en ligne le 30 juin 2019, dernière modification le 29 juillet 2019.

Par Laurent Dingli, Gilles Morin

SOURCES : ADP État civil V4E 10409. — AN F1a 3229. F/1cII/562. F/1cII/704. 19770286/21. — Bulletin intérieur, n° 113. Dossiers Meurthe-et-Moselle, archives de l’OURS. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, juillet 1925-octobre 1928, Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — ADP 102 W 61 dossier Maurice Cuissot - International Commission of jurists, september 6, 1957 http://osaarchivum.org/digitalarchive/hedervary/12-41-11-13.pdf. — Christian Birebent, "Le Groupement universitaire pour la Société des Nations face aux crises des années trente.", Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 74, 2004, Jeunesses et engagements : d’un mai à l’autre (France : 1936-1968), pp. 14-19. — Fabrice Bourrée pour le Musée de la Résistance à partir du dossier d’homologation de Jean Kréher des Archives historique de la Défense, 16 P 295 475. — Notice réalisée par son petit-fils Vladimir Vasak pour Arte (https://info.arte.tv/fr/qui-etait-jean-kreher) - BNF : 8-F-40317 et 4-F-4661 < n° 3-15 >. — Liora Israël, Robes noires, années sombres. La Résistance dans les milieux judiciaires, Paris, Fayard, 2005. — Résistance 2014-15, p. 15

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