CARTEAU Auguste.

Par Gilles Pichavant

Né le 9 août 1868 à Saint-Florent-sur-Cher (Cher) ; ouvrier verrier ; syndicaliste CGT en région parisienne, à Marseille, dans le Rhône, et dans l’Aude, syndicaliste révolutionnaire, confédéré ; militant anarchiste ; secrétaire de la Bourse du travail d’Oullins (Rhône) (1910-1914).

Fils d’un journalier, Auguste Carteau naquit le 9 août 1868 à Saint-Florent-sur-Cher (Cher). En 1888, ouvrier verrier, il habitait Saint-Ouen, chez ses parents.

Âgé de 23 ans, en 1892, Auguste Carteau fut fiché comme anarchiste, et photographié à l’aide du système Bertillon. Ouvrier verrier, il est sans doute une figure emblématique de ces militants de base qui contribuèrent à répandre le syndicalisme verrier à la fin du 19e siècle et au début du 20e, un peu partout en France. Embauche, militantisme, grève suivie d’un licenciement, déplacement, embauche, pour un nouveau cycle de militantisme, tel fut la vie de ce militant.

En 1895, il s’installa à Clichy, pour deux ans, puis, en septembre 1897, il se fit embaucher à Marseille pour une saison, à la verrerie St Marcel. De décembre 1898 à août 1900, il travailla à Pantin. En décembre 1900 il s’installa à Choisy-le-Roi, où il existait plusieurs verreries, dont une verrerie ouvrière. En 1902, il fut le secrétaire du comité de grève des verriers d’Ivry (Seine, Val de Marne) qui dura plus de quatre mois. Le 8 septembre 1902, il écrivit à la revue anarchiste Temps nouveau, : « Camarade, depuis quatre mois que nous soutenons la grève, nous n’avons pas eu un seul des nôtres qui ait succombé. (…) Chez nous, si la grève a été maintenue si longtemps, c’est bien parce que l’élément libertaire y était pour beaucoup. (…) Camarades, un congrès national de verriers va avoir lieu le lundi 15 courant [Le congrès de Fourmies, 2e congrès de la nouvelle fédération du verre]. Nous allons sûrement adhérer à la Confédération., et alors pas besoin de vous dire que la politique sera exclue. Notre syndicat n’est pas fort en nombre mais nous ne sommes pas des politiciens ; du reste, que partout les travailleurs fassent comme nous à Ivry, et la société capitaliste aura vécue. ».

En 1904 Auguste Carteau fit un passage à Oullins (Rhône). En 1906 il était de retour en région parisienne et se fit embaucher à Meudon, à la Cristallerie de Sèvre, installée au Bas-Meudon, sur les futurs terrains de l’usine Renault. Il y fut le secrétaire de la section syndicale. Le 27 avril 1908, il s’en fut à Bar-sur-Seine (Aude), et anima la section syndicale. Il versa 2 francs à la solidarité aux verriers alors en grève et lockoutés en Normandie. En 1910 il fut licencié de la verrerie Landier, et retourna à Oullins (Rhône) , après un bref passage par Pantin. Là il devint le secrétaire de la Bourse du travail. Dans La Voix des Verriers du 1er février 1912, Auguste Carteau prit la défense de Delzant accusé par Fonclare*, le secrétaire du syndicat des verriers de Vénissieux (Rhône), de dilapider l’argent de la fédération en déplacements. Le fond de l’affaire c’était que Delzant était venu à Lyon défendre les ouvreurs et les aides, appelés « nègres », contre les « chefs de place », lors d’un conflit dans la verrerie lyonnaises. « Voter la grève générale pour sauver Durand et les cheminots, et laisser écraser ses frères de misère et inférieurs en salaire, cela dénote une singulière mentalité », écrivit-il. « On est militant, c’est entendu, militant socialiste, syndicaliste, coopérateur, militant de tout ce qu’on veut ; mais militer dans le métier pour en effacer les tares c’est autre chose. Dans le métier on est chef de place [en italique dans le texte], j’allais dire tâcheron, et alors au diable tous les principes, il faut dominer, palper ». Il devait sans doute avoir été pour quelque chose dans le conflit de ces « nègres » dont il devait être, du fait de son changement d’entreprises perpétuel. Le 1er décembre 1912 il dénonça la verrerie Legras d’Oullins, dans La Voix des verriers, comme étant un bagne pour enfants. Auguste Carteau était devenu un militant verrier connu, et dont le patronat redoutait l’activisme. Ainsi racontait-il, en septembre 1909 il ne fit pas 3 jours dans une verrerie, avant d’être licencié à la suite d’échanges téléphoniques entre la direction de la verrerie et celle de la précédente, et sans doute aussi suite des échanges avec la sureté générale.

En février 1914 Auguste Carteau était de retour en région parisienne, et travaillait de nouveau à Choisy-le-Roi, où il passa la 1e guerre mondiale. Rappelé le 31 mars 1916, il ne rejoignit pas son régiment mais fut détaché à la Compagnie générale d’électricité à Ivry-Port, qui fabriquait des ampoules électriques. Il habitait à Choisy-le-Roi (Seine-et-Oise, Val-de-Marne), rue Alphonse Brault.

Après la 1ère guerre mondiale, on trouve peu de traces de l’activité militant d’Auguste Carteau, si ce n’est un article dans La Voix des verriers, de mars-avril 1929, intitulé « Il ne faut jamais désespérer », dans lequel il réaffirmait les principes d’indépendance du syndicalisme vis-à-vis du politique, et dénonçait la mainmise du parti communiste sur la CGTU. Anti-socialiste avant la 1ère guerre mondiale, anti-communiste après 1920, à la fin de sa vie il était donc dans la ligne de ses engagements de jeunesses.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218098, notice CARTEAU Auguste. par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 22 juillet 2019, dernière modification le 22 juillet 2019.

Par Gilles Pichavant

SOURCES : La Voix des Verriers, organe de la Fédération nationale des travailleurs du verre : 15 novembre 1908, 1er février 1912, 1er décembre 1912, mars-avril 1928 (BNF). — L’Aurore, 26 juillet 1902. — Les temps nouveaux, 13 septembre 1902. — Fichage anthropométrique Bertillon (Alphonse Bertillon) : Auguste Carteau, The Met Museum, [Serge Plantureux, Paris] ; Gilman Paper Company Collection, New York, December 3, 1998. — Archives de la Ville de Paris : Carteau Auguste, classe 1888, Registre matricule 3260, cote D4R1.

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