DEGROND Germaine [DEGROND Céline, Victorine, dite]

Par Gilles Morin, Justinien Raymond

Née le 3 juin 1894 à Vernouillet (Seine-et-Oise, Yvelines), morte le 18 avril 1991 à Marly-le-Roi (Yvelines) ; employée et journaliste ; militante socialiste, secrétaire adjointe (1932-1937), puis secrétaire générale (1937-1940) de la fédération SFIO de Seine-et-Oise, membre suppléante de la CAP (1937-1938) ; députée de Seine-et-Oise (1945-1958).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Germaine Degrond était la fille de Jules Degrond, ingénieur à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, militant laïque et républicain d’origine bourguignonne. Il avait adhéré tout d’abord à la fédération radicale-socialiste, puis avait rejoint le Parti socialiste. Sa mère, sans profession, était d’origine paysanne bretonne. Par son père, elle connut toute petite Émile Zola qui venait rencontrer son père.

Après l’école communale de Vernouillet, Germaine Degrond fréquenta le cours complémentaire de Poissy où elle fut reçue au brevet élémentaire. Au cours Pigier, à Paris, elle obtint les diplômes de sténodactylo et de comptabilité. Elle entra dans la vie active en 1911 comme secrétaire particulière de Me Mallet, avocat à Paris. Elle y resta jusqu’à son mariage en 1915. L’année suivante, elle eut un fils, puis, plus tard, une fille. Elle ne reprit d’activité professionnelle qu’en 1928, au moment de son divorce.

En novembre 1916, Germaine Degrond quitta Vernouillet pour l’Ille-et-Vilaine où ses parents avaient acheté et rénové une petite ferme dont ses grands-parents avaient été métayers. Elle vécut là jusqu’en 1918, s’adonnant au travail de la terre car les trois fils du fermier étaient mobilisés. En gardant les vaches, en coupant le blé noir à la faucille ou en vaquant aux travaux de l’étable, elle put réfléchir à la condition des paysans. Elle connaissait la vie des travailleurs des villes, employés et ouvriers. Elle avait reçu l’influence de son père, laïque et républicain. À Paris, elle s’était mise en rapport avec La Voix des Femmes, de Colette Reynaud, avec la militante pacifiste Marcelle Capy. Elle donna quelques articles à La Voix des Femmes dès 1917 et aussi aux Hommes du Jour de Georges Pioch. La guerre accentuant son esprit de révolte, elle écrivit à Louise Bodin, professeur au lycée de Rennes, collaboratrice des Hommes du Jour et militante socialiste. Germaine Degrond cotisa à la section socialiste SFIO de Rennes à partir de 1916 ou 1917. Elle ne quitta plus le Parti socialiste.

Revenue à Vernouillet en 1918, Germaine Degrond forma une section socialiste dont sa famille, élargie, constituait le noyau. Cette section survécut à la scission de 1920, réduite, mais toujours active. Germaine Degrond fonda également une section de la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen. Divorcée, elle travaillait pour faire vivre ses deux enfants. En 1928, elle reprit une fonction d’employée au secrétariat général du Parti socialiste, dirigé par René Hug. Elle donnait au Populaire, organe de la SFIO, contes et nouvelles. Bientôt, elle dirigera la page de la femme. Elle fut officiellement rédactrice au Populaire de 1930 à 1940 et milita au syndicat des journalistes.

Élue suppléante au comité national des femmes socialistes lors du XXVIIIe congrès de la SFIO (Tours, 24-27 mai 1931) avec Germaine Chaumais, Lucy Rella, Fernande Verrier, Philiberte Givort, Marie Lyon, Yvonne Demene, Amélie Vincent, Jeanne Dubost et Marie Vernières. Germaine Degrond démissionna de cette fonction en novembre 1932. Elle devint alors secrétaire adjointe de la fédération SFIO de Seine-et-Oise et prônait, pour la paix, « la lutte du prolétariat groupé dans les partis révolutionnaires contre le capitalisme, fauteur direct des conflits armés ». Elle ne se représenta pas en 1933 au Comité national des femmes socialistes pour rester secrétaire adjointe de la fédération de Seine-et-Oise dont son ami Eugène Descourtieux*, qu’elle désignait sous le nom affectueux de « mon grand », était secrétaire fédéral. Lors des journées de février 1934, elle participa aux démarches de rapprochement avec le Parti communiste, rue Lafayette puis rue du Croissant, avec Descourtieux, Gonin* et elle pour la Seine-et-Oise, Farinet*, Joublot* et Dufour* pour la Seine. Elle fut membre suppléante du Comité de liaison antifasciste de la région parisienne. En 1936, elle entra comme suppléante à la commission administrative provisoire (CAP) de la SFIO, comme représentante de la motion Jean Zyromski*, jusqu’en 1940.

En août 1938, Eugène Descourtieux mourut et Germaine Degrond prit sa succession. Elle devenait ainsi la première femme à diriger une fédération socialiste, de plus l’une des cinq premières du parti par ses effectifs et la première à siéger, comme titulaire cette fois, à la CAP du parti. Elle conserva ces fonctions jusqu’en juin 1940. Militante de la Bataille socialiste, courant dominant dans le département, lorsque la Gauche révolutionnaire s’organisa, elle la combattit jusqu’au congrès de Royan où, déléguée, elle se prononça pour son exclusion. Elle se montra une antimunichoise affirmée et co-rédigea avec Élie Gonin, Désiré Moulin et Mathias, une brochure, « Après Munich, voir clair pour agir », parue à l’Imprimerie F. Beroud, à Paris (1938, 22 p.).

Repliée en juin 1940 près de Clermont-Ferrand où s’était replié Le Populaire, Germaine Degrond mit en lieu sûr les archives de la fédération socialiste. Revenue à Vernouillet, elle subit une perquisition de la police allemande dès août 1940. Elle resta un temps dans une position plutôt réservée, encourageant ses camarades devenus résistants, sans participer pour autant à la reconstruction de la fédération dans la clandestinité. Par Pierre Commin, elle participa à la lutte contre l’occupant en se liant au groupe CDLR (Ceux de la Résistance) à partir de janvier 1944, et reprit quelques emplois à Paris. Ses activités, notamment ses allées et venues à la mairie de Vélizy, lui valurent une dénonciation ; elle subit un interrogatoire à la préfecture de Seine-et-Oise et, à Vernouillet, chez sa mère, une perquisition de la Gestapo (attestation de Léon Chatelard, datée de juin 1955). Cette activité lui permit d’être réintégrée à la SFIO après la Libération. Elle reprit place au bureau fédéral en décembre 1944 (elle y siégeait toujours en 1955), mais la fonction de secrétaire était désormais assumée par Pierre Métayer qui partageait la direction réelle avec Pierre Commin et ses adjoints René Boudet et Désiré Moulin. Elle participa au congrès des fédérations socialistes reconstituées de novembre 1944 et fut désignée à la nouvelle commission féminine nationale de la SFIO, où elle siégea jusqu’en 1948. Elle était membre du comité central de CDLR en 1945.

Germaine Degrond reprit ses activités journalistiques comme rédacteur à Franc-Tireur, d’août 1944 à 1947. Elle était membre de la société des Gens de Lettres.

Sauf pour les élections à première Constituante où elle était en deuxième position derrière Détraves, Germaine Degrond fut toujours placée en tête de la liste socialiste pour les élections législatives dans la circonscription Nord de la Seine-et-Oise. Élue députée aux deux Assemblées constituantes dès 1945, réélue à toutes les Assemblées de la IVe République, elle cessa ses activités journalistiques pour se consacrer à son mandat parlementaire, mais sans renoncer à son appartenance au syndicat des journalistes. L’une des très rares femmes socialistes élues (six en 1945, quatre en juin 1946, puis trois jusqu’à la fin de la IVe République), elle fut membre de la commission exécutive du groupe socialiste en juin et novembre 1946 et présida la commission ravitaillement de la 2e ANC en juin 1946. À ce titre, elle fit adopter le 24 avril 1946 un projet tendant à la répression des infractions graves qui lui valut une grande popularité. En 1948, elle estima que la commission du ravitaillement avait terminé sa tâche et demanda elle-même sa dissolution, qu’elle obtint. Très attachée aux questions de consommation, elle déposa un projet pour la réforme des Halles et leur inspection.

Germaine Degrond, réélue le 17 juin 1951, était secrétaire du bureau de l’Assemblée nationale en 1952. Elle fut toujours disciplinée lors des affrontements qui opposèrent les socialistes, vota en faveur de la CED et approuva la politique algérienne de Guy Mollet. Pendant cette période, elle fut, en outre, conseillère municipale des Mureaux. Figurant parmi les trop rares femmes siégeant au Parlement, Germaine Degrond évoquait parfois dans la presse socialiste le « mépris bienveillant des hommes pour leurs collègues féminins » et les différences d’appréciations sur les sujets de société. En décembre 1955, elle déclarait au Progrès de Seine-et-Oise n’avoir jamais considéré la fonction de député comme un métier. Elle envisageait avec « une entière sérénité » l’éventualité de résilier son mandat d’un instant à l’autre, ce qui, estimait-elle, lui permettait une totale indépendance. Elle fut réélue une dernière fois le 2 janvier 1956. Disciplinée durant toute la guerre d’Algérie, elle hésita beaucoup sur l’attitude à prendre en mai-juin 1958 - ses notes sont une source essentielle sur la crise dans le groupe socialiste -, elle finit par décider de voter oui à l’investiture au général de Gaulle, convaincue, dit-elle, par Ramadier en lequel elle avait toute confiance. Sa position dans sa fédération était délicate. Elle appuya le courant Gazier, comme Métayer, mais appela à voter oui au référendum constituant en septembre.

Germaine Degrond qui ne se représenta pas en novembre 1958, présida, dès sa constitution, l’Amicale des anciens parlementaires socialistes jusqu’à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Sa fille déposa ses archives à l’OURS.

Décorée de la Croix de combattant volontaire de la Résistance, elle avait été faite chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21836, notice DEGROND Germaine [DEGROND Céline, Victorine, dite] par Gilles Morin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Gilles Morin, Justinien Raymond

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

ŒUVRE : Germaine Degrond publia un recueil de poèmes et de nombreux contes, feuilletons et articles dans la presse.

SOURCES : Arch. OURS, fonds Germaine Degrond et dossier personnel. — Le Travailleur de Seine-et-Oise, décembre 1933. — La Femme socialiste, n° 106, mai 1932 ; n° 108, juillet 1932 ; n° 119, mai 1933 ; n° 121, juillet 1933 ; n° 123, septembre 1933 ; n° 129, mars 1934. — Le Populaire, 29 juillet 1938. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin fédéral de la Seine-et-Oise, mai 1955 et octobre 1956. — Profession de foi pour les élections d’octobre 1945 et brochure du PS pour les élections de 1956. — Renseignements fournis par Michel Dreyfus. — Enquête auprès de Germaine Degrond, le 20 novembre 1980.

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