GARCIA Odette née BELIAKOF

Par Jean Costumero

Née le 30 août 1922 à Decazeville (Aveyron), morte le 20 décembre 2011 à Decazeville ; résistante communiste, FTPF.

Cliché fourni par Jean Costumero

Odette Beliakof naquit d’un père russe, typographe de son métier, émigré avant la Première Guerre mondiale, et qui trouva du travail dans les mines decazevilloises en tant que sauveteur, ne pouvant pas exercer son premier métier, eu égard aux difficultés d’alors en terme d’intégration, mais surtout étant prétendument, et à tort analphabète. Il ne manqua pas de s’engager dans la Grande Guerre, puis dans un deuxième temps dans la Résistance, dans les heures les plus sombres. Sa mère Odette Beliakoff était française, Odette était la cadette des trois filles.
Très tôt elle dut quitter l’école privée catholique de « Fontvernes » malgré un niveau d’étude brillant, à cause du conflit qui l’opposait à la religieuse « qu’elle avait bien malgré elle, surprise dans des ébats avec le curé de la paroisse ».
Afin de contribuer à l’effort d’éducation du ménage, elle trouva du travail en allant glaner du charbon sur les terrils de la mine. Ce travail consistait à ramasser sur les crassiers le restant de charbon tombé des bennes transporteuses, en le triant, afin de rejeter les pierres et ne garder que la houille utilisable. Le tout mis dans des sacs de 50 kg. Odette alors âgée de 13 ans et jusqu’à l’âge de quitter le nid familial collectait parfois jusqu’à 100 kg par jour.

Odette et le mineur Henri Garcia , fiancés pendant trois ans, se marièrent le 24 juillet 1943 à Decazeville. Elle avait 21 ans et lui 23.
Henri Garcia,en charge de l’organisation des jeunesses communistes, responsable de l’Organisation spéciale (OS) puis résistant FTPF, trouva en Odette une aide précieuse, au niveau des alibis aux regards des contrôles de police, ou en tant qu’accompagnatrice ou porteuse de messages. Elle fut aussi une remarquable secrétaire tapant les tracts de propagande qu’Henri distribuait par la suite dans les musettes de ses amis sur leurs lieux de travail.
Le 22 avril 1944, Henri Garcia fut arrêté avec Domingo Crespo, autre membre du triangle de direction des FTPF de Decazeville qui réussit à s’enfuir. Garcia considéra que Crespo l’avait trahi, selon les confidences qu’il fit à sa femme Odette venue lui rendre visite à Montpellier où il était détenu. Après la mort d’Henri, fusillé le 21 mai 1944 à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), elle ne revint jamais vivre chez eux ; c’est chez ses beaux parents qu’elle trouva un peu de réconfort et de chaleur, échappant ainsi et, sans nul doute aux menaces de Domingo Crespo.
Un mois plus tard, Odette prit la décision de s’engager, dans la résistance. Très vite, son courage et sa formation acquise auprès d’Henri la mirent en situation d’être recruté par le Commandant « Marc » (François-Antoine Vittori). Elle se rendit spontanément au maquis d’Ols (Aveyron) pour informer le commandant Marc sur la vérité concernant la capture d’Henri Garcia, et après une très longue conversation, Marc lui proposa de devenir l’une des toutes premières agents de liaison.
La confiance acquise par la veuve d’Henri Garcia au sein des maquis, lui permit d’avoir une action efficace. Elle y retrouva l’ami de son mari Pierre Delpech lequel deviendra bien plus tard, en 1977, maire de Decazeville.
Odette Gaercia allait de maquis en maquis, ayant toujours sur elle le pistolet 6.35, que lui avait laissé Henri. Parfois en bicyclette, parfois en auto, qu’elle essaya de conduire, mais après un accident impressionnant, mais sans dommage pour les quatre passagers, on décida de lui allouer un chauffeur qu’elle connaissait bien, car c’était ancien decazevillois, « le chinchou » ou Alcoser. (beau-frère de l’inspecteur Bessières).
Elle fit pendant ce temps auprès du commandant Marc, la connaissance de celle qui allait devenir une grande amie, Suzette Bessières qui était la secrétaire du commandant.

Odette Garcia au titre de l’Union des Jeunes Filles de France participa aux Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), organisation de la résistance française née en octobre 1943, de la fusion des Forces unies de la jeunesse (FUJ) et du Front patriotique de la jeunesse (FPJ) et dont Jean Pronteau était l’un des principaux responsables.

Odette était en contact plus fréquent avec le capitaine « Félix » du maquis d’Ols , Eugène Pelat, ancien rédacteur en chef de La Voix de l’Est à Nancy, venu dans la région de Decazeville et adjoint de Marc.
Lors de la réception à la mairie de Decazeville le 14 juillet 1944, nouvellement promue commandant FFI, Odette Garcia fut très chaleureusement félicitée, ainsi que « toutes ses filles, comme elle se plaisait à les appeler, pour son engagement dans la résistance, par le commandant « Cury », qui au cours de son allocution prononça un éloge à la mémoire d’Henri. Garcia.
Fin août 1944, Odette Garcia était en charge de la gestion des carnets de réquisitions, et, fonda un atelier de confection dans l’école Sainte-Foy, à côté du cinéma le Family, à Decazeville avec Catherine Banik, Perez..., Thérèse Debon, Estrella Crespo, Argentine Brancaléone, Perianes, 30 femmes au total, pour confectionner tout ce dont le maquis avait besoin, comme vêtements et drapeaux de la libération.
Suite au départ du maquis d’Ols pour le front, elle resta en charge de « ses filles » jusqu’à la victoire finale.
Elle assista aux très nombreux procès de la collaboration en compagnie de Paul Mouysset d’Aubin alors maire de Firmi, qui se déroulèrent dans les locaux de l’hôtel Biney à Rodez, ainsi qu’aux exécutions dans les locaux de la caserne de Rodez. Elle assista aussi à la tonte de celle que l’on appelait « La bossue » de Fonvernes, pour avoir couché avec des Allemands.
Odette Garcia épousa à la fin des années quarante Arthur Panizza, issu lui aussi du milieu de la Résistance et qui avait connu Henri Garcia comme voisin.
De cette union naquirent deux enfants. Suite à la fermeture du bassin houiller, le couple alla s’installer au début des années soixante dans un autre bassin houiller celui de Carmaux.
Dans un livre de mémoire, Le temps des secrets, elle expliqua la trahison qu’avait vécu son premier mari.
À la demande d’Odette, Jean Costuméro réussit à faire rapatrier le corps d’Henri Garcia, lequel fut définitivement inhumé sur la terre sur laquelle il avait vu le jour, dans le carré militaire du cimetière de Miramont à Decazeville le 20 octobre 2011.
Odette décéda le 20 décembre 2011 à Carmaux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218441, notice GARCIA Odette née BELIAKOF par Jean Costumero , version mise en ligne le 10 septembre 2019, dernière modification le 10 septembre 2019.

Par Jean Costumero

Cliché fourni par Jean Costumero
Henri et Odette Garcia le jour de leur mariage
Henri et Odette Garcia le jour de leur mariage
Libération de Rodez,Odette Garcia à droite (croix) à ses côtés sa belle-soeur Lucette Garcia et sa soeur Jeanne Beliakof
Libération de Rodez,Odette Garcia à droite (croix) à ses côtés sa belle-soeur Lucette Garcia et sa soeur Jeanne Beliakof

SOURCES : Jean Costumero De Decazeville au Val » D’Aran.Dans les pas d’un guérillero espagnol combattant pour la France, s. l., Association guérilleros y Re conquista, 2011, 519 p., préface d’Henri Moizet.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément