MONTISPAN Clément, Jean, Marius

Par André Balent

Né le 15 août 1903 à Montoussin (Haute-Garonne), mort le 10 juin 1944 à Saint-Michel (Haute-Garonne) abattu sommairement ; résistant (mouvement Libération-Sud, puis MUR et AS) ; combattant du maquis (AS) de Cazères (Haute-Garonne) ; chef adjoint et chef par intérim de ce maquis

Fils de Jean, Guillaume Montispan, cultivateur et de Marie, Pierrette Fontète âgés respectivement quarante-trois ans et de quarante ans en 1903, Clément Montispan naquit dans un petit village du Comminges de l’ancien canton de Cazères, situé sur la rive gauche de la Garonne, à l’écart des voies de communication.

Il se maria à Cazères le 10 janvier 1926 avec Anna Naudy, née à Contrazy (Ariège). Celle-ci tenait un commerce de fleurs et de graines à Cazères. Le couple eut cinq enfants.

Clément Montispan adhéra au mouvement Libération-Sud dès novembre 1941. Il intégra ensuite les MUR (Mouvements unis de la Résistance). Il devint le chef adjoint du 5e secteur.

Clément Montispan participa à la Résistance dans le cadre du maquis de Cazères formé à partir de la fin de 1942 par Raymond Garaut, responsable du centre des télécommunications souterraines de Cazères, résistant de mouvements : Libération-Sud puis Franc-Tireur, membre du réseau de renseignement Brutus. Montispan rejoignit, quant à lui, le maquis de Cazères en mars 1943. Il assura d’abord l’intendance du maquis. il passa dans la clandestinité le 6 juin 1944 afin d’assurer le commandement d’une section de combattants du maquis.

Clément Montispan devint l’un des adjoints de Garaut à la tête de ce maquis formé dès la fin 1942 et reconnu comme formation combattante en novembre 1943. Quand Garaut quitta Cazères en novembre 1943, il laissa le commandement de la formation à Clément Montispan et à Pierre Caubet alias « Frisco », entrepreneur exploitant graviers et sables dans le lit de la Garonne. Ils dirigèrent le maquis jusqu’au retour de Garaut à Cazères en mai 1944.

Le 10 juin 1944, les éléments de la division SS Das Reich basés dans les villages de la basse vallée de l’Ariège (Haute-Garonne) — Vernet, Vénerque, Miremont, Lagardelle-sur-Lèze — avaient été désignés pour assurer une action répressive contre les maquis du piémont pyrénéen (Haute-Garonne, Ariège, partie orientale des Hautes-Pyrénées) et les populations civiles soupçonnées de les soutenir.

La 11e compagnie du 3e bataillon du 3e régiment de grenadiers Deutschland de la 2e division blindée SS Das Reich, après d’être séparée de la colonne, traversa d’abord Cazères aux alentours de 6 heures 30 alors que le marché venait de s’installer et attirait déjà du monde. Mais les jeunes n’y étaient pas et se trouvaient au maquis. Elle atteignit rapidement Saint-Michel vers 7 heures du matin. Ils mirent une mitrailleuse en batterie à l’entrée du village qu’ils perquisitionnèrent en vain. Ils arrêtèrent Marius Sancan, suspect parce que promeneur matinal. Georges Lougarre, un gendarme qui cherchait rejoindre le maquis de Cazères, sachant qu’un détachement se trouvait dans la commune à la ferme du Conté. Quatre autres gendarmes avaient auparavant rallié le maquis. Michel Goubet, à la suite d’Henri Soum, a écrit que les Allemands repérèrent une patrouille du maquis de Cazères. Guy Penaud précise que ce fut après avoir entendu des coups de feu que Raymond Garaut, le chef du maquis de Cazères qui se trouvait au Conté, décida de former cette patrouille afin de voir ce qui se passait. Clément Montispan, l’adjoint de Garaut, commandait cette patrouille (huit à dix hommes) qui circulait sur la RD 7 en direction de Saint-Michel et Couladère, localité plus au nord. Deux véhicules de la 11e compagnie arrivaient en sans inverse. Une fusillade éclata et Clément Montispan fut grièvement blessé alors qu’un Allemand trouvait la mort. Montispan fut transporté à la ferme amie du Ruisseau (ou du Riou), propriété de la famille Menet qui collaborait avec le maquis de Cazères. Marie-Jeanne Darbas épouse Menet le ravitaillait. Ce fut elle qui prit soin de Montispan. Un autre maquisard, René Fontan partit chercher à vélo à Cazères le docteur Laurent Broca pour le soigner. À une centaine de mètres de la ferme il fut capturé par des Allemands qui l’y ramenèrent. Ils s’emparèrent aussi de de trois paysans du hameau voisin du Pas du Fauga : Éloi Camasses, Jean-Marie Dubois et Philippe Médous. La ferme des Menet fut encerclée, par le chemin du hameau du Pas du Fauga, par les champs de la ferme du Castéran, depuis les abords du bois de la Quère. Marie-Jeanne Menet fut abattue sous un érable, à l’est de sa ferme. [René Fontan_>218672], conduit dans le bâtiment d’habitation, fut exécuté dans la chambre du premier étage où gisait Clément Montispan à qui ils donnèrent le coup de grâce. Éloi Camasses, Jean-Marie Dubois et Philippe Médous furent abattus dans la grange de la ferme. Ils pillèrent la ferme qu’ils dynamitèrent et incendièrent.

Déclaré mort pour la France, Clément Montispan fut inhumé au cimetière de Cazères. Son nom figure sur le monument aux morts de Cazères ; sur le monument érigé à Cazères, quai des Fusillés, à la mémoire de quarante-sept résistants du secteur tombés au combat [monument non référencé par le site MemorialGenWeb en août 2019] ; sur la stèle qui rappelle la tuerie de Saint-Michel érigée à proximité sur le bord de la RD 7, en direction de ce village, juste avant la limite avec l’Ariège. Elle porte l’inscription suivante : « Ici sont tombés victimes de la barbarie hitlérienne [suit la liste des noms] Français souviens-toi ». Il fut homologué lieutenant des FFI le 15 novembre 1945.Il fut reconnu interné résistant pour la seule journée du 10 juin 1944 le 30 novembre 1964. Sa veuve avait constitué un dossier d’ indemnisation "au titre de victime nazie" qui n’avait toujours pas été traité en mars 1963. Le président cantonal des ACVG écrivit le 8 mars 1963 au général commandant de la 6e région militaire, rappelant que Anna Montispan vivait dans une situation précaire éprouvée par la mort de son fils cadet et atteinte d’un cancer du nez et d’un œil. Elle reçut enfin, le 19 janvier 1965, une validation datée du 30 novembre 1964 de son "internement" (fictif, de fait) de son mari le 10 juin 1944.

De même que Philippe Médous, Clément Montispan a été proposé en octobre 1962 pour recevoir la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Voir : Saint-Michel (Haute-Garonne), ferme du Ruisseau, 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218636, notice MONTISPAN Clément, Jean, Marius par André Balent, version mise en ligne le 19 août 2019, dernière modification le 7 décembre 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. du SHD (Service historique de la défense) de Vincennes, 16 P 428236. — Arch. dép. Haute-Garonne, 1 E 15, registre de l’état civil de Montoussin, 1903-1912, acte de naissance de Clément Montispan et mentions marginales. — Michel Goubet, « Le maquis de Cazères » ; « L’organisation du maquis de Cazères » ; « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et aux alentours. 10 et 11 juin 1944 » ; « Garaut Raymond alias ‘‘Marius’’ in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure). — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 376-377, p. 539]. — Roger Prost, « En Comminges sous l’occupation. Événements après le 6 juin », Revue du Comminges, Revue d’histoire, d’archéologie, de géographie et de sciences naturelles du Comminges et des Pyrénées centrales, bulletin de la Société des études du Comminges à Saint-Gaudens et de l’Académie Julien Sacaze à Bagnères-de-Luchon, 109, 1994, pp. 404-443 [pp. 407- 408]. — Henri Soum, La mort en vert de gris. Le maquis de Cazères, Toulouse, Imprimerie Signes du Monde, 1994, 280 p. — Le Petit Journal, édition Comminges, 15 mai 2017 [cérémonie au quai des Fusillés de Cazères : le nom de Montispan est évoqué]. — Site MemorialGenWeb consulté le 14 août 2019. — Site Mémoire des Hommes consulté le 19 août 2019.

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