REYNAUD Colette

Par Julien Chuzeville, Noémie Schallwig

Née en 1872, morte en 1965 ; journaliste féministe, socialiste et pacifiste.

En 1901, Colette Reynaud fut mentionnée comme membre de la section lyonnaise du « Groupe de solidarité internationale », pour lequel elle placarda des « Appel aux conscrits ». Elle fut arrêtée pour cet affichage en novembre 1901, et détenue par la police lyonnaise pour « propagande anarchiste » et « excitation à la désobéissance des soldats de terre et mer ». Elle côtoyait au sein de ce groupe des militants comme Jules Chazeaud, secrétaire de l’Union des syndicats de Lyon à partir de 1907, Charles Lapierre, secrétaire de la Fédération des vieux travailleurs dès juin 1937 ou bien encore Jules Roux, président du bureau de la Société de secours mutuels des tanneurs de Marseille.

Colette Reynaud créa en octobre 1917 l’hebdomadaire La Voix des Femmes (reprenant le titre du journal fondé par Eugénie Niboyet en 1848). Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, la revue s’inscrivait dans le courant du mouvement ouvrier opposé à l’Union sacrée. Le premier éditorial, signé Louise Bodin, fut en large partie censuré. En 1918, Colette Reynaud était indiquée comme directrice de La Voix des Femmes, Louise Bodin en étant rédactrice en chef.
À partir d’octobre 1919, avec la fin de la censure, la revue s’affirma en sous-titre « féministe, pacifiste, socialiste, internationaliste ». Parmi les collaboratrices figuraient notamment Marthe Bigot, Hélène Brion, Annette Charreau, Noélie Drous, Madeleine Pelletier et Monette Thomas.

En juillet 1920, Colette Reynaud devint trésorière des Amis de La Voix des Femmes, la société de propagande du journal. Ce « groupe d’éducation socialiste et féministe » reprit dans ses statuts l’article premier de ceux de la SFIO (qui affirmait l’objectif de « transformation de la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste »). Composé de sections parisiennes mais aussi en province, le groupe avait pour objectif de « parfaire l’éducation féminine au point de vue social, politique, syndicaliste, coopératif et pacifiste ; D’obtenir pour les femmes en tout ordre d’idées et toujours les mêmes droits et avantages que pour les hommes », et organisait des conférences et groupes de discussions afin de remplir cet objectif.

Le 23 février 1921, Colette Reynaud écrivait à Marguerite Durand que la diffusion de La Voix des Femmes était en progression : « Nous avons fait plus de cent abonnés nouveaux depuis un mois et demi. Chaque semaine nous en vendons un peu plus au numéro. » Le papier à en-tête de La Voix des Femmes indiquait « Journal Socialiste-Féministe ». L’adresse de l’hebdomadaire était le 10, rue Montmartre (1er arr. de Paris).

Certainement adhérente du Parti socialiste SFIO, Colette Reynaud adhéra au Comité de la IIIe Internationale. En octobre 1920, elle adhéra au Comité d’action pour la libération des militants emprisonnés (notamment Loriot, Souvarine et Monatte). Elle fut probablement membre du Parti communiste à ses débuts. Le 31 mars 1921, elle écrivit dans La Voix des Femmes : « Je n’ai attendu ni le retour de Cachin ni l’adhésion de Louise Bodin à la IIIème Internationale il y a six mois, pour y adhérer moi-même. Je suis inscrite depuis deux ans au Comité de la IIIème Internationale ».

Après l’été 1921, Louise Bodin quitta la rédaction, après que Colette Reynaud ait refusé de faire de son journal l’organe de presse du PC-SFIC destiné aux femmes. En effet, désirant conserver son indépendance, Colette Reynaud mit un terme aux discussions avec Lucie Colliard qui n’avait pu s’entendre avec « la propriétaire de La Voix des Femmes qui veut en rester propriétaire ». Le 23 février 1921, elle écrivit à Marguerite Durand à ce sujet : « Louise Bodin s’est mis dans la tête de donner notre journal à l’Humanité sous prétexte que nous pourrions tirer à 200 000. Et bien entendue je ne veux pas. Étant la seule propriétaire de La Voix Des Femmes, elle rage ferme. Elle m’a menacé des pires calamités, cela m’est égal. J’ai lutté et lutterai encore ». Ainsi, Colette Reynaud conserva l’entière propriété de son journal et c’est son seul nom qui apparut désormais sur la première page de La Voix des Femmes.

À partir du 1er décembre 1922, Colette Reynaud fit paraître La Voix des Femmes tous les jours, comme « quotidien féministe indépendant », Noélie Drous devenant rédactrice en chef, elle-même restant « la directrice-gérante ». Mais cette tentative fut de courte durée, et le journal redevint rapidement hebdomadaire. Au cours de la deuxième moitié des années 1920, elle poursuivit la parution de La Voix des Femmes.

Le 10 mai 1921, aux côtés de Madeleine Vernet et des journalistes de La Voix des Femmes, Marthe Bigot, Hélène Brion, Fanny Clar, Noélie Drous, elle fonda la Ligue des femmes contre la guerre. Elles demandaient le désarmement général, la fermeture des casernes et s’engageaient à « ne jamais accepter l’idée de guerre ». Elles s’opposaient à tout travail social en temps de guerre car le plus modeste emploi contribuait, selon elles, à prolonger la guerre. La Ligue ne dépassa jamais les 1000 membres et disparut en 1923. Le 17 décembre 1922, elle mit son journal et ses locaux aux service de La Ligue. En mai 1923, Colette Reynaud participa au Congrès Français de la Paix, faisant partie des représentants des sociétés, sections, associations, pour la paix présentes, au nom de la Ligue des Femmes contre la guerre.

En 1925, Noélie Drous quitta la rédaction du journal et c’est Noémi Stricker-Rouvé qui prit son poste. Elle occupa ce poste jusqu’à l’arrêt de la publication de La Voix des Femmes en 1937.

En 1926, Colette Reynaud cofonda la Ligue d’action féminine pour l’obtention immédiate du suffrage, qui revendiquait lutter « pour le droit de vote, contre la guerre, l’alcool, les taudis et la prostitution ». C’est à ce moment que Colette Reynaud se lança dans le combat suffragiste. Le 10 février 1927, La Voix des Femmes organisa une réunion suffragiste en collaboration avec la Démocratie Féministe, qui attira 500 personnes.
Le 25 mars 1928, elle devint secrétaire de l’Union Populaire pour la Paix universelle et fut réélue à ce poste en mars 1931.
Franc-maçonne, elle était membre du Droit humain.
La Voix des Femmes parut jusqu’en 1937.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218711, notice REYNAUD Colette par Julien Chuzeville, Noémie Schallwig, version mise en ligne le 24 août 2019, dernière modification le 18 septembre 2022.

Par Julien Chuzeville, Noémie Schallwig

SOURCES : Archives de la Bibliothèque Marguerite Durand (Paris) : trois lettres manuscrites de Colette Reynaud à Marguerite Durand (18 novembre 1920, 1er décembre 1920 et 23 février 1921, cote 091 Rey), et dossier documentaire sur Colette Reynaud (cote Dos Rey). — La Voix des Femmes. — Les Temps nouveaux, 6 juillet 1901. — Le Libertaire, 8 juin 1902. — L’Humanité, 12 octobre 1920. — La Mère éducatrice, 1er janvier 1923. — La Grimace, 15 mai 1923. — Le Peuple, 9 juin 1925, p. 3. — L’Ère nouvelle, 27 mars 1930. — Anne Cova, Féminismes et néo-malthusianismes sous la IIIe République, L’Harmattan, 2011, p. 115. — Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire, la création du Parti communiste en France, Libertalia, 2017. — Noémie Schallwig, Colette Reynaud et La Voix des Femmes : itinéraire d’un féminisme (1917-1939), mémoire de master (sous la direction de Dominique Pinsolle), université Bordeaux Montaigne, 2022.

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