DREVET Paul [pseudonyme dans la résistance : Antoine]

Par Alexandra Rollet

Ne le 30 octobre 1889 à Lyon (Rhône), II° arrondissement, mort le 15 septembre 1964 à Saint-Étienne (Loire) ; épicier, ouvrier-maçon ; membre du Parti communiste (PCF), résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), camp Wodli ; interné, déporté ; Conseiller aux Prud’hommes.

Fils de Joséphine Drevet, Paul Drevet né à Lyon, est abandonné à sa naissance et placé à l’âge de 3 ans chez Georges Pommier, agriculteur à La Chambonie commune de Noirétable.
Sa scolarité se déroule à l’école communale de La Chambonie, où, plus grand, il aide les plus petits à lire et à compter. Il aide aussi aux travaux des champs, et celui qu’il considère comme son père adoptif, lui apprend à forger. Ce sera son premier métier, il devient forgeron à Ollièrgues (Puy-de-Dôme).
Le 1er mars 1909, Paul Drevet signe un engagement pour 5 ans dans le 29ème régiment de dragons. Démobilisé du 31ème régiment de Dragons en mars 1914, il est mobilisé suite à la déclaration de guerre en juillet 1914, et reprend du service dans le 31ème régiment de dragons.
Il épouse Mélina Pigeon, employée aux tramways stéphanois, frère d’un soldat tué au combat, le 24 août 1918 à La Ricamarie (Loire), et quitte son régiment de Dragons le 21 juillet 1919. Avec son épouse, ils deviennent épiciers, quartier du Moncel à La Ricamarie. Leur fils Alexandre naît en avril 1920, puis Jean-Marie en 1923.
En 1925, Mélina et Paul Drevet font l’acquisition d’un café, rue Villeboeuf, à Saint-Etienne. Suite aux problèmes économiques des années 1929-1930, Paul Drevet ferme définitivement le café, et devient salarié dans une entreprise de maçonnerie. La famille s’installe alors quartier de Solaure à Saint-Etienne.

Très impliqué dans le mouvement ouvrier, Paul Drevet fut d’abord militant de la SFIO. Il rejoignit le nouveau Parti communiste après le congrès de Tours en 1920. Il devint un membre influent du Parti Communiste, participe à l’activité d’organisations comme le Comité Central des Chômeurs, le Secours Rouge International, le syndicalisme au sein de la CGT, et le Front Populaire. Il fut candidat non élu du Parti Communiste aux élections municipales de 1935.
Lors de la seconde guerre mondiale, Paul Drevet est arrêté par la police judiciaire de Saint-Etienne le 16 octobre 1940 pour menées antinationales. Il est interné administrativement au camp de Nexon (Haute-Vienne) et fut transféré au camp de Saint-Paul d’Eyjeaux dans le même département.

Son fils Alexandre Drevet, qui a rejoint les Jeunesses Communistes et en est le trésorier, est arrêté en décembre 1940, pour réalisation et distribution de tracts contre Philippe Pétain. Il est condamné à un an de prison et dix ans de privation de droits civils et civiques.

En mars 1943, Paul Drevet qui a contact avec la résistance depuis 1940, a droit à une permission de trois jours pour se rendre à Saint-Etienne, afin de dire au revoir à son fils Alexandre en instance de départ pour l’Allemagne. Il décide de choisir cette possibilité de s’évader. Il quitte le camp d’internement de Saint-Paul d’Eyjeaux et rejoint Saint-Etienne. Au moment de repartir dans son centre de détention, avec son fils Alexandre qui a décidé de ne pas aller en Allemagne dans le cadre du STO, et sept camarades, ils prennent un train en direction de la Haute-Loire et se dirigent ensuite vers le bois de Baradou entre Babonne (Haute-Loire) et Saint-Symphorien (Lozère), pour installer les bases du futur maquis FTPF « Wodli ». Paul Drevet a détruit ses papiers, il est recherché. A compter de ce moment-là, il prend le nom de code « Antoine ». Paul Drevet est responsable du premier groupe avec trois autres camarades. Plus tard, le maquis Wodli, renforcé par l’arrivée de dizaines de jeunes gens, est dirigé par le triangle responsable politique, responsable technique et responsable militaire. Paul Drevet est chef de groupe, puis chef de détachement. Le maquis Wodli va s’installer dans des fermes appartenant à la famille Fabre près de Saint-Christophe-d’Allier, « Les Salettes », « Souveton » et « Provençal » en bordure de l’Allier. Paul Drevet fut alors intendant et trésorier du camp Wodli.
Le 25 avril 1943, le maquis Wodli organise la première évasion de la prison du Puy en Velay et libère 26 détenus qui seront rapatriés dans les fermes. Suite à cette évasion, une vaste opération des forces de l’ordre est lancée contre les maquisards et les fugitifs. Le 28 avril 1943, Paul Drevet et son fils Alexandre se trouvaient dans la ferme de « Souveton » lorsque les gendarmes sont arrivés. Paul Drevet est menotté et enchaîné avec ses camarades lorsque des coups de feu sont tirés de l’étage au-dessus par un résistant, provoquant le repli des gendarmes. Paul Drevet et ses camarades se libèrent de leurs menottes et de leurs chaînes, et s’échappent par l’arrière couverts par Alexandre Drevet qui tirait avec le fusil mitrailleur de la lucarne de la fermer. Quelques jours plus tard, le 2 mai 1943, Paul Drevet est arrêté avec son fils Alexandre au Puy-en-Velay, et incarcéré à la prison de Taulhac pour rébellion et détention d’armes. Il est détenu, isolé, dans une cellule du premier étage.

Paul Drevet s’évade le 1er octobre 1943, lorsque le maquis Wodli, qui a reconstitué ses effectifs, organise la 2ème évasion de la prison du Puy en Velay afin de permettre aux 80 patriotes et à ses membres détenus, de retrouver la liberté. Paul Drevet grimpe dans un véhicule et rejoint le maquis Vaillant-Couturier dans les monts du Forez, tandis que son fils Alexandre, évadé lui aussi, part à pied rejoindre le maquis Wodli dans la forêt du Meygal. Bien que recherché par la police et la gendarmerie suite à l’évasion de la prison du Puy-en-Velay, Paul Drevet assure l’intendance du maquis Vaillant-Couturier ainsi que la liaison avec le maquis Wodli à compter d’octobre 1943, Malgré la neige et le froid, les maquisards du « camp Vaillant-Couturier » multiplient les actions de sabotage et de résistance. Paul Drevet retrouve ses racines, il connait le pays et son rude climat. Il connait les fermiers de la région et sait où les résistants peuvent trouver de la nourriture pour subsister. Suite à une attaque des GMR contre le maquis Vaillant-Couturier, Paul est caché par un ami agriculteur à Augerolles. Le 25 mars 1944, suite à une dénonciation, il est arrêté par les gendarmes de Courpière à Augerolles (Puy-de-Dôme) et écroué à la prison de Thiers. Il est transféré le 29 mars 1944 à la prison Saint-Paul à Lyon pour y être jugé.

Les bombardements du 26 mai 1944 sur Lyon permettent aux prisonniers de se libérer de leurs cellules et de prendre possession de la prison, mais ils ne peuvent s’évader à cause des murs extérieurs restés intacts. Paul Drevet retrouve ainsi son fils Alexandre, qui a été arrêté à Saint-Etienne par la milice, et transféré à la prison Saint-Paul.

Le 29 juin 1944, Paul Drevet est livré par les autorités françaises aux allemands, ainsi que son fils Alexandre et 718 détenus « indésirables », principalement des résistants. Ils sont dirigés vers la gare de Lyon Perrache et entassés dans des wagons à fenêtres bloquées, sous la garde de soldats armés. Le voyage va durer trois jours et trois nuits sans boisson ni nourriture. Paul Drevet arrive à Dachau le 2 juillet 1944. Il est dirigé vers le camp de concentration à coups de crosses assenés par les SS, escorté par les crocs de leurs chiens. Il dépose ses effets personnels pour prendre de misérables loques. Rasé, tondu, il reçoit le numéro matricule 75712 qu’il lui faudra retenir rapidement en allemand sous peine de représailles. Après la quarantaine, Paul Drevet dut porter une tenue rayée gris et bleu avec son numéro matricule avec son signe distinctif qui est un triangle rouge avec la lettre F représentant les déportés politiques Français.

En août, Paul Drevet va partir dans un convoi de 300 déportés français, dont son fils Alexandre, pour un kommando extérieur de Dachau, Kempten en Bavière. Dans cet univers hostile, sous l’égide du responsable FTP Hildebert Chaintreuil et du catholique Edmond Michelet, va se mettre en œuvre une puissante chaine d’humanité entre les communistes, plus nombreux et plus organisés, les Gaullistes et les chrétiens. Tolérant leur différence et reconnaissant leurs qualités, ils vont faire régner une discipline et une solidarité qui épargneront de très nombreuses vies. Paul Drevet a 56 ans. Epuisé par les années d’internements et de maquis, il est affaibli par les conditions effroyables des « camps de la mort lente » nazis. La présence de son fils l’empêche de sombrer malgré la faim, le froid et la maladie.

Le 28 avril 1945, les SS font évacuer le kommando de Kempten et entrainent les déportés dans une marche de la mort. Dans la longue colonne, certains décident de s’échapper. Paul Drevet, son fils et leurs camarades utilisent leurs dernières forces, fausse compagnie aux gardes, et grimpent dans la montagne où ils passeront leur première nuit de liberté réfugiés dans une grange. Le lendemain matin, entendant le bruit des blindés américains, les déportés fabriquent un fanion marqué d’une croix de lorraine, l’attachent à un bâton, forment les rangs par souci de dignité, et descendent de la montagne vers leurs libérateurs en chantant la Marseillaise. Les rescapés du kommando de Kempten sont escortés au camp de Dachau libéré par l’armée américaine qui comptera 33 000 survivants, et 50 wagons remplis de corps empilés. Le lendemain, Paul Drevet serre son fils dans ses bras : c’est l’anniversaire d’Alexandre, il a 25 ans. Hitler se suicide le même jour.

Paul Drevet est rapatrié à Saint-Etienne le 11 mai 1945. Son fils cadet Jean-Marie, venu l’attendre à la gare, croise son père et ne le reconnait pas. Paul Drevet, très marqué physiquement, reprendra peu à peu des forces mais ne retrouvera jamais la santé qui était la sienne en 1940. Il continuera cependant à militer pour une vie meilleure, pour les droits sociaux et pour la Mémoire. Il devient Conseiller aux Prud’hommes, membre de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes), et luttera avec son association pour la reconnaissance des droits des déportés et Internés. Son grade d’Adjudant-Chef dans les Forces Françaises de l’Intérieur est homologué en 1947.
La mention suivante a été rédigé par le secrétaire des anciens FTPF « Sous-officier méritant et courageux, a toujours fait preuve du plus bel esprit d’abnégation, a été pour ses jeunes camarades un exemple de patriotisme. Mérite largement d’être homologué dans son grade ».
Paul Drevet ne s’est jamais remis des blessures infligées par les années de guerre, de détention, d’internement et de concentration. Il travailla comme Ouvrier Spécialisé aux Services Techniques de la Ville de Saint-Étienne de mai 1949 au 15 octobre 1959, date à laquelle il démissionna.
Il est resté membre du PCF jusqu’à son décès jusqu’à son décès le 15 septembre 1964.

Pour son engagement et les valeurs qu’il a défendu, la FNDIRP lui rend hommage et délivre le diplôme du souvenir à son fils Alexandre. L’ONACVG, reconnaissant l’origine des pathologies liées à son décès, accorda à Paul Drevet la mention « Mort pour la France ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218826, notice DREVET Paul [pseudonyme dans la résistance : Antoine] par Alexandra Rollet, version mise en ligne le 3 septembre 2019, dernière modification le 22 février 2021.

Par Alexandra Rollet

SOURCES : Dossier militaire de Paul Drevet .— Dossier d’homologation FFI .— SHD Vincennes, GR 16 P 192233. Dossier Paul Drevet .— PV interrogatoire Paul Drevet, 6 mai 1943 .— Certificat d’attestation de travail, Ville de Saint-Etienne, 1959 .— Fiche d’interné à Dachau pour Paul Drevet .— État-civil Saint-Etienne.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément