TIREAU Pierre, Jules

Par Benoit Willot

Né le 1er février 1827 à Chantilly (Oise), mort le 14 août 1900 à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne) ; ouvrier lunetier ; coopérateur, militant radical-socialiste à Joinville.

Pierre Jules Tireau était le fils de Marie Louise Mélaye et de son époux Jean François Tireau, 48 ans, ouvrier en lunettes.
Selon le témoignage du député Jules Ferdinand Baulard, qui le présentait comme un « compagnon de route, lié d’amitié depuis la jeunesse », Tireau a probablement été mêlé aux activités pour la République et contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte dans Paris, et plus particulièrement dans le 3e arrondissement.
Marié à Paris (3e arr.) en septembre 1850 avec Claudine Paris, Pierre Jules Tireau exerçait le même métier que son père, opticien. Il était, en 1870, membre de la Société des lunetiers, coopérative ouvrière installée rue d’Anjou, dans le quartier du Marais à Paris (3e arr.) ; il faisait peut-être partie de ses fondateurs en 1849.
Pendant le siège de Paris, en octobre 1870, il participa avec une trentaine d’associés de la coopérative à une souscription lancée par le journal Le Siècle « destinée à offrir une batterie de canons à la République ». Parmi les souscripteurs et coopérateurs, on comptait notamment François Blaize (1824-1900, fondateur de la coopérative) et Eugène Videpied (1834-1900, qui en était le gérant pendant une vingtaine d’années), dont il devint proche sur le plan familial mais également dans son engagement public.
Comme Blaize et Videpied, Tireau s’installa à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne), où il résidait en 1872. Après sa retraite, il commença une activité politique. Avec Videpied, Zéphirin Vaudey et Henry Vaudémont, il constitua en mars 1888 un comité d’initiative qui convia « les électeurs à venir demander compte aux conseillers [municipaux] sortants de la façon dont ils ont rempli leur mandat ». Tous les quatre s’affichèrent ultérieurement comme radicaux-socialistes, mais on comptait également deux membres du groupe ouvrier local, Jean-Baptiste Boguet, et un ancien communard, Gustave Charton.
Le comité critiqua la majorité des élus sortants, puis se transforma en comité électoral républicain radical-socialiste, qui patronna une liste pour les élections municipales de mars, conduite par un conseiller sortant, Alphonse Demeestère. Tireau figurait en dixième position sur la liste, qui comprenait également Videpied. Blaize se présenta, par contre, sur la liste du maire sortant, le républicain modéré Gabriel Pinson.
Les radicaux-socialistes emportèrent trois sièges (Diot, Demeestère et Vaudey) tandis que la liste Pinson remporte les 18 autres. Tireau ne fut pas élu.
Il poursuivit un rôle actif, en tant qu’organisateur de réunions publiques aux côtés des autres radicaux de Joinville : en octobre et novembre 1890 pour des comptes-rendus de mandat de conseillers municipaux, en octobre 1891 et le même mois en 1892 puis 1894, pour des comptes-rendus de mandat du député Jules Ferdinand Baulard, dont Tireau était un proche.
En septembre 1895, Tireau était avec Victoria Vaudémont, un des collecteurs de la quête en faveur des ouvriers de Carmaux en grève ; ils recueillirent les dons de 260 souscripteurs dans la ville, qui comptait alors 3 700 habitants.
La même année, Tireau présida le comité qui mit en place la deuxième fête du quartier de Palissy, à Joinville, où il vivait (avenue Gille).
Tireau était membre, jusqu’à son décès, du groupe de libre-pensée La Raison, implanté dans le canton de Charenton. Il prépara par exemple un « banquet de protestation du Vendredi-saint » en avril 1892, où les convives tinrent à manger gras.
Lors de ses funérailles à Joinville, le député Baulard prononça un discours, dans lequel il se disait « vieil ami » de Tireau, dont il vanta la « vie laborieuse, honnête, toujours dirigée par les principes de justice et de solidarité. »
Le second des trois fils, Stéphane Albert Tireau (1853-1895), lunetier, était également militant radical-socialiste à Joinville-le-Pont, libre-penseur et franc-maçon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218843, notice TIREAU Pierre, Jules par Benoit Willot, version mise en ligne le 3 septembre 2019, dernière modification le 13 septembre 2020.

Par Benoit Willot

SOURCES : Arch. dép. Oise (état-civil). — Arch. dép. Paris (état-civil). — Arch. dép. Val-de-Marne (état-civil, recensements, listes électorales). — Le Siècle, quotidien, 22 octobre 1870 . — Le Radical, quotidien, 9 octobre 1892 . — Voix des communes, hebdomadaire, 1888-1900. — La Libre Pensée, bulletin, 1896-1899.

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