DELACHE Oscar, Émile, Victor

Par Madeleine Singer

Né le 23 octobre 1909 à Houplines (Nord) ; décedé en 2007 ; releveur-encaisseur à l’EDF-GDF ; fondateur de l’Union locale CFTC de Merville (Nord) ; maire de Merville (1971-1977).

Oscar Delache était le troisième des cinq enfants d’Henri, François Delache, tisseur, qui avait épousé Marguerite, Angèle Bardin, repasseuse, issue d’un milieu commerçant ; celle-ci, après la naissance d’Oscar, se consacra à son foyer. Les parents d’Oscar étaient catholiques, mais non pratiquants. Quand on demandait à celui-ci s’il avait des parents militants, il disait en souriant que le militantisme de son père, « c’était les pigeons voyageurs ». Pendant la guerre 1914-1918, la famille Delache dut évacuer et partit en Normandie. Oscar y fréquenta une école primaire publique où il obtint en 1921 son certificat d’études primaires et fit sa communion solennelle. Ayant réintégré le Nord avec sa famille en 1922, Oscar entra à 13 ans dans le tissage Colombier à Houplines, où il travailla jusqu’en octobre 1930 en qualité de lamier : il faisait passer entre les fils une lame à laquelle on accrochait un fil pour faire la toile. Engagé alors pour dix-huit mois au 43e RI de Lille (Nord), il fit partie de la musique. À son retour en 1932, Oscar Delache abandonna le bleu de l’ouvrier pour la blouse du magasinier : il fut employé à Merville aux établissements Pauwels qui confectionnaient des uniformes militaires. Rappelé en septembre 1939 au 601e régiment des pionniers, il participa à une campagne qui lui valut une citation à l’ordre du régiment, laquelle comportait l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Démobilisé le 2 octobre 1940, il ne retrouva pas son travail dans l’entreprise Pauwels qui avait fermé ses portes. Il fut recruté le 3 mars 1941 par la maison Chassaing, concessionnaire du gaz et de l’électricité pour la ville de Merville. À la nationalisation de cet établissement, il devint agent EDF-GDF, employé de district, puis releveur-encaisseur jusqu’à son départ en retraite le 31 mars 1968. Son mariage, prévu en septembre 1939, ne put avoir lieu qu’en février 1941. Il épousa Adrienne, Albertine, Josèphe Ingelaere qui était jociste depuis 1937. Confectionneuse, elle quitta son métier après la naissance de leur premier enfant. Ils en eurent sept ; parmi les cinq garçons, deux ingénieurs EDF, un assureur, un enseignant, un éducateur spécialisé ; les deux filles furent l’une puéricultrice, l’autre employée de bureau, puis infirmière. Le couple habita à Merville une maison dont il devint propriétaire. Après son mariage Oscar Delache avait fait partie de la Ligue ouvrière chrétienne (LOC) qui regroupait les jocistes mariés, puis du Mouvement populaire des familles (MPF) qui succéda en 1942 à la LOC. Il quitta le MPF quand se fonda en 1950 l’Action catholique ouvrière (ACO) où il milita sa vie durant, sauf pendant qu’il occupa la fonction de maire. Délégué de secteur, il eut ainsi l’occasion de rencontrer le cardinal Achille Liénart au cours de réunions du diocèse de Lille. Il avait adhéré à la CFTC lors des grèves de 1936. Or à Merville il n’existait pas de section CFTC et les syndicats CGT demeuraient sous l’influence de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) malgré le congrès de Toulouse (Haute-Garonne) qui, en février 1936, avait mis fin à la scission entre CGT et CGTU, laquelle datait de 1922. Oscar Delache se rendit donc à Armentières (Nord) pour y demander une carte syndicale CFTC et lança une section dans son entreprise où l’on put bientôt compter une vingtaine d’adhérents. Puis il contribua à la formation, à Merville, de syndicats CFTC dans la confection, la métallurgie et l’ameublement. Vers 1937-1938 il créa l’Union locale (UL) de Merville dont il devint le président-secrétaire. Pendant la guerre le syndicalisme fut mis en veilleuse bien que le gouvernement de Vichy (Allier) qui avait dissous le 9 novembre 1940 les confédérations patronales et ouvrières, eût laissé subsister les syndicats et les UL. Celle de Merville redémarra en décembre 1944 avec une permanence tous les mercredis. Devenu agent de l’EDF-GDF, Oscar Delache fonda dans son district un syndicat qui se rattacha à la Fédération nationale des syndicats du personnel des industries électriques et gazières, créée par la CFTC en 1947. Quelques années plus tard il fut délégué au comité mixte à la production de Béthune (Pas-de-Calais) et au sous-comité mixte à la production d’Hazebrouck (Nord) ; il garda ces fonctions jusqu’à la retraite. Il avait poursuivi en même temps son travail de développement des sections CFTC-CFDT dans son secteur. Il évoqua notamment devant Fanny Lacroix la création, au cours du deuxième trimestre de 1957, d’une section CFTC dans les Féculeries de Lestrem (Pas-de-Calais). Elle fut déclarée officiellement en juillet au cours d’un entretien qu’il eut, accompagné de Gaston Valenduc*, avec le directeur. Ce fut, dit-il, un grand succès car la CGT et FO avaient tenté en vain de s’y implanter. O. Delache ajouta que ce directeur « élevé par les Jésuites », il l’avait aidé à s’ouvrir au catholicisme social. En octobre de la même année eurent lieu les premières élections de délégués du personnel (DP) ainsi que celles relatives au comité d’entreprise (CE). La CFTC remporta tous les sièges, aucune autre organisation n’ayant présenté de candidats. En 1964 O. Delache fut partisan du « passage » de la CFTC à la CFDT qui, dit-il, « vient à point » : elle est « une suite logique pour rassembler l’ensemble des ouvriers ». Lorsque le 30 septembre 1956 s’était constituée l’UL d’Armentières et environs, comprenant désormais les secteurs de Bailleul (Nord), d’Hazebrouck et de Merville, Oscar Delache en était devenu le président et garda cette fonction jusqu’en 1964. Aussi eut-il alors des responsabilités sur le plan de l’Union départementale (UD) CFTC du Nord. Lors du congrès des 16-17 juin 1956, il était devenu membre du conseil de l’UD pour y représenter avec Gaston Valenduc l’UL d’Armentières et siégea dans ce conseil jusqu’en 1964. Il y joua un rôle actif : lors du congrès de 1960, il approuva certes la motion relative à l’Algérie par laquelle « le congrès proclamait à nouveau l’aspiration profonde de la classe ouvrière à la paix, confirmait son accord avec la CFTC » qui appuyait la politique d’autodétermination définie par le chef de l’État. Mais O. Delache fit partie des nombreux militants qui souhaitaient qu’on « n’allât pas trop loin dans la politisation » car, dit-il, « la CFTC, organisation de défense professionnelle, doit garder son indépendance ». Lors de l’assemblée générale de l’UD, le 27 mai 1961, il fut membre de la commission sociale. Quand il quitta le conseil de l’UD, il continua à participer aux congrès et assemblées générales, travaillant par exemple, lors de l’assemblée générale des 28-29 octobre 1967, dans la commission « Sécurité sociale et planification ». Il avait en effet des compétences en la matière. Il avait figuré sur la liste CFTC lors des élections à la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) d’Armentières, le 17 novembre 1955. N’ayant pas fait partie des six élus, il siégea toutefois au conseil d’administration de la CPAM à partir du 26 février 1961 car il remplaça Michel Joye, démissionnaire, qui avait lui-même été nommé le 27 février 1961 en remplacement de Monsieur Fruleux, démissionnaire à cette date. Réélu le 13 décembre 1962, il fut ensuite désigné par la CFDT lorsque les ordonnances du 21 août 1967 remplacèrent les élus par des administrateurs désignés par les confédérations, et garda sa fonction jusqu’au 29 juin 1971, c’est-à-dire bien au-delà de son départ en retraite. Ceci l’amena à être membre du conseil d’administration de la maison de retraite de Merville et du centre communal d’action sociale. Prenant sa retraite en mars 1968, Oscar Delache n’abandonna pas pour autant l’action syndicale. En Mai 1968, il accueillit au siège de la CFDT les salariés désireux d’adhérer et de participer au mouvement, les aida à s’organiser syndicalement, prit la parole dans les meetings au nom de la CFDT. Il fonda l’Union locale interprofessionnelle des retraités (ULIR) CFDT de Merville et environs, laquelle eut rapidement des centaines d’adhérents ; il en fut le secrétaire jusqu’en 1971. Il participa en même temps aux réunions de l’Union des retraités et vieux travailleurs CFDT de la région Nord et fut élu en octobre 1969 au conseil de cette Union. En 1971 il quitta ses fonctions syndicales car sous la pression d’un groupe d’amis, il se présenta lors des élections municipales sous l’étiquette « Action sociale et démocratique », disant que son but n’était pas « de faire une carrière, mais une expérience politique ». Élu maire de Merville, il se dépensa pendant six ans ; il lança un grand chantier d’assainissement, mit en place de nombreuses constructions de lotissements, s’efforça d’humaniser la maison de retraite. Tout en reconnaissant le caractère enrichissant du monde politique, il décida en 1977 de ne pas se représenter et se tourna à nouveau vers le syndicalisme. Il devint membre du bureau de l’Union régionale interprofessionnelle des retraités CFDT et y demeura jusqu’en 1986. En même temps il assura à Merville une permanence CFDT où il reçut jusqu’en 1997 de nombreux consultants. Si O. Delache put mener à bien tant d’activités, c’est qu’il ne cessa jamais de s’informer et de se former, notamment grâce aux sessions de l’École normale ouvrière (ENO) CFTC-CFDT qui rassemblaient pendant une semaine en été les militants de la région. Ce fut aussi grâce au soutien de son épouse qui, tout en élevant leurs sept enfants, l’épaula d’une manière permanente. La retraite d’Oscar Delache avait été honorée par la médaille du travail, échelon vermeil. Un décret du président de la République, en date du 15 novembre 1999, le nomma chevalier de l’ordre national du Mérite, au titre de l’emploi et de la solidarité. La distinction lui fut remise le 15 janvier 2000 par Alfred Foy, sénateur et conseiller général, au cours d’une réunion à l’Hôtel de ville de Merville, qui rassembla de nombreux participants. En répondant en son nom et en celui de sa femme, Oscar Delache déclara : « Je ne sais pas si nous avons autant de mérites, mais nous avons fait notre possible pour mener une vie simple et courageuse. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article21896, notice DELACHE Oscar, Émile, Victor par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 17 février 2016.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Comptes rendus des congrès et assemblées générales de l’UD-CFTC-CFDT du Nord, Archives du monde du travail, Roubaix (Nord). — Union des retraités et anciens travailleurs de la région du Nord CFTC-CFDT, liste des membres du CA élus par l’AG du 23 octobre 1969. — Fanny Lacroix, Biographies de militants syndicalistes CFTC-CFDT de la Vallée de la Lys de 1940 à 1970, mémoire de maîtrise, Lille III, octobre 1996. — Denis Baudelet, L’évolution de la CFTC dans le département du Nord, mémoire de maîtrise, Lille III, 1978. — Liste CFTC pour les élections au conseil d’administration de la CPAM d’Armentières, 13 décembre 1962. — Lettres de la CPAM d’Armentières à M. Singer, 23 août 2002, 26 septembre 2002. — Articles de presse régionale : Voix du Nord, 11 janvier 2000, 18 janvier 2000 ; L’Indicateur des Flandres, 21 janvier 2000. — Invitation à la réunion du 15 janvier 2000, adressée par l’ULIR CFDT de Merville et environs, le 6 janvier 2000. — Réponses d’O. Delache, recueillies par Louis Herman, président de l’ULIR CFDT de Merville, en juillet 2002 ; lettre de L. Herman à M. Singer, 5 octobre 2002 (Arch. Gilbert Ryon). — État civil d’Houplines, 29 juin 2002.

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